Publié le
28 avr. 2026 à 6h30
« La MDPH m’a répondu il y a quelques jours pour me dire que c’était bon ». Maxime Mermoz l’a annoncé au détour d’un simple post Instagram la semaine passée : l’ancien centre du XV de France, aujourd’hui âgé de 39 ans, a officiellement été reconnu comme personne handicapée. « Ma maman, qui est infirmière, me disait depuis des années de faire mon dossier de reconnaissance », souffle-t-il.
L’ancien joueur pro, 35 sélections, 4 Brennus, 2 Coupes d’Europe, 1 finale de Coupe du monde, souffre donc d’un « handicap invisible » et c’est dû à la pratique du rugby selon lui. Contacté après son post, il a immédiatement accepté de témoigner sur sa situation à Actu Rugby. « Parce que ce sont des choses dont de plus en plus de personnes parlent ouvertement et parce que j’ai beaucoup de joueurs qui, en off, me racontent leurs problèmes de santé. »
« Le but, ce n’est pas de taper sur le rugby. Les meilleurs souvenirs de ma vie sont liés à ce sport, je ne connais quasiment rien d’autre qui fasse vivre des émotions comme ça », assure-t-il. « Mais c’est un sport où on prend des chocs à pleine vitesse. Et ce qui m’est arrivé est clairement lié au rugby car j’ai pris des chocs directs… Il y a une prise de conscience autour des commotions cérébrales aujourd’hui, c’est bien. À mon époque, c’était ‘marche ou crève’. Si tu te plaignais de quoi que ce soit, tu passais pour un faible. »
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La longue descente aux enfers de Maxime Mermoz
Qu’est-il donc arrivé à l’ancien joueur de Toulouse, Perpignan, Toulon, Leicester et Newcastle ? Une longue descente aux enfers qui l’a mené au plus bas. « À un moment, chaque seconde était une souffrance. Je n’ai jamais pensé à me suicider car pour moi, c’est pour les faibles, c’est de l’abandon, mais ce n’était plus que de la survie. Je ne vivais plus ».
Tout a commencé en 2015, lors d’un stage d’été dans les Alpes avec le RCT. Après un passage au spa pour la récup’, le joueur est victime d’acouphènes et a la sensation d’avoir les oreilles pleines d’eau. Il consulte un ORL, qui évoque des problèmes liés à l’altitude.
Sauf que les mois passent et ni les acouphènes, ni la sensation de gêne, ne cessent. « Un jour, j’étais en scooter et d’un coup, j’ai eu des vertiges. J’ai réussi à m’arrêter mais des supporters m’ont trouvé par terre en plein malaise devant la Poste à Carqueiranne. C’était la première fois que ça m’arrivait. »
Les ORL évoquent la maladie de Ménière, une affection ORL qui cause des crises de vertige et qui est associée à une perte auditive unilatérale, un acouphène et une sensation de plénitude auditive. Mais personne ne le prend vraiment au sérieux.
Tout bascule en 2017 pour Maxime Mermoz
Les symptômes le lâchent un peu grâce à de la kinésithérapie vestibulaire. Jusqu’à ce jour de 2017 où tout bascule. Nous sommes en septembre et Maxime Mermoz, qui a mis un terme à sa carrière internationale un an et demi plus tôt, part à Philadelphie disputer un match contre les Saracens, avec sa nouvelle équipe, Newcastle.
« J’étais en pleine forme pendant la prépa l’été, j’avais l’impression d’avoir 20 ans. Au moment où on atterrit, les acouphènes reviennent alors que je n’en avais pas eu depuis plusieurs mois. Ensuite, durant un entraînement à Philadelphie, je sens qu’une crise de vertiges revient. Sauf que celle-là ne s’arrête pas. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à vivre dans un état vertigineux permanent. C’est le début d’un véritable calvaire. »

Maxime Mermoz, ici aux côtés d’un autre fameux ancien Toulonnais, l’Australien Matt Giteau. (©Iconsport)
L’ancienne star des Bleus consulte des tas de spécialistes en France et en Angleterre, sans trouver de réponse, ni d’aide qui lui apporte un quelconque réconfort.
Victime d’un « choc émotionnel » selon ses mots quand son épouse décide d’avorter de leur 2e enfant contre son avis, puis en pleine séparation, il vit des niveaux de stress et de fatigue très intenses qui constituent une explication plausible à ses troubles selon le corps médical.
Sa vie en danger quand il prenait la voiture
Mais le supplice continue et les mois passent. « Je lève ma 2e saison de contrat à Newcastle car je n’étais pas à 100 %. Même vivre normalement m’était impossible. Je ne pouvais pas me lever du lit à certains moments. Il m’arrivait de tomber d’un coup en plein entraînement, je n’arrivais plus à faire de la musculation. Du coup, je rentre en France en juin pour trouver un club et gérer le divorce seul, et sans avoir la santé. »
Il signe à Toulouse, où Didier Lacroix et Ugo Mola souhaitent lui faire confiance même s’il leur fait part de ses problèmes. Il joue 14 matchs la première saison, 1 la seconde, avant de quitter Toulouse sur un 4e titre de champion de France, en 2019.
« Pour x raisons, ma famille et mes amis n’ont plus mon numéro de téléphone. Beaucoup m’en ont voulu… Mais pendant un an, je suis isolé. » Certains, au club, lui reprochent un manque d’implication. « Je croise des anciens joueurs qui sont agressifs, qui ne comprennent pas que j’ai disparu, qui me font des reproches. Ils ne savent pas ce que j’ai vécu. »
Alors il le raconte à voix déployée, désormais : « Je ne pouvais pas regarder mon téléphone certains jours car les écrans me provoquaient des vertiges. Tous mes réflexes et mon système nerveux étaient affectés. Je ne pouvais même pas regarder une personne dans les yeux car mes yeux ne tenaient pas, je tombais. »
« Il faut imaginer que parfois, j’étais en slip dans mon lit, entre 4 murs et les volets fermés. Je ne pouvais ni entendre de sons, ni voir de lumière. Je ne pouvais rien faire et j’attendais comme ça, face à un mur, que le temps passe. »
Maxime Mermoz
Ancien centre du XV de France
Il a perdu 15 kilos, et n’en pesait plus que 84
Il décide alors de mettre un terme à sa carrière, refusant les propositions de contrat de plusieurs clubs. « J’arrivais à faire bonne figure sur le terrain, mais j’étais à 10 ou 20 % de mon potentiel. Parfois, je ne pouvais même pas sortir de chez moi. Juste aller à la cuisine et me servir un verre d’eau était une victoire. Les vertiges me faisaient vomir du matin au soir, j’ai perdu 15 kilos à un moment. J’étais tombé à 84 kilos ! »
« Pour tout vous dire, je devais prendre un bus pour aller voir les spécialistes car je ne pouvais plus conduire. Quand je prenais la route, tout se mettait à tourner parfois et je devais me déporter sur la bande d’arrêt d’urgence. Je mettais ma vie en danger tous les jours. »
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En dépression, Maxime Mermoz continue de mettre un pied devant l’autre. Comme il le peut. Pour son fils, Aaron, surtout. « Je me battais pour lui, c’est lui qui me raccrochait à la vie. En un week-end, on faisait 8 ou 10 activités différentes et, dès que je le laissais à sa mère, je pouvais dormir pendant 13 ou 14 heures en suivant. »
À son arrêt de carrière, le colosse se met en arrêt maladie. Il y restera 2 ans et demi. « La question n’était plus de savoir si j’allais rejouer au rugby, mais si j’allais retrouver une vie normale. »
Un traitement salvateur en 2022
La lumière est venue, en 2022, d’une ORL réputée, le Dr Elzière à Marseille, « une grande spécialiste, qui me recontacte en me disant que l’IRM avec injection est 10 fois plus puissante qu’il y a 3 ans et que ça vaut le coup d’en repasser une pour essayer d’en savoir plus. »
Le diagnostic tombe, enfin : Maxime Mermoz souffre d’une rupture hémato labyrinthique. L’ex-rugbyman explique : « C’est une rupture dans le labyrinthe de l’oreille. C’est comme des fissures. Avec les émotions et les chocs, ça s’ouvre petit à petit et ça crée un dysfonctionnement en laissant passer des liquides là où il ne faudrait pas. »
Pas d’opération envisageable, mais des injections de très puissants anti-inflammatoires qui règlent le problème, ou presque. « Le produit pouvait provoquer des pertes d’audition mais comme j’avais déjà perdu presque 60 % à l’oreille gauche avec tout ça, on a tenté le coup. »
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Ici face à l’Écosse en 2014, Maxime Mermoz a totalisé 35 sélections avec le XV de France entre 2008 et 2016. (©Icon Sport)
Gagnant. Petit à petit, les crises s’espacent. Il n’a plus fait d’injection depuis 3 ans et a dû faire « une crise en deux ans ». Il a repris sa vie, le sport, une activité professionnelle en montant la « Maxime Mermoz Academy », en faisant du coaching en entreprise, en intervenant dans des clubs, en faisant du consulting et un peu d’immobilier…
Sans l’aide de la grande famille du rugby, déplore-t-il. « On m’a dit : ‘bonne continuation, tu es intelligent, tu es quelqu’un qui entreprend, tu vas t’en sortir’. Je n’ai même pas pu me faire financer un diplôme pendant le Covid par Provale, où j’avais cotisé pendant 15 ans… »
Le coup de poing de Piri Weepu qui lui a percé le tympan
Si les crises ne sont plus qu’un (pas si lointain) souvenir, le handicap, invisible, est toujours là. « Je me suis remis au sport mais je fais toujours très attention. Et je n’entends pas bien les sons graves d’une oreille. Quand je suis au restaurant ou à table chez des amis, je me mets tout le temps sur la gauche pour mieux entendre avec mon oreille droite. Je suis souvent invité à des événements mais, dès qu’il y a de la musique ou du bruit, je n’entends plus rien. »
Maxime Mermoz en est persuadé : sans le rugby, rien de tout cela ne lui serait arrivé. « J’ai pris des coups de poing dont je me souviens très bien mais à l’époque, il n’y avait pas la vidéo comme maintenant. »
Un, en particulier, lui reste en mémoire : « En finale de Coupe du monde en 2011, Piri Weepu (le demi de mêlée des All Blacks, NDLR) m’a mis une droite directement dans l’oreille qui m’a percé le tympan. J’ai eu des sifflements pendant plusieurs jours après ça… Quand je repense à des actions comme ça, évidemment je me dis que ça a pu créer les fistules dans mon oreille. »
Il ne regrette rien, pourtant, de sa carrière. « Tout ce que j’ai aujourd’hui, c’est grâce au rugby. Je suis juste un gamin des Vosges qui a eu la chance de vivre du sport qu’il aimait par-dessus tout. »
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