Quelques badauds ont cru à un show-room automobile installé quai Lunel, au port de Nice. Et puis ils se sont approchés, ont reconnu Éric Ciotti… Le nouveau maire de Nice, planté sur une estrade, égrenait, micro en main, les leviers à activer pour faire des économies afin de rendre indolore la baisse des taxes que sa majorité s’apprête à faire voter, demain vendredi, en conseil municipal et en conseil métropolitain.
Parmi ces leviers, la vente de plusieurs véhicules stationnés symboliquement derrière son pupitre : 25 voitures – et pas des petites – dont celles de l’ancien maire, Christian Estrosi : « Il en avait 5. Deux grosses à Paris, deux grosses à Nice. Et encore une petite Zoé à Nice », souffle une source proche du dossier. Le symbole est fort pour ceux qui viennent de s’installer en mairie : ces véhicules sont les vestiges d’une époque que Ciotti promet révolue. Son message : la fête est finie.
Le compte y est
Un mois après son élection, son engagement de campagne est désormais chiffré : 51,4 millions d’euros seront « rendus » aux contribuables niçois. En abaissant la taxe foncière de 4,4 points et la taxe d’ordures ménagères d’un point demain, Éric Ciotti va ramener la pression fiscale à son niveau de 2023, avant la hausse votée par Christian Estrosi. « C’est du pouvoir d’achat pur », martèle le nouveau maire de Nice, qui s’engage sur une baisse globale de 5,4 points sur l’avis d’imposition des propriétaires. Pour y arriver, il a ouvert la chasse au « gras » et dégainé, ce jeudi, devant la presse, un plan de réduction des dépenses publiques qu’il a chiffré à plus de 60 millions d’euros par an. Le compte y est. Le manque à gagner est rattrapé, se félicite-t-il.
Le sacrifice avait commencé par les élus qui ont déjà vu leurs indemnités baisser de 30 % à la métropole, et de 12,7 % en moyenne à la Ville. Ce n’est pas leur seule contribution. Terminé aussi le parking gratuit à Corvesy : 27 700 euros économisés par an. Supprimés encore, les frais de représentation du maire : 33 700 euros, comme son dispositif de sécurité personnelle pour 240 000 euros par an.
« Une armée mexicaine »
Et ça continue… « Nous avons recensé quasiment 100 000 euros de frais de déplacement des élus et du maire. Nous allons diviser par deux ces frais, donc une économie de 50 000 euros », enchaîne celui qui va aussi s’attaquer au cabinet « une armée mexicaine » sous Christian Estrosi. « Nous allons regarder le niveau des rémunérations des 100 plus hauts traitements qui emportent 14 millions d’euros de rémunération. Nous avons plus d’une quinzaine de traitements à plus de 10 000 euros bruts par mois entre les services et certains membres de cabinet et dont plusieurs de ces responsables disposaient de villas ou d’appartements de fonction », révèle Ciotti.
Factures de restaurants « pharaoniques »
Et puis, adieu la com’ à outrance et les petits fours à gogo : le magazine municipal est supprimé pour économiser 600 000 euros tandis que les frais de réception sont divisés par deux. « On passe au régime sec », sourit le maire. Qui évoque des factures de restaurants « pharaoniques » dans un établissement « bien connu » ou encore un dîner de gala pour l’Unoc à 220 000 euros. Des événements vont disparaître de la carte des festivités niçoises. « La plupart faisait doublon ou avait été créés pour concurrencer ceux du département », grogne Éric Ciotti. L’Ironman (650 000 euros), l’Ultra-trail (650 000 euros) et l’International de Pétanque (600 000 euros) passent à la trappe.
Embauche d’un « tueur de coûts »
Pour mieux gérer la commande publique, la nouvelle majorité a décidé d’embaucher un « cost-killer », un tueur de coûts : le maire entend réduire le coût des chantiers de 5 % pour gratter 20 millions d’euros supplémentaires. « J’ai la certitude que nous commandons trop cher », analyse-t-il. Un dispositif couplé à sa volonté de mettre fin « aux avenants répétés ». Éric Ciotti soupçonne ouvertement son prédécesseur d’avoir fait chauffer la carte bancaire municipale pour accélérer les chantiers pour qu’ils soient terminés avant le scrutin municipal : « J’espère que c’est pas pour couper un ruban avant les élections, mais bon, on verra », a-t-il grincé. En ligne de mire la sortie ouest de la voie rapide, ou encore le surcoût de la saison 2 de la promenade du paillon, et le fiasco du parking Tzarewitch… inondé, inutilisable et fermé depuis son inauguration. Une course contre la montre électorale qui aurait coûté, selon lui, 12 millions d’euros.
« Nous nous engageons sur un budget plus modeste, plus humble, plus proche, mais aussi plus efficace », a conclu le tombeur d’Estrosi.