Dans le détroit d’Ormuz bourdonne une « flotte moustique ». Mais ne vous y trompez pas, il ne s’agit pas d’insecte, mais de la marine des Gardiens de la révolution, alors que les navires de guerre imposants iraniens ont été détruits par les frappes d’Israël et les Etats-Unis depuis le début du conflit, le 28 février. Restent des centaines, voire des milliers de petites embarcations comme des vedettes, des patrouilleurs, des pneumatiques et des drones de surface et maritimes.

Rapides, agiles et armés de roquettes, de missiles antinavires, de torpilles et de drones, « ces petits bateaux se révèlent très efficaces proportionnellement à ce qu’ils représentent en matière de tonnage, et peuvent provoquer un grand nombre de dégâts sur des bâtiments beaucoup plus gros », assure Alain De Nève, chercheur à l’Institut royal supérieur de Défense en Belgique.

Surnommée « flotte moustique », ces bateaux de 10 à 25 mètres sont à l’image de l’insecte honni : petit, difficile à viser, et aux piqûres potentiellement mortelles. « Cette flotte est parfaitement adaptée à un harcèlement tactique », souligne le spécialiste des questions militaires, qui rappelle que l’usage d’esquif armé n’est pas nouveau dans la région. En 2000, l’attentat du destroyer USS Cole à Aden, au Yémen, par une embarcation piégée, fit 17 morts américains. Aujourd’hui, cette flotte suffit à réduire ou stopper le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, haut lieu du commerce international et « verrou stratégique d’importance mondiale », selon le professeur Alain Nonjon.

Depuis le début des opérations militaires, les primes d’assurance contre les risques de guerre pour le transit par Ormuz sont dix fois plus chères. Le cours du baril de Brent est passé d’environ 70 dollars à la fin février, à 120 dollars en mars, avant de se stabiliser autour de 105 dollars aujourd’hui, entraînant une crise des produits pétroliers, dont les carburants.

Inefficacité des lourds armements et navires américains

Malgré sa supériorité technologique écrasante, la marine américaine échoue à éliminer cette flotte qui bénéficie de plusieurs atouts. Le premier est géographique : les côtes iraniennes du Golfe persique, de près de 1.400 kilomètres, sont déchiquetées et offrent de multiples cachettes pour ces petites embarcations rapides.

Le second atout est l’aide que reçoivent les Gardiens de la révolution afin de maintenir cette flotte opérationnelle, malgré la campagne de frappes d’Israël et des Etats-Unis. « On peut imaginer l’aide de la Chine et de la Russie pour du ravitaillement par les voies terrestres » via des pays de transit comme le Pakistan ou l’Afghanistan, relève Alain De Nève. Le chercheur précise que le régime bénéficie très probablement d’aide dans des attaques de précision, notamment celle du 30 mars dernier, durant laquelle un drone Shahed a détruit le radar géant d’un avion américain Awacs stationné en Arabie saoudite.

Pas « de remise en question » de la stratégie militaire américaine

Troisième atout : la démocratisation des drones et son utilisation intensive par l’Iran. « Elle a tendance à figer le champ de bataille face à l’armada américaine stationnée dans le Golfe persique », souligne le chercheur Alain De Nève. Les forces américaines ne sont pas « calibrées » pour la guérilla maritime, souligne l’expert, la culture stratégique américaine étant concentrée sur la supériorité technologique. Cette réflexion se heurte pourtant à l’efficacité des tactiques de guérilla et des armes conçues ou utilisées par des nations militairement plus faibles, condamnées à l’agilité pour survivre.

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Guerres au Vietnam, en Irak, retrait d’Afghanistan en 2021, qualifié de « désastre » par Donald Trump… « Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, à chaque fois que les Etats-Unis ont été confrontés à des adversaires de plus faible envergure, ils ont perdu, ou ont dû abandonner le combat d’une manière ou d’une autre », rappelle le chercheur Alain De Nève. La faute revient, selon lui, aux politiques américains. Selon l’expert, « cette déconsidération de la connaissance profonde de l’adversaire, de ses moyens, et cette absence de remise en question sont renforcées aujourd’hui par l’idéologie MAGA », du nom du mouvement politico-idéologique américain associé à Donald Trump. A des milliers de kilomètres de Washington, dans le Golfe persique, cela se traduit aujourd’hui par une « paralysie totale des Américains ».