l’essentiel
Sous le kiosque de Vic-Fezensac, l’odeur des grillades peine à masquer l’épuisement des héros ce lundi à midi. Menés 26-0 à la 50e minute, les rugbymen gersois ont fait une incroyable remontada que personne n’avait vu venir. Ce sacre héroïque en Régionale 1, dédié aux « piliers » disparus de ce club gersois, hisse Vic-Fezensac au sommet du rugby d’Occitanie. Récit d’un authentique exploit.
Onze ans après son sacre en Honneur, époque où le Comité Armagnac-Bigorre faisait autorité, Vic-Fezensac est de retour au sommet du rugby régional. Mais cette fois, l’envergure est tout autre. « Là, c’est celui d’Occitanie, avec treize départements. Il a encore plus de valeur car il est encore plus dur à aller chercher », se targue Stéphane Minguet, coprésident de l’UAV. Assurément, ce « bout de bois » restera parmi les plus mémorables, tant pour le scénario de la finale folle face à l’AS Olonzac Minervois que par le parcours sinueux qui y a mené. « Pour nous, le staff, c’est un aboutissement, assure Thibaut Roussille, le coach vicois. Cela a été long à construire, cela a été semé d’embûches, et quelle délivrance ! »
Comment ne pas ajouter une dimension émotionnelle à ce sacre, pour un club endeuillé ces derniers jours ? Stéphane Minguet en est persuadé : « C’est sûr qu’il y a ce supplément d’âme. Depuis un mois, on perd trois personnes, trois piliers du club », confie-t-il, submergé par l’émotion. À n’en pas douter, la mémoire des disparus a donné, lors de cette finale comme en demi-finale, des ailes à tout un groupe pour conquérir le Graal. Du paradis de l’Ovalie, Jean, Marie et Fioravante ont dû certainement verser une larme en voyant le bouclier brandi dans le ciel dimanche après-midi, avant d’esquisser un sourire en observant les « jeunes » fêter ce titre jusqu’au petit matin.
Liesse au balcon de la mairie… comme au Capitole
Ce lundi, Thibaut Roussille, encore sur un petit nuage, est le premier à décrocher son téléphone. Responsabilité professionnelle oblige, le coach de l’UAV a dû rester raisonnable lors des festivités. « Il y en a qui sont rentrés dormir, mais pour d’autres, je ne sais pas trop », confie-t-il sourire aux lèvres. Il faut dire qu’après plus d’une décennie d’attente, « finir meilleure équipe des 40 clubs d’Occitanie » méritait bien une célébration à la hauteur de l’exploit. Le retour dans le Gers, sur les coups de 21 h 30, n’a donc été que le début d’une troisième mi-temps dans les rues de Vic, qui s’est poursuivie jusqu’à tard dans la nuit.

Le Vicois Rizon tente de percer le rideau défensif de l’AS Olonzac Minervois.
DDM – B.R.
À évènement historique, privilège exceptionnel : l’édile Barbara Neto a ouvert les portes de la mairie aux champions, qui ont pu présenter le bouclier, perchés sur le balcon, surplombant une marée « orange et noir ». « C’est une tradition instaurée par les sports collectifs vicois ; avec une petite référence, peut-être, au Stade Toulousain au balcon du Capitole », se réjouit la maire de Vic-Fezensac, qui a suivi la retransmission de la finale en direct. « Mais je n’ai vu que Vic marquer », rigole-t-elle.
« Il y a eu un vent de révolte »
Quelques heures auparavant, sur le banc de touche « tango », Thibaut Roussille a pourtant cru que le vent tournait. Comme annoncé, l’AS Olonzac Minervois – assurée d’évoluer en Fédérale 3 l’an prochain, tout comme les Vicois –, défendait chèrement ses couleurs sur la pelouse d’Auterive. Le défi était de taille pour les Gersois, d’autant plus en voyant leurs adversaires prendre le large au tableau d’affichage. « On prend un 26-0 dans la figure, pour être menés 26 à 10. À la 50e minute, on se dit que c’est presque perdu », assure Stéphane Minguet. C’était mal connaître le mental d’acier de ses joueurs.
C’est depuis le tunnel d’entrée, « derrière des grilles fermées », tel un lion faisant les cent pas, que le dirigeant va assister à un petit miracle. « Il y a eu un vent de révolte. Les joueurs ne lâchent rien et reviennent à 24-26. Puis, ils trouvent les ressources pour aller chercher cette pénalité qui nous amène au titre. C’était irrespirable à la fin », raconte, encore chamboulé, Thibaut Roussille.

Le bouclier de Régionale 1 Occitanie appartient désormais à Vic-Fezensac.
DDM – B.R.
Après être passé proche de l’élimination dès les 8es de finale, sauvé par une transformation de la gagne manquée par Lisle-sur-Tarn dans les arrêts de jeu, avant de sortir les deux « ogres » de la compétition (Tarascon-sur-Ariège et Montech), le peuple vicois pouvait enfin lever les bras au ciel. La délivrance finale venait de la botte de D’Andréa dans les ultimes minutes de la partie, scellant une folle « remontada » (27-26).
« On va passer semaine au café »
Ce lundi, à la pause méridienne, autour du kiosque embaumé d’une odeur de grillades, la grande famille vicoise devait sans aucun doute refaire, une fois encore, cette finale chavirante et mesurer le chemin parcouru. Mais l’aventure n’est pas finie pour autant. « La semaine ne va pas être hyperstudieuse. Je pense qu’elle va être plus studieuse au Café des sports », plaisante Stéphane Minguet.
Car dès le 17 mai prochain, une fois le temps de la fête terminé, l’UAV enfilera à nouveau le bleu de chauffe pour son entrée en lice en championnat de France. Avec l’idée, peut-être, de rendre l’histoire encore plus belle.