Louis Raymond est un homme réfléchi, et depuis la publication de son premier roman, en janvier 2026, il a eu le temps de maturer sa formule. C’est un livre qui m’a demandé trois métiers, résume-t-il aujourd’hui. Outre celui d’écrivain, il dit qu’il lui a fallu aussi être historien, car il fallait interpréter des documents d’archives et situer des événements dans une chronologie ; journaliste, car il a fallu faire du terrain en essayant de recueillir des morceaux de mémoire.
Et à ces deux professions, qui correspondent respectivement à ses études et à son métier actuel, s’en ajoute donc une inédite : Romancier, parce que j’ai inventé beaucoup de choses pour combler les blancs. Les blancs, ce sont eux justement eux qui l’ont incité à se plonger dans l’histoire, la grande et la petite. Mon père est né au Cambodge en 1958 dans une famille de Vietnamiens, mais avec la nationalité française puisque mon grand-père avait été naturalisé, enchaîne Louis Raymond, qui a notamment hérité du prénom de son aïeul. Il poursuit : Mon père est arrivé en France en 1968, en tant qu’orphelin, avec juste un frère et une sœur.
Il a dû s’intégrer et a très vite oublié sa langue maternelle
Le sujet n’est pas tabou dans la famille, insiste le primo-romancier. Ce n’est pas qu’il n’en parlait pas, mais c’était difficile : il y a eu une sorte de blocage, il a dû s’intégrer et a très vite oublié sa langue maternelle, le vietnamien.
Alors, c’est peut-être déjà pour compléter les lacunes du récit familial que Louis Raymond s’installe au Vietnam en 2011, à tout juste 20 ans. Pendant plusieurs années, il y vivra par intermittence. Et puis, bien après son retour, s’imposera le besoin d’écrire « Loin du Mékong », construit sur une alternance entre récit autobiographique, sous forme d’enquête, et saga familiale sur un siècle et trois générations. Un roman qui s’attarde sur la question de l’ex-Indochine française et pose celle du métissage, l’idée était aussi d’amener à réfléchir sur ce qui fait la fabrication du récit ». Un livre qui, en tous les cas, convainc et intéresse. Preuves s’il en faut les nombreuses sélections de prix dans lequel il figure, entre autres le prix Ouest-France Étonnants voyageurs, le prix Jules Verne et le prix Goncourt du premier roman qui sera décerné le 5 mai. « Loin du Mékong », éditions Calmann-Lévy 21,50 €.