L’hématologue de l’hôpital L’Archet à Nice est formel dans ce certificat rédigé en mai 2025 : « Le suivi médical d’Abderraouf Bouamra n’est pas réalisable dans son pays d’origine, avec risque vital dans le cas contraire. Son état de santé nécessite qu’il séjourne de façon stable et durable pour minimum 5 ans ».
Le diagnostic et les préconisations sont réitérés avec la même gravité le 4 mars 2026 : « Son état de santé actuel n’est pas possible en Algérie ».
Des avis médicaux que ne partagent pourtant pas les médecins de l’Ofii, l’Office français de l’immigration et de l’intégration.
Ces derniers estiment qu’« au regard des éléments du dossier », l’état de santé de cet Algérien de 37 ans « peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d’origine » et que les caractéristiques du système de santé en Algérie « peuvent lui permettre d’accéder à une prise en charge ».
Abderraouf Bouamra fait donc l’objet d’une OQTF – obligation de quitter le territoire français – le renouvellement de son titre de séjour lui a été refusé par un arrêté préfectoral signé le 18 mars 2026.
Un lymphome très virulent
Le dossier de ce trentenaire remonte au 28 novembre 2022, date à laquelle il entre régulièrement en France sous couvert d’un sauf-conduit pour raison médicale.
Il souffre d’un lymphome particulièrement agressif, une tumeur cancéreuse du système lymphatique déclarée en 2021, au sortir de la crise du Covid.
En juillet 2023, il bénéficie d’une allogreffe de cellules-souches, l’unique traitement lui offrant une chance de survie.
Depuis, il disposait d’un titre de séjour « vie privée et familiale » pour poursuivre ses soins.
Abderraouf, battant, a reconstruit sa vie ici, à Nice, luttant contre la maladie tout en bénéficiant du renouvellement régulier de ses récépissés.
Le dernier a expiré le 18 mars. « La France m’a sauvé la vie », chuchote le trentenaire, aujourd’hui très affaibli. « C’est mon pays de cœur », souffle-t-il.
Il sourit : « J’ai des amis, des voisins qui me soutiennent ». Parfaitement inséré, le jeune malade est cogérant d’un restaurant.
« En ce moment, je suis tellement fatigué et je ne dois pas être exposé aux UV, alors je m’occupe de l’administratif de chez moi », glisse-t-il, plongé dans l’incompréhension face à la décision préfectorale.
Un recours devant le tribunal administratif
Face à cette menace d’expulsion, un recours a été déposé vendredi 10 avril 2026 devant le tribunal administratif de Nice par son avocat, Maître Rudy Salles.
La date d’audience n’a pas encore été fixée. Le recours, déposé sur le fond, ne gèle pas l’exécution de l’OQTF.
« Je suis persuadé que c’est une erreur d’appréciation », pose le conseil niçois. « Le suivi post-greffe est lourd et très spécialisé », argumente-t-il.
Parlementaire pendant 30 ans, Maître Rudy Salles ne jette pas la pierre aux services de l’État : « Je sais qu’ils travaillent sous tension, je ne remets pas en cause les obligations de quitter le territoire lorsqu’elles visent des personnes qui causent des troubles à l’ordre public ».
Un regard vers son client : « Mais là c’est tout autre chose, nous ne sommes pas face à une menace, nous ne sommes pas face à une atteinte aux principes de la République, nous sommes face à un homme, gravement malade, entré régulièrement en France pour raisons médicales, un homme greffé, suivi depuis plusieurs années et dont la situation appelle du discernement, de la responsabilité et de l’humanité ».
« Le risque est vital », répète-t-il, espérant que la préfecture revienne sur sa décision. « Auquel cas, nous retirerons le recours », prévient maître Rudy Salles.
Une source à la préfecture précise : « De telles décisions sont prises au regard des textes en vigueur, au regard du Code du droit des étrangers, le CESEDA, le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ».
Et pour Abderraouf, « cette décision a été prise après l’avis des médecins de l’Ofii », insiste-t-elle.