l’essentiel
Notre journaliste Lisa Hervé va à la rencontre d’inconnus et leur demande de raconter leur histoire. Il y a un peu plus de six ans, Nosratullah fuyait la violence omniprésente de l’Afghanistan. Aujourd’hui, entre ses études et son travail dans les champs, il porte un regard empreint de reconnaissance et de dignité sur son parcours. Rencontre à Toulouse, au bord de la Garonne, avec un homme qui a fait de la France sa nouvelle terre de liberté.
Un simple « adieu » devient parfois une routine déchirante. Dans cette vidéo, Nosratullah, originaire d’Afghanistan, raconte son histoire de vie bouleversante. Chaque matin, en quittant son foyer familial sous la menace des explosions et des attentats, sa mère prononçait ce mot comme si c’était le dernier.
« On n’avait pas l’espoir de retourner à la maison », confie-t-il avec une émotion contenue. Une peur constante : « En Afghanistan, la vie était très compliquée », souligne-t-il. Ce climat d’horreur vécu au plus près l’a poussé un jour à tout quitter pour venir en Europe.
L’odyssée de la survie
Son voyage fut une épreuve de force, une traversée sans filet, loin des visas et de la légalité. Avec onze compagnons de route, Nosratullah a traversé les paysages : l’immensité de l’océan, les reliefs escarpés des montagnes et le silence brûlant des déserts.
Un périple d’un mois et demi, financé au prix de lourds sacrifices, où la survie tenait à un fil. Si lui et six amis ont réussi à atteindre les côtes européennes, le destin des autres reste un point d’interrogation douloureux : « Les autres, malheureusement, ils n’ont pas réussi… Enfin, je ne sais pas ce qu’il leur est arrivé ».
Une reconstruction « étape par étape »
L’arrivée en France n’a pas été le repos espéré, du moins pas tout de suite. Nosratullah se souvient des nuits sous les ponts, de l’errance pendant deux semaines et de la confrontation avec les contrôles de police. Mais il ne s’est pas arrêté là. Guidé par une volonté de fer, il a gravi les échelons pour s’intégrer à ce nouveau pays « étape par étape ».
Aujourd’hui, installé depuis plus de six ans en France, le bilan force le respect. Il vit dans un logement stable en HLM, il travaille dans les champs et a pu étudier avec succès grâce aux opportunités qui lui ont été offertes.
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Il sourit en évoquant ses « greffes de cheveux », un plaisir qu’il s’est offert grâce à l’argent gagné en travaillant. Un signe dérisoire pour certains, mais une victoire immense pour lui : le droit de prendre soin de soi après avoir simplement tenté de rester en vie.

Le destin de Nosratullah
Lisa Hervé
« Je suis une personne très chanceuse »
Lorsqu’on l’interroge sur son bonheur actuel, Nosratullah se rend à l’évidence : « Je suis une personne très chanceuse ». Pour lui, la devise française : Liberté, Égalité, Fraternité, n’est pas qu’un fronton de mairie, c’est une réalité qu’il a rencontrée.
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Pourtant, son rêve ne s’arrête pas à son propre confort. Son regard se tourne vers ceux qui, comme lui autrefois, sont encore sur la route, portés par l’espoir que seule la France pourra les aider. « Je souhaite que la France offre aux autres ce qu’elle m’a apporté », conclut-il, adressant un message de gratitude et un appel au gouvernement français pour continuer à tendre la main aux exilés.
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