La coalition du chancelier allemand Friedrich Merz est ébranlée par des querelles internes alors qu’elle s’attelle à un vaste programme de réformes fiscales, des retraites et de la santé promis de longue date, tout en cherchant des solutions pour freiner l’envolée des prix du carburant provoquée par le conflit en Iran.

Merz, dont l’Union chrétienne-démocrate (CDU) conservatrice a été dépassée par le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) dans les sondages d’opinion, a exprimé lundi son agacement envers ses partenaires de coalition du Parti social-démocrate (SPD), classé au centre-gauche.

« Ce que nous avons accompli jusqu’à présent ne me suffit pas », a-t-il déclaré lors d’un événement organisé par la principale fédération bancaire allemande, appelant les sociaux-démocrates à « aider à lever certains des blocages auxquels nous avons malheureusement été confrontés à maintes reprises ces dernières semaines et ces derniers mois ».

Mardi, plusieurs hauts responsables sociaux-démocrates ont réagi avec virulence à ces propos, que le secrétaire général Tim Kluessendorf a qualifiés d' »inacceptables ».

Cette passe d’armes intervient alors que le sondage hebdomadaire Politbarometer, publié dimanche par le diffuseur public ZDF, place l’AfD en tête de toutes les formations politiques avec 26 % d’intentions de vote, devant la CDU et son alliée la CSU (25 %), tandis que le SPD stagne à 12 %, derrière les Verts, actuellement dans l’opposition.

Alors que l’économie allemande est affaiblie par deux ans de récession et que son industrie peine à faire face à la concurrence agressive des exportateurs chinois, la scission de la coalition menace de faire dérailler le projet de Merz visant à instaurer un ensemble de réformes radicales avant la fin de l’été.

Les discussions ont débuté sur des mesures destinées à stabiliser le financement du système de santé publique, dont le déficit devrait exploser, passant de quelque 15 milliards d’euros (17,6 milliards de dollars) l’an prochain à 42 milliards d’euros d’ici 2030. Toutefois, les modalités de financement de ces changements restent incertaines dans un budget fédéral soumis à de fortes tensions.

POLÉMIQUES SUR LES RETRAITES
Une tentative de réforme globale du système de retraite vieillissant, de plus en plus sous pression en raison du déclin démographique, avait été gelée l’an dernier après une fronde des jeunes députés de la CDU.

Une commission spéciale doit présenter des propositions pour stabiliser le système, mais Merz a provoqué l’ire du SPD en déclarant lundi que, dans les années à venir, la retraite légale ne suffirait plus qu’à assurer un revenu de base et que la plupart des citoyens devraient la compléter par une épargne personnelle.

« Si le Chancelier a l’intention de réduire la retraite d’État à une simple pension de base, il se heurtera à une opposition farouche des sociaux-démocrates », a martelé Kluessendorf.
La pression pesant sur la coalition a été accentuée le mois dernier par les élections dans deux États de l’Ouest, le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat, où l’AfD a réalisé de fortes percées, infligeant de cuisants revers au SPD.

Pour ne rien arranger aux problèmes de Merz, le gouvernement est pressé de réagir à la flambée des prix des carburants.

L’exécutif a pris des mesures pour aider les automobilistes en limitant les hausses de prix à la pompe à une seule fois par jour, mais les partenaires de la coalition sont en désaccord sur d’autres leviers, notamment les propositions de taxes sur les superprofits des compagnies pétrolières ou les baisses temporaires des taxes énergétiques payées par les consommateurs.

(1 $ = 0,8508 euro)
(Rédaction : James Mackenzie ; Montage : Andrew Cawthorne)