Quatre fois plus vite. C’est l’écart qui sépare un chat adulte d’un bébé humain lorsqu’il s’agit d’associer un mot à une image. Une étude japonaise a découvert que nos compagnons félins sont capables de former des associations entre des images et des mots environ quatre fois plus vite que des bébés humains. Publiée dans la revue Scientific Reports, cette recherche bouscule un postulat confortable : la capacité à connecter les mots au monde concret ne serait pas l’apanage des primates. Votre chat, lui, vous écoute. Il a juste décidé de ne pas forcément vous le montrer.
À retenir
- Les chats associent les mots aux images en seulement 18 secondes, contre 80 pour les bébés
- Cette capacité fonctionnait sans récompenses ni conditionnement, par simple écoute passive
- Les chats distinguent activement la parole humaine et réagissent à l’incohérence entre les sons et les images
Sommaire
- Une expérience empruntée aux nourrissons
- Ce que les chats comprennent vraiment (et ce qu’ils ne comprennent pas)
- Un animal mal étudié, longtemps sous-estimé
Une expérience empruntée aux nourrissons
Pour explorer les capacités d’association des chats, le chercheur Saho Takagi et son équipe de l’Université Azabu au Japon ont mis au point une expérience inspirée de celles utilisées pour étudier la compréhension du langage chez les bébés. Le protocole est élégant dans sa simplicité. Les chercheurs ont présenté à trente et un chats adultes deux courtes séquences animées de neuf secondes, où chaque image était associée à un mot inventé. L’un de ces mots, « keraru », accompagnait une licorne bleue en mouvement. L’autre, « parumo », était lié à un soleil rouge animé.
Les séquences étaient répétées jusqu’à ce que les chats semblent s’en désintéresser, signe qu’ils avaient mémorisé les associations. Puis, les chercheurs ont interverti les mots associés aux images. Ce changement a visiblement perturbé les chats, qui ont prêté davantage d’attention à l’écran, indiquant qu’ils avaient noté l’incohérence. Quand les images étaient mal assorties à leurs sons d’origine, les chats regardaient l’écran 15 % plus longtemps qu’à l’ordinaire. Certains félins ont même dilaté leurs pupilles, signe de concentration et de curiosité.
Le détail qui change tout : la vitesse. Les chats ont été capables d’apprendre les combinaisons en seulement deux expositions de neuf secondes, bien plus rapidement que les tout-petits, qui ont eu besoin d’au moins quatre essais de vingt secondes. Ce n’est pas une question de degré, c’est une différence de nature dans la rapidité du traitement cognitif.
Un résultat qui a surpris l’équipe de recherche elle-même. « J’étais très surprise, parce que cela signifiait que les chats pouvaient saisir des conversations humaines et comprendre des mots sans aucun entraînement basé sur des récompenses », explique Saho Takagi. Sans friandise. Sans conditionnement. Par simple écoute passive.
Ce que les chats comprennent vraiment (et ce qu’ils ne comprennent pas)
Les chercheurs ont découvert que les chats réagissent plus fortement au discours humain qu’aux sons mécaniques lors de tâches associant images et mots. Ce n’est pas une simple sensibilité aux stimuli sonores : le chat distingue la parole humaine d’autres types de signaux acoustiques. Quand les chercheurs ont remplacé les voix par des sons électroniques, l’effet disparaissait.
Les chats ne comprennent pas la grammaire ou les significations comme les humains, ils ne savent donc pas ce que signifient des mots comme « friandise » en tant que concepts abstraits. La nuance est capitale. Ce que montre cette étude, c’est une forme d’association fonctionnelle : un son donné pointe vers une réalité visuelle. C’est déjà remarquable pour un animal qu’on s’est longtemps complu à qualifier d’indifférent.
Saho Takagi a confié à Newsweek : « Cette étude suggère que les chats prêtent attention à la parole humaine et peuvent comprendre la signification des mots. Il est possible que les chats comprennent une grande partie de ce que les humains disent, sans y réagir. » L’image du chat qui vous ignore prend une autre dimension : il entend, il traite, il classe. Il choisit simplement de ne pas s’exécuter.
Les expériences ont inclus à la fois des chats domestiques et des chats vivant dans des cat cafés, montrant que leur environnement de vie n’a pas influencé de manière significative les résultats. Ce point est important : la capacité ne tient pas à un lien affectif particulier avec un propriétaire, mais semble plus largement partagée au sein de l’espèce.
Un animal mal étudié, longtemps sous-estimé
Contrairement aux chiens, qui ont été sélectionnés pour interagir avec les humains, les chats ont suivi un processus d’autodomestication, rendant cette découverte d’autant plus intéressante. Le chien a été façonné sur des millénaires pour comprendre et obéir. Le chat, lui, a rejoint l’espèce humaine à ses propres conditions, il y a environ 10 000 ans selon les estimations, sans jamais vraiment renoncer à son autonomie. Certains singes associent des mots parlés à des symboles écrits ou des images, tandis que les perroquets gris d’Afrique peuvent comprendre et répondre à des instructions orales. Le chat rejoint ce club select, sans avoir eu besoin d’y être invité.
Jusqu’à présent, les recherches sur la cognition animale ont majoritairement porté sur les chiens, qui ont une longue histoire de domestication basée sur la coopération avec l’homme. Les chiens sont connus pour leur capacité à reconnaître des centaines de mots et à suivre des commandes complexes. Les chats, quant à eux, ont souvent été négligés dans ce domaine en raison de leur nature plus indépendante. Les propriétaires rapportent que leurs chiens connaissent en moyenne 89 mots, et certaines études montrent que des chiens « doués » peuvent apprendre jusqu’à 12 nouveaux mots par semaine et les mémoriser pendant au moins deux ans. Pour les chats, les données équivalentes manquent encore, faute d’avoir posé les bonnes questions.
Reste une limite honnête à ne pas éluder. Ces comparaisons ne doivent pas être surinterprétées. « Vous comparez un animal adulte avec un animal immature d’une espèce différente. De plus, nous interprétons le comportement d’une espèce complètement différente. Quand nous interprétons le comportement d’enfants, nous interprétons le comportement de notre propre espèce, pour lequel nous sommes programmés par la sélection naturelle à percevoir de façon innée. » La prudence scientifique s’impose. Mais même tempérée, la découverte reste solide.
Malgré ses limites, l’étude montre que les chats sont capables de former des associations image-mot, bien que la question de savoir si cette capacité est innée ou le produit de la domestication reste un mystère. C’est précisément ce que les prochains travaux devront démêler, notamment en testant des chats harets, ces félins qui vivent en marge du monde humain, pour déterminer si la cohabitation millénaire avec notre espèce a réellement reconfiguré quelque chose dans leur traitement du langage.
Sources : tameteo.com | buzzwebzine.fr