La fréquentation touristique a baissé de 2 à 4% en mars et avril selon « Paris je t’aime », l’office de tourisme de la capitale. Prix des billets d’avion, prix des carburants… Comment la guerre au Moyen-Orient et le blocage du détroit d’Ormuz impactent-ils l’hôtellerie et la restauration en Île-de-France ?

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Loin du Sacré-Cœur de Montmartre ou du musée du Louvre, « la clientèle du Moyen-Orient séjourne quasi exclusivement dans le ‘triangle d’or’, entre les palaces du quartier des Champs-Elysées », explique Thomas Deschamps, directeur de l’observatoire de « Paris je t’aime », l’office de tourisme de la capitale.

Le nombre de touristes en provenance du Moyen-Orient à Paris a baissé de 5 à 6% en mars, à la suite du déclenchement de la guerre israélo-américano-iranienne le 28 février dernier, selon les chiffres de l’office. « Ces touristes ont un impact important sur une partie de l’activité hôtelière notamment, mais ils ne représentent que 3% du mix clientèles à Paris », précise Thomas Deschamps.

Et si « la guerre n’a pas provoqué des chutes vertigineuses », elle a tout de même eu un des conséquences sur la fréquentation touristique globale dans la capitale, en baisse de 2 à 4% en mars et en avril. « Il y a eu un ralentissement immédiat après le déclenchement de la crise, avec une baisse de 7% du nombre de visiteurs sur la première quinzaine de mars. Mais après cet effet de sidération, on observe une hausse de 3% sur la seconde quinzaine de mars », retrace Thomas Deschamps.

Pour les prochains mois, le directeur de l’observatoire de « Paris je t’aime » anticipe à ce stade « des baisses des réservations hôtelières de l’ordre de 3% en mai et 4% en juin » et rappelle que « 40% de la clientèle touristique dans la capitale vient en avion ». Mais les effets de la crise pourraient être limités sur le tourisme parisien, qui « s’appuie sur des clientèles très diversifiées ». « Un système de vases communicants pourrait amortir les conséquences de la crise sur les billets d’avion, c’est difficile à anticiper. Des touristes des pays limitrophes comme l’Allemagne pourraient choisir le train et la proximité en partant à Paris cet été, plutôt qu’en Turquie par exemple », indique Thomas Deschamps.

Du côté des organisations patronales du secteur, Frank Delvau, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) Paris Île-de-France, explique qu’ »une baisse de la fréquentation de la clientèle en provenance du Moyen-Orient commence à se constater pour l’hôtellerie haut de gamme ». « Pour le Moyen-Orient, on parle de clients vraiment haut de gamme, ils ne vont pas au Formule 1 ni à l’Ibis », indique-t-il.

« Les palaces ne publient jamais leurs chiffres, mais ce sont les hôtels classés cinq étoiles qui en souffrent, par exemple dans le quartier des Champs-Elysées. Pour les hôtels classés trois étoiles, ça ne change pas grand-chose. Au contraire, certains clients français qui voulaient partir ailleurs viennent à Paris, pour éviter l’avion », poursuit Frank Delvau.

Pour ce qui est de la restauration, le président de l’Umih Paris Île-de-France estime qu’ »une baisse commence à se ressentir » dans le contexte économique actuel, rappelant que « les sorties au resto sont toujours une variable d’ajustement, par rapport à d’autres consommations ». « La population française hésite. Globalement, quand il y a du doute, on est un peu perdu et on attend, donc on consomme moins. Aussi, certaines entreprises appellent de nouveau au télétravail face à la hausse des prix des carburants, pour nous c’est une catastrophe », déplore-t-il.

Pascal Mousset, président du Groupement hôtellerie et restauration (GHR) Paris Île-de-France, évoque également « un impact sur l’hôtellerie ultra-luxe ». « La clientèle du Moyen-Orient fait beaucoup travailler les établissements cinq étoiles. Sur l’ensemble de l’hôtellerie parisienne, on ne nous signale pas pour l’instant une baisse de la fréquentation », nuance-t-il.

« Les hôteliers nous signalent toutefois un ralentissement de la ‘montée en charge’ : les réservations pour juillet et août se remplissent moins bien que pour les deux années précédentes. Ça concerne notamment la clientèle du Moyen-Orient, mais aussi la clientèle américaine. C’est corrélé à la baisse des réservations aériennes. Habituellement, les gens prévoient leur séjour dès avril-mai », note le président du GHR Paris Île-de-France.

« Il y a du retard mais pas d’affolement non plus pour les hôteliers. C’est un peu tôt pour tirer des conclusions sur la fréquentation touristique à prévoir cet été, ça peut s’arranger. Aujourd’hui, les consommateurs font beaucoup de choix de dernière minute », poursuit Pascal Mousset. Face à « la crise du pouvoir d’achat » plus largement, il décrit par ailleurs « une tendance à la baisse sur le panier moyen de dépenses » pour les clients, avec « une focalisation sur le prix, qu’il s’agisse de l’hébergement ou de la restauration ».