« Votre enfant a été reconnu lors d’une manifestation devant la direction des services départementaux de l’Éducation nationale, le 26 mars 2026. » Signé, le 3 avril, par l’inspecteur d’académie Jean-Yves Bessol, ce courrier, parvenu à « trois ou quatre familles » marseillaises, suscite désormais l’émoi parmi les parents de lycéens. Ce 26 mars, certains élèves avaient pris part à un rassemblement organisé par l’intersyndicale enseignante (CGT, FO, Sgen, Sud, Snes-FSU) contre la baisse de la dotation horaire globale (DGH) prévue dès la rentrée dans les établissements. « Si le droit d’expression est une valeur fondamentale, il ne saurait justifier des actions qui portent atteinte à la continuité du service public d’éducation ni engendrer des absences injustifiées », poursuit le courrier au sujet de ce blocus – un sit-in pacifique de quelques dizaines de minutes, devant le bâtiment administratif. De source policière, on confirme que l’événement n’a été marqué par aucun débordement.

Photographiés par l’inspecteur

Mais comment des élèves ont-ils été « reconnus » par l’administration, dans un rassemblement comptant un bon millier de personnes, qui plus est, loin de leur lycée ? Cette question, c’est Jean-Yves Bessol qui y a lui-même répondu, à notre demande, ce jeudi. « Ces chers petits étaient sous notre porche, bloquaient la libre circulation des personnels : or, selon le Code de l’Éducation, s’ils n’ont pas le droit de grève, ils ont en revanche l’obligation d’assiduité », assume l’inspecteur d’académie, qui explique être l’auteur des photographies. « J’ai ensuite demandé aux chefs d’établissements d’y identifier leurs élèves. Pourquoi ne l’auraient-ils pas fait ? » Selon nos informations, certains proviseurs du centre-ville auraient botté en touche. « Je n’ai pas déposé plainte comme j’aurai pu le faire, mais j’ai écrit aux parents pour les avertir. Leur sécurité est assurée dans leur établissement, pas à l’extérieur. » Et si des familles ont pu approuver la mobilisation de leur progéniture, l’inspecteur d’académie rétorque : « Ça ne fonctionne pas comme ça, la démocratie, mais dans les urnes. »

Pas sûr que cela fasse retomber la pression, alors que de nombreux parents se sont émus ces dernières semaines de « violences policières » constatées notamment lors d’une précédente manifestation, devant le lycée Thiers, cette fois. Sur une vidéo devenue virale, une élève était percutée par un conteneur à ordures, projeté par un agent de police. Un autre élève avait été « plaqué au sol, menotté, puis placé en garde à vue », avant d’être relâché « sans qu’aucune charge ne soit retenue contre lui », retrace, indigné, Patrick Ferrand, représentant des parents pour MPE 13 au lycée Thiers. « On parle de gamins, pas de dockers, tout de même ! »