Depuis la création du Jardin royal des plantes médicinales en 1626, 400 ans se sont écoulés pour celui qu’on appelle désormais le Muséum national d’histoire naturelle, à Paris. À l’occasion de ses 400 ans, RFI vous fait découvrir les trésors cachés de cette institution internationalement reconnue. Une institution de recherche scientifique, de conservation et de sensibilisation autour du monde vivant. Après la découverte de l’herbier dans la chronique C’est dans ta nature de Florent Guignard du 26 avril, visite avec Lucile Gimberg de l’atelier des taxidermistes, un métier d’art pour donner une deuxième vie aux animaux.
Ce matin-là, un mouton, un ours brun et un chimpanzé ont été remontés de la zoothèque, un immense bâtiment souterrain où est stockée une partie des 68 millions d’animaux, végétaux, fossiles et autres, conservés au Muséum d’histoire naturelle. Objectif : leur donner un petit coup de frais avant une exposition.
Lucile Borreman est taxidermiste. « Le chimpanzé, sa peau s’est un petit peu décolorée au fur et à mesure des années, par les effets de la lumière. J’ai essayé d’y toucher le moins possible. J’ai fait quelques petites colorations », explique-t-elle.
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Retirer tout ce qui peut pourrir à l’intérieur de l’animal
Dans la zoothèque, les animaux naturalisés – on disait autrefois « empaillés » – datent, pour les plus anciens, des grandes expéditions naturalistes du XIXe siècle. Mais depuis la Seconde Guerre mondiale, on ne tue plus pour étudier les espèces. Désormais, le Muséum récupère des animaux décédés dans la nature ou en captivité. Comme ce petit oiseau de 11 centimètres, mort en heurtant une vitre. « Donc là, on le sort du frigo. Il est dans un petit sachet en plastique, détaille Lucile Borreman. On a seulement la peau, le crâne, les os des ailes et des pattes et toutes les plumes du cou sont rattachées à tout ça. »
Tout ce qui peut pourrir à l’intérieur de l’oiseau, comme les yeux, les muscles et les organes, a déjà été retiré par la taxidermiste. « Il y a une structure que j’ai faite dans l’oiseau, avec un petit corps dont les mensurations ont été prises au préalable et que j’ai reproduit en mousse dans les membres, développe-t-elle. J’ai ajouté des fils de fer pour pouvoir le manipuler et lui donner la position qu’on veut. » Doucement, Lucile Borreman insère un peu de ouate dans l’abdomen. Puis, elle le recoud avec un fil très fin : « C’est vraiment du papier de soie. C’est translucide. Je trouve que les oiseaux sont magnifiques en termes de couleurs. Et là, il y a un mélange de noir, de jaune, de gris. Et puis, on les voit tellement de loin. C’est valorisant de pouvoir les avoir dans les mains. »

Dans l’atelier des taxidermistes, un chimpanzé et un ours ont été remontés de la zone de stockage afin d’être restaurés avant une exposition. © Lucile Gimberg / RFI
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La peau de Siam, l’éléphant d’Asie, « pesait autour des 700 kilos »
La beauté du plumage est encore plus frappante au séchage. Avec un peu d’air froid, le ventre de l’oiseau retrouve son galbe. Le geste est délicat et minutieux. Pour les grands mammifères, au contraire, il faut de la force pour sculpter leurs corps postiches dans la mousse polyuréthane ou la fibre de bois. « Ce qu’on a vu de plus colossale, c’était la naturalisation de Siam, l’éléphant d’Asie qui est décédé au zoo de Vincennes dans les années 1990 je crois, et qui a été naturalisé pour la Grande Galerie. Le taxidermiste était déjà allé au zoo pour dépouiller la peau. Et juste la peau, je crois, pesait autour des 700 kilos », raconte Anne Préviato, responsable du service de conservation des vertébrés.
Un travail incroyable pour permettre aux scientifiques de mieux comprendre les animaux et au public d’apprendre à les aimer, afin de mieux les protéger dans la nature.
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