Le temps presse sur le toit de la station d’épuration de Saint-Laurent-du-Var.

Depuis plus de quarante ans, dix sculptures monumentales en bois de cèdre de Colombie, réalisées par l’artiste canadien Robert Roussil, subissent les affres du temps et des intempéries.

Le futur démantèlement de la station d’épuration, après la mise en service d’Haliotis 2, laisse l’avenir de ce patrimoine culturel en suspens.

L’histoire avait pourtant bien commencé. En 1982, pour faire accepter l’impact visuel de cette usine de traitement des eaux usées, l’idée naît de transformer son toit en un parc de sculptures accessible au public.

L’inauguration a lieu en janvier 1983. Mais dès 1986, le site est fermé aux visiteurs et l’entretien, pourtant acté à la charge de la commune par une délibération municipale en date du 2 février 1983, est progressivement délaissé.

« Voir les sculptures à terre, couchées ou penchées, ça me fait mal au cœur »

Aujourd’hui âgée de 86 ans, Danielle Roussil, veuve du sculpteur décédé en 2013, se désole de la situation : « C’est terrible. Je préfère ne pas me rendre sur place, parce que de voir les sculptures à terre, couchées ou penchées, ça me fait mal au cœur. »

Face à une restauration de l’ensemble estimée à 600.000 euros, elle confesse : « Je sais bien qu’il y a des priorités, mais ça ne me paraît pas énorme pour sauver un tel patrimoine. »

Le transfert de propriété de la station d’épuration a rendu la Métropole Nice Côte d’Azur propriétaire légale des œuvres.

La commune et la Métropole assurent rester « pleinement attentives à la dimension patrimoniale de ces œuvres » et affirment être « en lien avec les ayants droit de l’artiste pour définir le moment venu la meilleure solution pour s’assurer de la préservation et de la valorisation de ces sculptures ».

La Ville de Saint-Laurent-du-Var indique que « la Métropole attend d’être saisie officiellement par la commune de Tourrettes-sur-Loup de son intérêt pour la sauvegarde et le transfert d’une ou plusieurs de ces œuvres, afin d’en étudier les modalités et le coût ».

Une solution à Tourrettes-sur-Loup ?

C’est en effet dans la capitale de la violette qu’une petite partie de l’œuvre pourrait trouver un avenir, Robert Roussil s’étant installé à Tourrettes-sur-Loup dans les années 1970.

Le maire Frédéric Poma est prêt à agir pour honorer la mémoire de l’artiste : « Robert Roussil est un artiste canadien qui a marqué l’art, précurseur de Ben sur les écritures. Son œuvre a traversé les âges. »

L’édile détaille la problématique et son plan de sauvetage : « Les œuvres qui sont sur la station d’épuration de Saint-Laurent-du-Var vont être enlevées avant le démantèlement de la station. J’ai demandé à la Métropole de récupérer une œuvre pour la mettre à Tourrettes-sur-Loup. On va devoir la restaurer. J’attends le feu vert de la Métropole. J’aimerais l’installer dans les jardins de la Bastide aux Violettes. Mais on est une petite commune, on n’a pas beaucoup de moyens. »

Une course contre la montre est désormais engagée par les différents acteurs pour que ce patrimoine local de plusieurs tonnes de bois ne finisse pas, comme le redoute amèrement Danielle Roussil, « à la poubelle ».