C’étaient de vrais bijoux de famille. Après 65 ans d’existence, la bijouterie Perrusset, entreprise familiale niçoise, cessera son activité cet été. Un repreneur est sur le coup mais le domaine de vente sera différent. Jean-Pierre Lacrampe, le patron actuel qui part à la retraite, a donc décidé de liquider son stock. « Ça me fait un peu bizarre. Le magasin a toujours été là. C’est là que ma mère a acheté ma médaille de baptême », sourit Annie. Samedi matin, à peine le store levé, elle faisait partie de la dizaine de clients à passer la porte. Les bons sentiments ont une durée limitée : elle est quand même venue traquer les bonnes affaires. « Le pouvoir d’achat n’augmente pas, alors… », justifie-t-elle, en parcourant une vitrine du regard.
Le premier gros magasin de bijoux niçois
Alors autant en profiter. C’est d’ailleurs l’écoulement du stock qui décidera de la date exacte de fermeture. Puis le local entrera dans une phase de travaux, pour se conformer aux exigences de la nouvelle enseigne. « Ça me fait quelque chose de fermer. Ce magasin a toujours été dans ma famille. Et je n’en reviens pas du nombre de gens que ça peine. Certains nous racontent qu’ils ont acheté leurs alliances ici, une médaille… et nous disent qu’on fait un peu partie de leur vie. De l’intérieur, je ne m’en rendais pas compte », pose Jean-Pierre Lacrampe.
Il fait partie de la troisième génération à diriger l’établissement. C’est sa grand-tante qui l’a ouvert en 1961, après une carrière de bijoutière dans l’est de la France. Venue passer sa retraite à Nice, elle n’a visiblement pas résisté à l’envie de continuer les affaires.
« Elle était un peu précurseure parce qu’elle a ouvert le premier grand magasin de bijoux. Avant, les bijouteries étaient surtout des petites boutiques confidentielles. Là, il y avait un gros système, avec beaucoup de marchandises, tout en restant populaire avec des prix accessibles », raconte Jean-Pierre Lacrampe.

La vente de montres au beau fixe
Pile dans l’ambiance des années 60, en pleine croissance économique. Même si le contexte est différent aujourd’hui, la ligne directrice n’a pas changé. « Nous avions l’emplacement parfait : sur une avenue passante, à côté de magasins grand public », analyse Jean-Pierre Lacrampe. Bien qu’il ait pris la suite de ses parents à la tête du magasin, sa fille n’est pas intéressée pour assurer la relève. Mais le bijoutier l’assure : la vente de bijoux, et surtout de montres, a encore de beaux jours devant elle.

« On vend beaucoup de petits bijoux bon marché, des confrères vendent très bien des bijoux de marque… Le seul frein, c’est l’explosion du prix de l’or. Il a triplé en deux ans. La moindre chaîne vaut une fortune. Mais les bijoux se sont toujours portés, alors ils se vendront encore », indique-t-il. Avec, peut-être, de nouveaux matériaux.