C’est un quartier qui s’apprête à changer de visage, mais la pilule a du mal à passer pour les riverains d’un projet immobilier.
À Cagnes-sur-Mer, à l’intersection de l’avenue de Grasse et de la rue du Puits, en lieu et place de l’ancienne usine Coca-Cola, le promoteur Cogedim construit « Les Terrasses d’Ella » prévoyant la livraison de six bâtiments à l’horizon 2027.
Si le premier permis de construire délivré par la mairie le 19 décembre 2023 avait fait l’objet d’un consensus, un permis modificatif validé le 4 août 2025 a mis le feu aux poudres, poussant l’association du parc Saint-Véran (APSV) à saisir la justice pour en demander l’annulation.
Initialement, le projet prévoyait la construction de 135 logements résidentiels (dont une majorité en accession libre), 100 logements en résidence senior, et environ 2.900 m² dédiés principalement à une activité artisanale.
Le tout était accompagné de 304 places de stationnement. Un compromis jugé alors acceptable par le voisinage.
« Il y avait la résidence senior qui ne générait pas un trafic démentiel, surtout aux heures de pointe », explique Guillaume Alibert, président de l’association du parc Saint-Véran. « Le nombre de places de parking était calculé de manière très juste. On a accepté de ne pas s’opposer au projet. »
« Un report massif du stationnement sauvage »
Mais en août 2025, la découverte d’un permis modificatif rebat totalement les cartes.
La résidence senior de 100 logements disparaît au profit de 84 logements classiques, portant le nombre total de logements résidentiels à 219.
Parallèlement, la surface artisanale est transformée en une vaste activité de services destinée à l’accueil du public, passant de 2.900 m² à plus de 4.000 m².
Pour les riverains, cette nouvelle équation est « une aberration ».
Car si la population active et commerciale du complexe explose, le nombre de places de parking, lui, reste figé à 304 places.
La conséquence redoutée ? « Une augmentation du stationnement sauvage et une congestion de l’unique point d’entrée et de sortie du nouveau quartier, situé rue du Puits. »
« C’est une route qui n’est pas du tout adaptée à la situation »
Cet axe, à double sens, sert déjà de raccourci prisé par les automobilistes pour rejoindre l’autoroute en évitant la route de Grasse.
« C’est une route qui n’est pas du tout adaptée à la situation, les gens sont obligés de rouler sur le trottoir pour se croiser. Un jour, il va y avoir un drame », alerte Guillaume Alibert.
Face au rejet de leur recours gracieux par la Ville en novembre 2025, les riverains ont déposé un recours contentieux devant le tribunal administratif de Nice.
« Concernant le manque de stationnement, le promoteur aurait minoré ses obligations légales en prétendant construire à moins de 500 mètres de la gare. Or, la distance réelle entre le terrain et la gare dépasse 650 mètres », souligne Maître Jean-Louis Sourny, avocat représentant l’association.
Le conseil de l’association dénonce également « une violation des règles d’urbanisme du lotissement concernant le gabarit des six immeubles, qui s’élèvent pour certains à 21 mètres de hauteur ».
De leur côté, la Ville de Cagnes-sur-Mer et la société Cogedim Méditerranée campent sur leurs positions.
Dans leurs mémoires en défense, déposés en février 2026, elles ont fermement demandé le rejet de la requête et défendu la stricte légalité de ce projet remanié.
« Bryan Masson coordonnera une phase de dialogue »
La Ville de Cagnes-sur-mer entend apaiser la situation : « La municipalité hérite d’un dossier géré par la majorité précédente de Louis Nègre. Dans l’attente du délibéré de recours contentieux introduit par le représentant de l’association de défense du parc Saint-Véran, Bryan Masson, nouveau maire de Cagnes-sur-Mer, coordonnera une phase de dialogue avec le promoteur et les services métropolitains dans l’optique de garantir une issue apaisée à cette situation. »