« Il n’est pas en colère. Il est dépité, apeuré et triste. Car mon client avait décidé d’ouvrir cette supérette par amour du contact humain. Cette nuit-là, tout a volé en éclat. Vous lui avez enlevé l’envie d’être heureux ». Jeudi 23 avril, en audience de comparution immédiate du tribunal judiciaire de Bourgoin-Jallieu, Maître Redha Lala-Bouali porte, avec gravité, la parole de son client.

Dans le box, deux Grenoblois âgés de 20 et 18 ans, ne semblent pas prendre conscience de la gravité des faits reprochés. « Un fait criminel correctionnalisé, faisant encourir 10 ans de prison à l’un, 20 à l’autre car en récidive », martèle Nathalie Hermitte, procureure de la République. « Cette nuit-là, ils ont été capables de se répartir les rôles, de repérer, d’utiliser une gazeuse, de tirer à la 22 LR ».

Il est 1 h 42, dans la nuit du vendredi 17 au samedi 18 avril, quand le gérant de l’épicerie Night Shop, située place Flandrin à Pont-de-Beauvoisin, alerte les gendarmes : il vient de se faire braquer. Quelques instants auparavant, un premier individu, encagoulé, a fait irruption dans le petit commerce. « C’est un braquage ! Je suis là pour la caisse », a hurlé le malfaiteur. « Gaze-le ! Gaze-le ! », lui a lancé un complice qui le suivait. Aspergé de gaz lacrymogène, le commerçant parvient à se retirer dans la réserve. Et s’empare d’une matraque équipée d’un taser.

La balle traverse un carton de bonbons

Le deuxième malfrat sort alors une arme de poing. Et tire. Une balle qui, par ricochet, viendra traverse un carton de bonbons. Les deux malfaiteurs avaient alors rebroussé chemin. Bredouilles. Alors qu’ils arrivent sur les lieux, les gendarmes repèrent un fourgon Boxer qui passe devant le commerce. À la vue des militaires, le véhicule s’arrête. Un passager prend la fuite à pied. Son conducteur se laisse appréhender.

Les gendarmes découvrent une arme de poing, des cagoules et des gants laissés sur le siège passager. Le fuyard est interpellé alors qu’il revenait sur les lieux. Un troisième, resté à l’extérieur de la boutique, a été à son tour interpellé alors qu’il se cachait derrière une palissade de la cour intérieure d’un immeuble. Il s’agit de trois Grenoblois, dont l’un est mineur. Ce dernier a été déféré au parquet de Grenoble puis placé sous contrôle judiciaire. Les deux majeurs, dont l’un déjà condamné pour recel, ont été jugés ce jeudi 23 avril.

« J’ai appuyé sur la gâchette par réflexe »

« Une erreur d’adolescensce, j’ai vraiment honte », lâche Elyas qui a 18 ans depuis quelques jours et qui devait passer cette semaine les premières épreuves de son Bac Pro vente. « Je n’avais pas trop d’argent, Adil m’a proposé l’idée à moi et à son cousin, une semaine avant. De base, je devais être conducteur ». Mais une fois sur les lieux, Adil, jeune peintre en bâtiment qui avait repéré les lieux depuis plusieurs mois, se démonte. Le cousin de 17 ans entre le premier, suivi d’Elyas qui ouvrira le feu.

« Je ne savais pas qu’elle était chargée. J’ai appuyé sur la gâchette par réflexe ». Une arme qu’Adil dit avoir découverte il y a longtemps dans une maison abandonnée. Et qu’il avait depuis enterrée, dans sa sacoche, avec les munitions, dans un parc. « J’ai lancé le projet, juste pour eux. Car moi je touche 2 500 euros par mois, je n’avais rien à gagner. Et j’ai reçu une bonne éducation », tente de se dédouaner Adil qui réfute et se dit « accompagnateur ».

« Ils sont allés au bout de cet acte dangereux, effrayant », insiste la procureure qui réclame 5 ans d’emprisonnement, dont 12 mois ferme pour l’un, 18 mois pour l’autre. « Il faut trouver un début d’explication dans son mal-être. C’est le seul qui n’a pas fui, qui a donné sa réelle identité lors de son interpellation, qui a reconnu les faits dès sa première audition », plaide Maître Nina Scalisi pour Elyas. « Ils sont immatures, ils se sont auto-engrenés. Ils restent 1 h 15 sur place, pour savoir comment faire. Car rien n’est décidé, rien n’est réfléchi, et qu’il y a de l’hésitation, de la peur », poursuit son confrère, Maître Romaric Chateau, pour Adil.

Adil Djebali a écopé d’une peine de 5 ans dont 4 de sursis probatoire, Elyas Batti à 4 ans dont 3 de sursis probatoire. Tous les deux ont été maintenus en détention en vue d’un aménagement sous bracelet électronique.