Les forces maliennes et les mercenaires russes se sont retirés de la ville de Kidal, dans le nord du Mali, à la suite d’une série d’attaques coordonnées menées à travers le pays par les forces rebelles et djihadistes, dimanche.
Un porte-parole du groupe séparatiste Front de libération de l’Azawad (FLA), dirigé par les Touaregs, a déclaré que les troupes du Corps africain russe et l’armée malienne s’étaient retirées de la ville après qu’un accord eut été conclu pour leur départ pacifique.
«Kidal est déclarée libre», a clamé le porte-parole du FLA, Mohamed El Maouloud Ramadan.
L’armée malienne n’a pas répondu aux demandes de commentaires.
Samedi, les séparatistes se sont joints à des combattants islamistes pour lancer l’une des plus importantes attaques coordonnées contre l’armée malienne dans la capitale et plusieurs autres villes, faisant au moins 16 blessés.
Les séparatistes se battent depuis des années pour créer un État indépendant dans le nord du Mali. La ville de Kidal a longtemps servi de bastion à la rébellion avant d’être prise par les forces gouvernementales maliennes et des mercenaires russes en 2023, ce qui était une victoire symbolique importante pour la junte et ses alliés russes.
C’était la première fois que les séparatistes collaboraient avec le groupe militant JNIM, lié à Al-Qaïda, qui a également revendiqué les attaques de samedi contre l’aéroport international de Bamako et quatre autres villes, dont Kidal, dans le centre et le nord du Mali.
«Cette opération est menée en partenariat avec le JNIM, qui s’est également engagé à défendre le peuple contre le régime militaire de Bamako», a déclaré M. Ramadan.
Wassim Nasr, spécialiste du Sahel et chercheur au Soufan Center, un groupe de réflexion sur la sécurité, a souligné que la coordination entre les deux groupes ainsi que l’appel explicite au départ de l’armée russe constituaient une nouveauté.
«La coordination, le fait de mener des attaques simultanément dans tout le pays, une véritable coordination au niveau militaire et au niveau politique, car les deux groupes ont reconnu avoir collaboré, c’est une première», a déclaré M. Nasr.
Le porte-parole du gouvernement malien, le général Issa Ousmane Coulibaly, a rapporté samedi soir à la télévision d’État que 16 personnes avaient été blessées, dont des civils et des militaires, et que plusieurs militants avaient été tués. Il n’a toutefois pas donné de bilan précis des victimes.
Le gouverneur de la région de Bamako, Abdoulaye Coulibaly, a annoncé un couvre-feu de trois jours, de 21 h à 6 h.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a condamné ces attaques et a appelé «tous les États, les forces de sécurité, les mécanismes régionaux et les populations d’Afrique de l’Ouest à s’unir et à se mobiliser dans un effort coordonné pour lutter contre ce fléau».
Les séparatistes ont appelé la Russie à «reconsidérer son soutien à la junte militaire de Bamako, dont les actions ont contribué à la souffrance de la population civile».
À la suite de coups d’État militaires, les juntes du Mali, du Niger et du Burkina Faso se sont détournées de leurs alliés occidentaux au profit de la Russie afin d’obtenir de l’aide dans la lutte contre les militants islamistes.
La situation sécuritaire s’est cependant aggravée récemment, avec un nombre record d’attaques perpétrées par des activistes. Les forces gouvernementales ont également été accusées d’avoir tué des civils qu’elles soupçonnaient de collaborer avec les militants.
En 2024, un groupe lié à Al-Qaïda a revendiqué une attaque contre l’aéroport de Bamako et un camp d’entraînement militaire dans la capitale, tuant des dizaines de personnes.
Ulf Laessing, responsable du programme Sahel à la Fondation Konrad Adenauer, a déclaré que, si ces attaques portaient un coup dur à la crédibilité des partenaires russes du Mali, il était peu probable que le JNIM prenne le contrôle de Bamako à court terme en raison de l’opposition de la population locale.
«Ces attaques portent un dur coup à la Russie, car les mercenaires n’avaient aucune information sur ces attaques et n’ont pas été en mesure de protéger les grandes villes. Ils ont inutilement aggravé le conflit en ne faisant pas la distinction entre civils et combattants», a soutenu M. Laessing.