« Bonne nouvelle ! George et Amal Clooney, deux des pires pronostiqueurs politiques de tous les temps, sont officiellement devenus citoyens français », claironnait Donald Trump sur son réseau Truth Social le 1er janvier. La veille, la nouvelle avait fait le tour du monde : l’acteur américain, son épouse et leurs deux enfants venaient en effet d’obtenir la naturalisation française. Quelques semaines plus tôt, en pleine promotion de son dernier film, la star hollywoodienne expliquait au micro de RTL à quel point il aimait cette culture et se plaisait à vivre, avec ses enfants, dans son domaine de Canadel, dans le Var, acheté en 2021 pour un peu plus de 6 millions d’euros, vantant même peu après l’efficacité des déplacements en TGV !
Une simple lubie de réalisateur oscarisé après avoir bu trop de café ? Bien au contraire : si les Américains ont toujours fait partie du paysage immobilier tricolore, ils sont encore plus actifs depuis la fin de la crise sanitaire, notamment grâce à une parité euro-dollar très favorable pour eux, avec jusqu’à 20 points d’écart.
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Dans la capitale, par exemple, selon les données de la Chambre des notaires du Grand Paris, ils étaient déjà en tête des acquéreurs étrangers non résidents en 2018, avec un budget moyen passé de 558 000 euros alors à 715 000 euros en 2023. « Bon nombre d’entre eux viennent régulièrement séjourner à Paris et opèrent ensuite un choix de vie, explique Alison Ashby, directrice du département résidentiel prime de Knight Frank. En termes de localisation, les grands-parents optaient pour Saint-Germain-des-Prés, les parents, pour les VIe, VIIe et XVIe nord et les enfants découvrent aujourd’hui le XIe. »
Les secteurs est de la capitale séduisent aussi : « A la faveur de vacances, avec une location sur le canal Saint-Martin, ils découvrent qu’un 2-pièces de 40 à 60 m² peut être acheté entre 400 000 et 600 000 euros, un budget très raisonnable pour des urbains des grandes villes américaines », confirme Andréa Boström-Mouls, directrice de Varenne.
Sur la rive droite, « l’arrivée de l’hôtel Soho House dans le IXe a renforcé l’attractivité de l’arrondissement, pointe Sébastien Kuperfis, président de Junot. Paris reste pour eux la capitale du charme, de l’architecture, de la cuisine, pour certains de la frivolité, pour d’autres de la liberté ». Aussi, ces Américains n’hésitent pas à s’offrir une part de rêve en posant leurs valises, ponctuellement ou définitivement, en recherche d’authenticité. « Ils sont très sensibles aux éléments d’époque, les parquets Versailles ou point de Hongrie, les cheminées avec trumeaux et miroirs, les moulures avec angles et doucines », confirme Alexandre Raton, président de Richelieu Rénovation.
Souvent, ces acquéreurs sont très connaisseurs en matière d’art, d’architecture et d’histoire. Ainsi, « un couple d’architectes vient de s’offrir pour près d’1,6 million d’euros un appartement de 112 m² avec deux chambres et balcon près de la porte d’Auteuil, dans un immeuble classé monument historique signé Le Corbusier et Pierre Jeanneret, le premier immeuble en verre construit entre 1931 et 1934 », illustre Aurélien Vernant, directeur d’Architecture de Collection.
Ensuite, tout est affaire de budget. Qui peut être extrêmement généreux. « Certains plébiscitent de grands appartements rénovés, meublés et climatisés, dits clés en mains, comme ce couple de quadragénaires new-yorkais qui travaille dans la tech et recherche un bien de 500 m² minimum, avec vue, dans les VIIe, VIIIe ou XVIe arrondissements, sans travaux, pour lequel il peut dépenser jusqu’à 30 millions d’euros », relève Geoffrey Benoit, directeur exécutif de John Taylor. Une enveloppe qui leur permettrait aussi de s’offrir une splendide villa dans le sud de la France, autre destination très recherchée.
Plus qu’à fuir les Etats-Unis de Donald Trump, ils cherchent avant tout à profiter de leur fortune et de leur vie. D’autant « qu’ils ont un rapport décomplexé à la fiscalité. La taxe sur les résidences secondaires ou l’impôt sur la fortune immobilière sont autant de paramètres jugés marginaux au regard de leurs capacités financières et des dispositifs existant dans leur pays d’origine », remarque Boris Auger, directeur des bureaux Janssens Immobilier de Saint-Tropez.
« Ils sont toutefois un peu moins présents depuis l’an dernier, les demandes sont plus sporadiques », souligne Frédéric Barth, directeur général de Côte d’Azur Sotheby’s International Realty. Parmi ses dernières transactions, un chef d’entreprise de 70 ans, qui a partiellement cédé sa société, a décidé de lever le pied, de profiter de son yacht et a choisi une villa Belle Epoque à Cannes pour 14,2 millions d’euros.
De même, un couple de quinquagénaires toujours en activité, déjà propriétaire de plusieurs demeures aux Etats-Unis et dans les Caraïbes, s’est fait plaisir en s’offrant un château rénové de 1 600 m², sur 19 hectares avec vue mer, à Mougins, pour 27,5 millions d’euros. Un autre chef d’entreprise, qui s’est désengagé après des soucis de santé, a totalement changé de vie en s’installant dans une propriété du Cap-d’Ail pour 27 millions d’euros.
Mais il n’y a pas que Paris et la Côte d’Azur. « Ces six derniers mois, j’ai vendu plusieurs maisons dans le Lot à des Américains, qui remplacent progressivement les Britanniques depuis le Brexit, confie Véronique Hertogs Favory, directrice adjointe de l’Adresse Prayssac. Ils nous disent que le Lot leur rappelle l’Arkansas avec les vallées, les falaises, la nature très verte, mais avec en plus l’art de vivre à la française, et ils ont très envie de s’intégrer. On trouve de belles maisons en pierre et d’architecte rénovées entre 200 000 et 450 000 euros, ce qui leur paraît très abordable. »
Même recherche vers le Pays basque et les Landes : « Pour des jeunes retraités qui cherchent un pied-à-terre à Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz, intéressés aussi par la proximité avec l’Espagne, tandis que Hossegor attire une clientèle plus jeune, aimant le surf et la nature dans un esprit plus californien », note Bénédicte Marchal, directrice de Biarritz Sotheby’s International Realty.
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En Normandie, l’heure n’est pas cinématographique, malgré le Festival du film américain de Deauville. Du côté des plages du Débarquement, « surtout au moment des célébrations, le tourisme mémoriel est important, même pour la troisième génération, car les écoles américaines organisent de nombreux voyages scolaires, jusqu’au Mont-Saint-Michel », explique Cyril Maupas, de Deauville Sotheby’s International Realty. Les amoureux du cheval sont aussi présents : « L’une de nos clientes, basée dans la Silicon Valley, souhaite acquérir un petit château avec des terrains pour ses chevaux, pour l’heure en pension dans des écuries de la région, afin d’y séjourner quelques mois avant l’été », confie Hadrien de Bourboulon, responsable de Daniel Féau Deauville.