Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, avait requis 18 mois de prison avec sursis à l’encontre du rappeur Freeze Corleone, qu’il avait, dans ses réquisitions, qualifié de « Dieudonné du rap français ».

Jugé en son absence en février dernier pour « apologie publique d’un acte de terrorisme commise au moyen d’un service de communication» l’artiste a été fixé sur son sort ce lundi 27 avril.

Maître Marie-Pierre Lazard et Mehana Mouhou entourés de Hager Ben Aouissi, présidente d’« Une voie des enfants » et de Didier Matrat, secrétaire général de « One life for Nice ».

Le tribunal correctionnel, présidé par Agnès Vadrot, a condamné Freeze Corleone, de son vrai nom Issa Lorenzo Diakhaté a une peine de 15 mois de prison avec sursis et d’une amende de 50.000 euros.

Une peine assortie d’une interdiction du département des Alpes-Maritimes de 3 ans conformément aux réquisitions du parquet.

Il devra en outre verser au titre du préjudice moral 2.800 euros à chacune de 23 parties civiles et aux associations « Life for Nice » et « Une voix des enfants : 14 juillet 2016 ».

Une condamnation « sur la base de quelque chose qui n’existe pas »

Une enquête avait été ouverte en février 2024 à la sortie de son titre « Haaland »  interprétée en duo avec le rappeur allemand Luciano, dans lequel il semble faire référence à l’attentat du 14-juillet qui avait fait 86 morts et des centaines de blessés sur la promenade des Anglais à Nice en 2016.

Si le nom de la célèbre avenue qui longe le bord de mer n’est pas explicitement prononcé, il est suggéré par les rimes : « En défense j’suis Kalidou, t’es Lenglet. Burberry comme un grand-père anglais. J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la (silence) ».

Au sortir de l’audience, l’avocat du rappeur parisien, Me Adrien Chartron, a exprimé regret et surprise quant à la décision rendue.

« Les poursuites du procureur de la République ne reposent pas sur des éléments factuels tangibles », s’est-il indigné.

Et d’ajouter : « Si on peut poursuivre et condamner les gens en France sur la base de ce qui n’existe pas […] c’est l’arbitraire le plus total ».

Dans ce contexte, le conseil parisien fait savoir « que la voie de l’appel semble évidente ».

« Un coup d’arrêt à cette espèce de justification au nom de la liberté d’expression »

Me Marie-Pierre Lazard, avocate de l’association « Une voix des enfants : 14 juillet 2016 » n’a pas caché sa satisfaction : « Les victimes vont être très heureuses. En effet, c’était un jugement qui était attendu et qui est extrêmement important ».

Pour l’avocate niçoise, cette décision dépasse le seul cas du rappeur franco-italien de 33 ans et s’inscrit dans une évolution plus large du droit pénal en matière d’apologie du terrorisme.

L’avocate voit dans cette condamnation un signal fort : « Ça met un coup d’arrêt à cette espèce de justification au nom de la liberté d’expression, de pouvoir impunément appeler à la haine ».

Le 31 mars 2026, précise-t-elle, la Cour de cassation à rendu un arrêt précisant que désormais « l’apologie du terrorisme peut être de façon implicite constituée ».

Freeze Corleone avait déjà fait l’objet d’une enquête en 2020 pour « provocation à la haine raciale » après la diffusion de clips contenant notamment des paroles telles que « J’arrive déterminé comme Adolf dans les années 30 » ou « tous les jours RAF [abréviation de «rien à foutre »] de la Shoah».

L’enquête avait finalement été classée sans suite, mais il avait été lâché par son label Universal Music, qui avait dénoncé des  « propos racistes inacceptables».