Incisif et entreprenant, le capitaine francilien a longtemps donné l’impression d’être le seul des siens concerné par ce derby bien pauvre.
Le rugby, c’est bien connu, se joue avant tout dans la tête. D’autant plus que, dans un championnat aussi épuisant que le Top 14, l’une des principales difficultés consiste à se remobiliser semaine après semaine, en se donnant de bonnes raisons de se faire mal. À ce titre, l’une des ficelles les plus efficaces demeure aussi une des plus éculées, le « Yparé ». La recette ? Prenez un bout de propos rapporté par un cousin par alliance, agrémentez-le d’un morceau d’article d’autant plus équivoque que sorti de son contexte, et vous obtenez déjà une bonne base pour faire lever la pâte d’une bonne vieille révolte. Alors, dans le cadre de la préparation de ce derby parisien, vous imaginez bien que la phrase de frustration lâchée à chaud par Louis Carbonel à l’issue du match aller (« Les Racingmen ont une équipe hyper lourde mais ils ne jouent pas très bien au rugby ») avait tout pour être accueillie comme le terreau d’une saine colère, et donc du pain bénit, par le staff de Patrice Collazo…
Doublé et passe décisive
Le truc ? Il est que les Parisiens, malins, ont gâché tout le sel d’une préparation musclée, en alignant pour une raison obscure une équipe largement recomposée. Voilà pourquoi, dans ce contexte un brin faussé, on ne fut finalement guère étonné d’observer un Racing emprunté, imprécis en conquête et étonnamment indiscipliné (cartons jaunes contre Hughes puis Tupou). Et encore moins étonné de constater que, dans ce marasme, la lumière ne venait finalement que d’un seul homme : le capitaine Max Spring… Qui pour redresser tout seul, à la 7e, une pénalité à la main diablement mal embarquée ? Le numéro 15 des Ciel et Blanc. Qui pour soulager son équipe sous les jeux au pied de pression des Soldats Roses, pour trouver des pénaltouches d’une longueur décente, ou pour stopper à la régulière une chevauchée de Sekou Macalou dans ses 22 mètres ? Toujours le Basque.
Qui pour mettre un peu de folie dans ce derby avant la pause, en s’illustrant à l’origine puis à la conclusion d’une des seules actions collectives dignes de ce nom initiées par les Alto-Sequanais ? Max Spring, encore et toujours, comme si celui-ci s’avérait le seul véritablement concerné par cette partie, au point de sonner encore le réveil des siens dès la reprise en offrant symboliquement un essai à Naituvi. On se souvient qu’en début de saison, l’international tricolore avait fait connaître des velléités de départ, avant de s’engager finalement sur le long terme avec le Racing 92. Probablement l’un des meilleurs investissements du club ciel et blanc, au vu de l’attachement sincère de Spring à son maillot. Notre seul regret étant que son comportement n’ait pas davantage inspiré ses coéquipiers, qui n’auront malgré leur bonus offensif pas définitivement tordu le cou aux mots de Carbonel…