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Non loin d’Albi, à Arthès (Tarn), tout un village a fait front pour sauver une classe de primaire, menacée de fermeture. Et la mobilisation a été payante.

Jusqu’au bout, ils ont voulu se faire entendre. Depuis la publication, le 23 mars, du projet de carte scolaire pour la rentrée 2026, tout le village d’Arthès (Tarn) s’est mobilisé pour préserver une classe de primaire menacée de fermeture.

Sous les fenêtres de l’école Carcenac, dès 8 heures ce jeudi, le calme habituel avant une journée de classe laisse place à un nouvel épisode de mobilisation. Une trentaine de parents d’élèves, élus, représentants syndicaux de l’enseignement : tous sont là pour exprimer leur désaccord, mais surtout leur incompréhension avant le verdict final, attendu quelques heures plus tard dans la soirée.

« Une absurdité totale »

« Il y a une baisse des effectifs dans tout l’Hexagone, c’est une réalité, et ce sera notre cas en septembre, expose en préambule le maire Jean-Marc Farré (SE). Mais on sait déjà que pour 2027 et 2028, cela va remonter chez nous puisque nos classes de maternelle sont pleines. »

À Arthès, l’école Carcenac compte actuellement six classes, dont quatre en double niveau, pour un total de 128 élèves sur l’année scolaire en cours, contre 122 inscrits en septembre prochain. « Fermer une classe pour cinq ou six élèves en moins, c’est d’une absurdité totale », dénonce Xavier, papa d’un enfant en CM2 et de jumeaux en maternelle, pancarte à la main. « On est sur une logique de chiffres complètement déconnectée de la réalité », poursuit-il.

Tout un village mobilisé.

Tout un village mobilisé.
DDM – Valentin Marcinkowski

« Mon fils est en moyenne section, rien que dans sa classe actuellement, ils sont 28, détaille Célia, membre du noyau dur des quelques parents qui se sont mobilisés dès l’annonce de la menace de fermeture, avant d’être rejoints par beaucoup d’autres. Quand cette classe-là va se retrouver en CP, on va se retrouver sur des effectifs encore plus conséquents qu’aujourd’hui […] Cinq élèves en plus par classe, pour certains enfants en difficulté, ça peut faire une très grosse différence. »

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Pour faire passer le message aux services de l’Éducation nationale, le collectif n’a pas manqué d’imagination. Le 9 avril dernier, par exemple, le premier édile et ses adjoints ont symboliquement procédé à l’inscription d’une vingtaine de parents et grands-parents afin de gonfler les effectifs pour la rentrée 2026.

Dénouement heureux

Ou comment user de tous les ressorts pour préserver de bonnes conditions éducatives dans une commune que monsieur le maire qualifie « d’attractive », à même pas dix kilomètres d’Albi. « Depuis près d’une décennie, on gagne en moyenne une cinquantaine d’habitants », confie Jean-Marc Farré, qui tient à rappeler que l’école Carcenac, ouverte à la fin des années 1960, a fait l’objet d’importants travaux de rénovation récemment. Montant total de l’opération : 1,3 M€.

« Certes, on a été bien subventionnés par les pouvoirs publics, mais perdre une classe alors qu’on a inauguré ce nouvel ensemble à la rentrée 2025, c’est dur », insiste l’élu, pour qui la suppression d’un poste constituerait un mauvais signal alors que la municipalité doit désormais se pencher sur le rafraîchissement de la maternelle. « Certains administrés se demandent à quoi bon si, dans le même temps, on perd des postes », lance-t-il, depuis une salle de classe.

Ces multiples cris du coeur ont fini par être entendus puisque jeudi soir, après une nouvelle réunion du Conseil départemental de l’éducation nationale (CDEN), il a été décidé de ne pas supprimer de poste à Arthès. « Un soulagement et une satisfaction pour l’avenir de nos enfants », conclut Célia.