Le 1er avril 1931, Natale et Ida Marmorini, arrivés de Toscane quelques mois plus tôt, ouvraient leur fabrique de mosaïque, de marbre et de granito. La maison a fêté ce printemps ses 95 ans, sans se départir de ses convictions familiales.

Céline Arnulf, la fille de Joséphine (née Marmorini) a intégré l’entreprise en 2002. Aujourd’hui, elle » coache » Gianni et Ange Valentini, ses jumeaux et prépare déjà leur future arrivée. Passage obligé, le dépôt, où tous deux viennent œuvrer pendant les vacances et les samedis. Questions.
Est-ce une satisfaction de voir ses enfants prendre la décision de poursuivre l’aventure familiale ?
C’est une grande satisfaction… en même temps qu’une grande inquiétude. Je peux vous dire que leur grand-mère a débouché le champagne ! Je pense à la responsabilité d’être chef d’entreprise, aux exigences du poste, à l’incertitude liée à l’actualité économique et politique. Et puis, quand on prend les rênes d’une entreprise pratiquement centenaire, il faut arriver à la mettre à sa main, ce qui n’est pas une mince affaire.
Avez-vous emmené vos fils avec vous dès leur plus jeune âge, ou avez-vous bien séparé vies professionnelle et familiale ?
Ils avaient chacun leur lit parapluie ici, et ils ont beaucoup fréquenté le magasin. On peut dire que Maison Marmorini, c’est un peu leur deuxième maison.
Quelle est la principale qualité de chacun d’eux, celle qui fera que, selon vous, ils réussiront ce projet ?
Gianni, c’est la rigueur et l’amour du travail bien fait, et il s’oriente vers la gestion et l’organisation de la société. Ange possède un incroyable sens du contact. Je dis toujours, sur le ton de la plaisanterie, qu’il est capable de parler à un arbre. Lui est davantage attiré par le commerce et la relation client.
Le dépôt, c’est l’école de la Maison Marmorini ?
Je dirais que c’est le coffre-fort et le passage obligé, pas du tout une punition. Le dépôt représente le dernier contact que nous avons avec nos clients, d’où son importance.

Etre deux, est-ce une chance ?
J’étais une petite fille unique très contente de l’être. Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte de jumeaux, j’ai pensé que c’était une bonne chose, et qu’il n’y aurait donc pas d’enfant-roi. S’ils peuvent se chamailler, comme tous les frères et sœurs le font, ils se montrent solidaires lorsque la situation l’exige. Ce soutien mutuel est une force bien sûr, en cas de besoin, ils savent qu’ils peuvent compter l’un sur l’autre.
Vous projetez-vous dans quelques années, lorsque vos fils seront à vos côtés ?
Je ferai un pas de côté et ils bénéficieront de mon regard bienveillant. Cela me permettra de m’atteler à des projets qui me tiennent à cœur, d’envisager un plus fort développement commercial. Ange et Gianni sont encore très jeunes mais nous testons déjà en douceur cette passation qui deviendra inévitable un jour prochain. Ils ont le bon feedback, me font des remarques pertinentes, m’alertent sur certains points. Je ne m’inquiète pas, tout se passera bien le moment venu.
De la Toscane à La Trinité, une histoire d’entreprise
L’histoire débute au début du XXe siècle. Natale et Ida Marmorini quittent l’Italie pour s’installer sur la Côte d’Azur. Originaires d’Arezzo, en Toscane, ils posent leurs valises à La Trinité dès les années 20, et y créent officiellement leur entreprise le 1er avril 1931, spécialisée dans la fabrication de mosaïques, de marbre et surtout de granito, mix de béton teinté et de fragments de marbre, très prisé dans la construction. Malgré les crises et les chaos du XXe siècle, l’entreprise parvient à s’ancrer durablement dans le paysage niçois. Après-guerre, portée par le dynamisme immobilier, la clientèle locale adopte massivement ses produits. La transmission familiale joue un rôle clé dans cette continuité, assurant la pérennité tout en accompagnant les évolutions du marché.

À partir des années 70, un tournant stratégique s’opère. L’entreprise dirigée par Joseph Marmorini, fils de Natale, depuis le milieu des années 50 abandonne progressivement la production pour se repositionner sur le négoce de matériaux, en important marbre, mosaïque, céramique de différents pays européens. Une évolution lui permettra de s’adapter aux nouvelles attentes et d’élargir son offre. Une nouvelle étape est franchie en 2009 avec la reprise de l’entreprise par Joséphine Arnulf Marmorini et la fusion avec Scaramozzino, dirigée par sa fille Céline Arnulf. Ce rapprochement marque le début d’une phase de diversification et de développement, avec une multiplication des points de vente et un élargissement de la clientèle. L’enseigne devient alors Marmorini Design, avant d’adopter en 2019 le nom de La Maison Marmorini, accompagnée d’une nouvelle identité visuelle et d’un repositionnement plus affirmé sur le design et le haut de gamme. Toujours dirigée par la troisième génération, l’entreprise a traversé les évolutions stylistiques, de l’art déco aux tendances contemporaines, en s’adaptant en permanence aux attentes des professionnels comme des particuliers. Aujourd’hui, La Maison Marmorini concentre son activité sur la distribution de matériaux et solutions d’aménagement, carrelages, pierres naturelles, équipements de salle de bains, revêtements intérieurs/extérieurs ou mobilier et aménagements décoratifs. Elle s’impose, aujourd’hui comme hier, comme un acteur local incontournable du design azuréen.

Ils sont l’avenir de la Maison Marmorini…
Tous deux élèves de terminale, Ange et Gianni Valentini » apprivoisent » l’entreprise familiale depuis un an déjà et s’imprègnent en douceur, mais avec sérieux, de la culture maison, sous l’œil bienveillant de leur mère.
Votre premier souvenir chez Maison Marmorini ?
Ange et Gianni Valentini. Le bureau de notre mère, nous avons grandi ici.
Votre grand-mère et votre mère sont-elles des sources d’inspiration, des modèles ?
AV et GV. Bien sûr ! Ce sont des femmes qui ont réussi dans un monde d’hommes, cela nous pousse à faire au moins aussi bien qu’elles.
Quelles études supérieures allez-vous suivre ?
AV. Une école de commerce pour avoir une vision globale sur les techniques de ventes. Je tiens aussi à partir en stage à l’étranger ; notamment en Italie et aux Etats-Unis pour élargir mon champ de compétences et pour maîtriser parfaitement l’italien et l’anglais. La Maison Marmorini travaille avec des correspondants qui pourront m’accueillir et me faire bénéficier de leur expérience.
GV. Une école de commerce.
Être les fils de, un avantage, un inconvénient ?
AV. C’est beau d’être le fils de. On n’y pense pas tout le temps, on a grandi avec. Personnellement, ça me pousse à essayer de toujours faire mieux.
A la maison, ça parle boulot, un peu, beaucoup, pas du tout ?
GV. Pas du tout. Le sas, c’est la voiture.
A quel horizon prévoyez-vous d’intégrer l’entreprise ?
AV et GV. En 2030 ou 2031, pour les 100 ans de Maison Marmorini.