C’est une attaque de phishing, qui préoccupe la classe politique allemande. Ce vendredi, le parquet fédéral a indiqué mener une enquête pour « suspicion d’espionnage à la suite d’attaques d’hameçonnage sur l’application de messagerie Signal. Ces attaques viseraient des personnalités politiques de haut rang ainsi que des militaires, des diplomates et des journalistes d’investigation.

Les pirates se feraient passer pour le service d’assistance de Signal et auraient ainsi réussi à obtenir des identifiants. Une autre méthode consisterait à demander aux utilisateurs de scanner un code QR, ce qui associerait le compte à un autre appareil contrôlé par les pirates. « Les informations actuelles montrent que la campagne est toujours active et prend de l’ampleur », a indiqué ce midi un porte-parole du ministère de l’Intérieur.

Un piratage « d’une ampleur préoccupante »

En début de semaine, le journal « Der Spiegel » a révélé que le compte Signal de la présidente du Bundestag, Julia Klöckner, avait été compromis par des pirates. Une nouvelle qui a frappé les esprits, car tous les membres du présidium du parti chrétien-démocrate (CDU), communiquent entre eux via Signal – y compris le chancelier Friedrich Merz. D’après les services de sécurité, le compte du dirigeant allemand ne présenterait cependant aucune anomalie.

Pour autant, on recenserait déjà plus de 300 victimes selon « Der Spiegel ». « L’ampleur du récent piratage de Signal, telle qu’elle est connue à ce stade, est extrêmement préoccupante. A l’heure actuelle, personne ne peut dire avec certitude que l’intégrité des communications des députés est encore garantie », a déclaré Konstantin von Notz, élu écologiste et spécialiste des questions de sécurité nationale à l’AFP. Le député estime que le nombre de personnes affectées va continuer d’augmenter « dans les prochains jours ». De quoi susciter de la nervosité au sein du Bundestag.

La Russie, suspect numéro un

Deux partis politiques, les sociaux-démocrates et le parti d’extrême gauche Die Linke, ont admis que « quelques-uns » de leurs élus étaient concernés par ces attaques d’hameçonnage. De son côté, le porte-parole du gouvernement a cherché à apaiser les esprits. « Les communications du gouvernement fédéral, du chancelier et des ministres fédéraux sont sécurisées », a-t-il assuré aux médias.

D’après « Der Spiegel », plusieurs militaires de l’OTAN auraient également été touchés par cette campagne de phishing. Les comptes Signal sur leurs téléphones privés auraient été piratés fin 2025. Et sur tous ces dossiers, la Russie ferait évidemment figure de suspect numéro 1. Berlin accuse Moscou de mener des campagnes de cyberattaques et d’espionnage en Allemagne depuis des années. Ce que le Kremlin dément.

Pour le président de la commission de contrôle parlementaire au Bundestag, Marc Henrichmann (conservateur), l’origine de l’attaque apparaît néanmoins comme une évidence. « La récente tentative d’hameçonnage lancée depuis la Russie contre des responsables politiques et des journalistes allemands est un signal d’alarme pour nous tous », a déclaré le député. Et « ce que cette attaque montre sans détour, c’est que nous devons tous, dans la sphère publique ou privée, rester vigilants. »