« Ça vous dit de faire un puzzle ? ». Victoria déballe sur la table de la cuisine un mille pièces. Évelyne, Yolande et Élisabeth, les trois premières patientes de la nouvelle unité cognitivo-comportementale (UCC) de Marseille s’assoient face à l’aide-soignante au large sourire. À côté, un husky et un labrador dorment. Grisou et Chocolat sont des peluches d’empathie interactives qui aident à apaiser les angoisses et à réconforter les personnes âgées.

« Ils sont à qui ces chiens ? », demande l’une des dames avant de saisir la brosse pour caresser les faux animaux. Deux ans après son ouverture dans les quartiers Sud (9e), l’établissement de soins médicaux et de réadaptation et de soins de longue durée de l’hôpital Saint-Joseph-Montval s’étoffe de dix lits.

Cette unité fermée accueille des patients atteints de maladies neurodégénératives, type Alzheimer, présentant des troubles du comportement productifs (agitation, agression…) qui compliquent la prise en charge au sein du domicile ou de l’Ehpad. Missions : évaluer les troubles cognitifs, stabiliser les crises, adapter les traitements et les soins, proposer des thérapies non médicamenteuses et soutenir les familles et les aidants. La durée de séjour est limitée, 28 jours en moyenne.

Les espaces ont été pensés pour préserver la sécurité et l’intimité des patients. La pièce de vie principale est la cuisine qui se prolonge par un patio végétalisé.Les espaces ont été pensés pour préserver la sécurité et l’intimité des patients. La pièce de vie principale est la cuisine qui se prolonge par un patio végétalisé. / Photo F.S.

« Nous sommes un lieu de vie, pose Aurore Orcel, la directrice opérationnelle. Un lieu d’empathie où la temporalité est différente de l’hôpital, un lieu où la chaleur humaine lutte contre l’anxiété. Nous intervenons de manière temporaire au moment d’une phase aiguë de la pathologie. Dès l’arrivée, on envisage un projet de sortie. »

Les personnes accueillies sont autonomes mais leurs troubles ne permettent pas une prise en charge dans une unité classique et nécessitent un accompagnement sécurisé. Les espaces ont alors été spécifiquement aménagés et décorés : chambres individuelles, circuit de déambulation, patio, cuisine conviviale, salle d’activités thérapeutiques et jardin clos.

L'unité cognitivo-comportementale dispose de dix chambres individuelles, décorées dans les tons beige et vert par l'architecte d'intérieur Sophie Ferjani.L’unité cognitivo-comportementale dispose de dix chambres individuelles, décorées dans les tons beige et vert par l’architecte d’intérieur Sophie Ferjani. / Photo F.S.Des gestes du quotidien qui rassurent

La lumière naturelle est omniprésente, il n’y a aucun néon aveuglant ni mur écaillé, ça sent même encore la peinture fraîche. « Ces patients ont besoin d’être occupés constamment. On instaure des rituels pour recréer des gestes du quotidien qui les rassurent (plier le linge, faire la vaisselle, arroser les plantes…), on les appelle tous par leur prénom, ici, on prend le temps », insiste la directrice.

Assistante sociale, kiné, ergothérapeute, neuropsy, aide-soignante, infirmier, docteur… L’équipe est pluridisciplinaire et un soignant est présent H24. Un chat ou un chien (mais un vrai !) devrait les rejoindre. « Depuis l’ouverture, on croule sous les demandes car les besoins sont croissants et il n’y a pas suffisamment de places, observe Bénédicte Debois-Roch, le médecin gériatre. Faute de prise en charge dédiée, les patients arrivent aux urgences puis ils sont baladés de service en service, les familles sont démunies, épuisées. »

Située au premier étage de l’établissement, l’UCC ne ressemble en rien à ce qu’on peut imaginer d’une unité spécialisée dite fermée. Les professionnels misent sur la relation. But : zéro contention. Le patient exprime son trouble et se régule.

Aide-soignante, infirmier, kiné, psy, médecin... L'équipe est pluridisciplinaire. Un soignant est présent H24 dans cette unité fermée.Aide-soignante, infirmier, kiné, psy, médecin… L’équipe est pluridisciplinaire. Un soignant est présent H24 dans cette unité fermée. / Photo F.S.Une maison des aidants

L’art, le jeu, le jardinage, l’activité physique adaptée sont autant d’outils utilisés pour libérer les émotions et amortir les crises. « Face aux besoins du territoire et au vieillissement de la population, nous apportons une vraie réponse, résume Aurore Orcel, qui porte aussi le projet d’un hôpital de jour dont l’ouverture est prévue à l’automne prochain et une extension du site pour construire une maison des aidants et un plateau technique de pointe. La priorité de demain, c’est le grand âge. On ne repousse pas, on avance. »