« La ponction lombaire et le PET amyloïde (NDLR un examen d’imagerie cérébrale qui permet d’évaluer la densité des plaques amyloïdes, marqueur-clé de la maladie d’Alzheimer) sont des biomarqueurs cliniquement validés pour confirmer le diagnostic de maladie d’Alzheimer chez des patients avec troubles de la mémoire. Ils ont le marquage CE, la plus haute validité clinique en Europe », explique le Dr Bernard Hanseeuw, neurologue aux cliniques universitaires Saint-Luc.
La ponction lombaire et le PET scanner coûtent cher et sont invasifs : la prise de sang change la donne pour le confort du patient.
« Ils ne sont malheureusement pas remboursés par l’INAMI et leur coût respectif est d’environ 180 € pour la ponction et 1 000 € pour le scanner ».
L’UZ Brussel travaille sur une simple piqûre au doigt pour le diagnostic AlzheimerLa prise de sang : une aide au diagnostic fiable ?
Ces dernières années, les chercheurs ont beaucoup travaillé sur un diagnostic basé sur la prise de sang.
Des chercheurs américains et suédois ont développé un test permettant de détecter très tôt la maladie d’Alzheimer, et même d’en préciser le stade d’avancement…
Des scientifiques de l’Institut flamand de biotechnologie (VIB-KU Leuven Center for Brain & Disease Research) ont développé un modèle génétique permettant de prédire l’apparition d’un Alzheimer « familial ».
Anosognosie, des patients incapable de réaliser qu’ils sont maladesQu’est-ce qui est accessible pour les patients wallons ?
Aujourd’hui, aucun test par prise de sang n’est actuellement remboursé par l’Inami, ni doté du marquage CE (la certification garantissant la conformité aux normes européennes). Néanmoins, il est possible d’y avoir accès.
Infographie Maladie d’Alzheimer ©Adobe Stock
Le Dr François Meyer, chef de la clinique de la mémoire, au CHU de Liège, explique qu’on ne peut pas demander une prise de sang à son médecin de famille, pour de simples oublis. « J’en prescris en moyenne trois par semaine pour des patients qui nous consultent au centre de la mémoire. Mais la demande peut être adressée par un gériatre ou un neurologue d’un autre hôpital : un hôpital du réseau Ellipse par exemple, mais n’importe quel hôpital peut nous demander l’analyse. »
Il s’agit d’une prise de sang classique, analysée par le laboratoire du CHU. « C’est une démarche expérimentale et informative qui ne remplace pas encore une expertise clinique complète, ajoute le neurologue.
Jouer peut ralentir la maladie d’AlzheimerUn test similaire à Saint-Luc Bruxelles, avec Saint-Pierre Ottignies
Cette prise de sang n’est pas une exclusivité liégeoise. Cet outil diagnostic a notamment été aussi développé par les cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles), en collaboration avec Saint-Pierre (Ottignies).
Le Dr Bernard Hanseeuw, neurologue à Saint-Luc : « Nous avons déployé en routine clinique l’usage du dosage plasmatique du pTau217 validé comme LDT (Laboratory Developed Test). Cela signifie que notre laboratoire garantit le résultat, mais qu’il n’a pas encore obtenu le marquage CE, attendu d’ici fin 2026. En prenant une zone grise – marge d’erreur dans laquelle nous reconnaissons l’incertitude du test- les résultats peuvent apporter un degré de certitude supérieur à 97,5 %. »
Avec un degré de certitude supérieur à 97,5 %, ce test permet d’éviter des examens lourds à une grande majorité de patients.
D’autres hôpitaux passent aussi par les analyses de Saint-Luc, « en particulier du Chirec, des cliniques de l’Europe, du CHWAPI et du réseau Helora dans le Hainaut », précise le Dr Hanseeuw.
Comment protéger les malades d’Alzheimer fugueursPourquoi et comment le test est-il réalisé ?
Pour le Dr Meyer, la prise de sang – qui coûte entre 90 et 150 € selon l’hôpital où il est réalisé et le biomarqueur testé – fait partie de l’arsenal de première ou 2e ligne, après le test cognitif et l’IRM cérébrale.
« L’IRM permet de voir s’il y a une atrophie et où elle se situe. Par rapport à une démence fronto-temporale, par exemple. L’angiopathie amyloïde ne se détecte que sur une IRM… et il faut aussi être sûr de ne pas être passé à côté d’un AVC ou qu’il n’y ait pas une tumeur cérébrale, même si c’est beaucoup plus rare. »
Deux indicateurs d’Alzheimer
La prise de sang cherche tout d’abord les neurofilament, « ce sont des filaments de neurones qui sont élevés dans la prise de sang quand il y a une maladie qui détruit les neurones » explique le Dr Meyer, au CHU.
Le deuxième élément, c’est la protéine P tau 217, plus spécifique de la maladie d’Alzheimer.
La prise de sang n’apporte pas une réponse de type « oui-non ». « Pour le diabète, il y a une limite, si vous êtes au-dessus de la norme, vous êtes diabétique. En dessous, vous n’avez pas de diabète, remarque le Dr Meyer. Ici, c’est différent : on a une limite supérieure et une limite inférieure. Si le résultat est au-dessus de la limite supérieur, le diagnostic est posé, sans nécessiter d’autres tests de confirmation. Sous la norme inférieure, ça exclut le diagnostic. »
La zone grise entre les deux limites représente 20 % des patients. « La prise de sang permet donc éviter des examens plus irradiants à une grande majorité des patients.
Ça change quoi de savoir ?
« Beaucoup de patients ont besoin de savoir. Souvent, cela améliore la qualité des soins », reconnaît le Dr Meyer. « Cela améliore la qualité de vie et diminue la morbidité, car on ne passe pas à côté d’une maladie que l’on peut guérir. Et puis ça permet de mettre en ordre ses dispositions pour les années à venir. »
Des traitements contre la maladie d’Alzheimer existent et ont été approuvés par l’Union européenne. « La première étude de 18 mois montre que le traitement retarde la maladie de 6 mois. Mais avec un traitement plus long, il semble que le gain soit beaucoup plus important. »
Le Lecanemab va entrer en discussion avec l’Inami pour un remboursement, ainsi que le Donamemab, selon le Dr Meyer. « Ces traitements doivent être pris le plus tôt possible par les personnes souffrant d’Alzheimer, d’où l’intérêt des méthodes d’analyse rapides, comme la prise de sang. »