Un ours polaire soulève un bloc de glace à deux pattes, le positionne au-dessus d’un morse endormi, et le laisse tomber. L’animal s’effondre, assommé. La scène, documentée directement en 2026, confirme ce que les biologistes soupçonnaient depuis deux siècles sans jamais pouvoir en apporter la preuve formelle : Ursus maritimus fabrique et utilise des outils.
À retenir
- Depuis des siècles, les Inuits racontent que les ours polaires utilisent des blocs de glace comme armes, mais la science occidentale a longtemps rejeté ces témoignages
- En 2026, des observations directes confirment enfin cette technique de chasse étonnamment précise et délibérée
- Cette innovation cognitive pourrait être une réponse à la pression environnementale : l’ours polaire s’adapte en perfectionnant des stratégies de chasse sophistiquées
Sommaire
- Deux siècles de récits ignorés
- Le problème du morse : une proie à 1 300 kg
- Ce que les observations directes de 2026 ont confirmé
- Ce que cela révèle sur l’intelligence de l’ours polaire
Deux siècles de récits ignorés
Depuis plus de 200 ans, les Inuits du Groenland et de l’est de l’Arctique canadien transmettent des témoignages d’ours polaires utilisant des outils pour tuer des morses. Les explorateurs, naturalistes et écrivains ont longtemps relégué ces récits au rang de mythes. Le premier compte rendu écrit connu remonte à 1780, quand le biologiste danois Otto Fabricius nota, d’après des chasseurs inuits du Groenland, que les ours polaires étaient capables de « saisir des morceaux de glace et de les lancer contre la tête du morse, lui faisant perdre l’équilibre et le tuant ainsi facilement. »
En 1865, l’explorateur arctique Charles Francis Hall publie un témoignage inuit sur l’île de Baffin : il décrit un ours grimpant sur une falaise et jetant une grosse roche sur la tête d’un morse en contrebas, calculant la distance avec une précision stupéfiante pour fracasser le crâne épais de l’animal, et va jusqu’à intégrer une gravure de la scène dans son livre. Le problème ? Les scientifiques ont longtemps rejeté ces affirmations vieilles de plusieurs siècles comme relevant du mythe et de la légende.
Ce rejet systématique dit autant sur les biais de la science occidentale que sur la biologie de l’ours polaire. Il y a heureusement une reconnaissance croissante que les cultures traditionnelles, avec leur expérience directe et profondément enracinée de l’observation des animaux, peuvent avoir des connaissances sur ces espèces que la science occidentale ignore encore, ou commence tout juste à documenter.
Le problème du morse : une proie à 1 300 kg
Pour comprendre pourquoi un ours prendrait la peine d’utiliser un outil, il faut mesurer l’adversaire. Si l’ours polaire peut mesurer jusqu’à 2,5 mètres et peser 800 kilogrammes, un morse peut atteindre 3,2 mètres et peser jusqu’à 1,5 tonne, sans compter ses grandes défenses. attaquer un morse à mains nues revient pour l’ours à s’en prendre à un véhicule blindé équipé de lances.
À première vue, un morse adulte semble relativement invulnérable, simplement en raison de sa taille colossale, de sa peau épaisse, de son crâne massif et de ses défenses dangereuses. Pourtant, les morses de tout âge restent une cible d’intérêt pour les ours polaires, car il y a tellement de chair à manger, même sur un jeune animal. Mais les tuer n’est pas facile : même un veau possède un crâne épais qui nécessite de multiples morsures d’un grand ours pour finalement en venir à bout. Les morses ont d’ailleurs souvent blessé mortellement des ours polaires avec leurs défenses.
C’est précisément cette asymétrie qui aurait poussé certains individus à innover. Les ours polaires recourraient à cette tactique pour chasser les morses « en raison de leur grande taille, de la difficulté à les tuer, et de leur possession d’armes potentiellement létales tant pour leur propre défense que pour attaquer directement un prédateur. » Un phoque, en comparaison, s’assomme d’une seule morsure à la tête. Un morse juvénile peut prendre des heures à tuer, même par un ours mâle adulte.
Ce que les observations directes de 2026 ont confirmé
La scène décrite au fil des siècles par les Inuits prenait toujours la même forme. L’explorateur britannique George Francis Lyon en 1824 rapporte le témoignage d’un homme nommé Ooyarra, qui décrit un ours nageant prudemment jusqu’à un gros bloc de glace sur lequel dormaient deux femelles morses avec leurs petits. L’animal rampa derrière elles, détacha à l’aide de ses pattes avant un large bloc de glace, le roula et le positionna exactement au-dessus de la tête des dormeurs, puis le laissa tomber sur l’un d’eux, qui fut tué sur le coup. L’autre morse plongea, mais le petit de la femelle morte resta sur place, et l’ours acheva ainsi deux animaux qu’il n’aurait pas osé attaquer ouvertement.
Ce récit, mis en parallèle avec les observations directes documentées en 2026, n’est plus seulement du folklore : c’est un protocole de chasse. Des observations directes ont permis de noter des comportements précis : un ours polaire tentant de séparer des adultes d’un veau en lançant des blocs de glace, et un ours ayant assommé un veau avec un morceau de glace avant de le tuer. Des images ont également montré une femelle ours polaire faisant glisser un large bloc de glace avant de le projeter dans l’eau en direction d’un phoque.
Un chasseur inuit du Groenland, dans les années 1990, avait trouvé un morse fraîchement tué portant des traces d’un bloc de glace volontairement lissé par l’ours. Ce même type de manipulation délibérée d’un morceau de glace comme arme a également été mentionné lors d’un entretien avec un Inuit d’Arctic Bay, au Nunavut, en 2020. La glace n’est pas ramassée au hasard : elle est choisie, façonnée, positionnée. C’est bien de la fabrication d’outil.
Ce que cela révèle sur l’intelligence de l’ours polaire
Les études sur les capacités cognitives des ours polaires restent rares. « Nous ne savons rien d’expérimental ou d’objectif du tout », reconnaît Ian Stirling. « Mais nous disposons d’une grande quantité d’informations observationnelles qui tendent à suggérer que les ours polaires sont vraiment intelligents. » La famille des ursidés est généralement créditée de solides capacités cognitives grâce à leurs grands cerveaux, et des études sur des ours noirs américains en captivité ont même révélé des capacités mentales semblant dépasser celles de certains primates.
Le cas de GoGo, un ours polaire mâle du zoo Tennoji d’Osaka au Japon, illustre bien ce potentiel. Le personnel du zoo cherchait simplement à le distraire et avait accroché un morceau de viande à trois mètres au-dessus de sa piscine, hors de sa portée. D’abord, il essaya de l’atteindre en sautant, en vain. Mais en l’espace d’un mois, il avait inventé deux « outils » à partir de jouets présents dans son enclos, dont un tube en plastique dur qu’il lançait sur la viande jusqu’à la faire tomber.
Le comportement reste rare. Les scientifiques pensent que seuls quelques ours auraient ce type de comportement. Si une mère découvre que lancer un bloc de glace sur un morse s’avère efficace, ses petits pourraient intégrer cette technique par mimétisme. Les femelles, d’ailleurs, pourraient transmettre ce savoir à leurs oursons, assurant ainsi sa transmission de génération en génération. Une tradition de chasse qui se passe de mère en fille, dans les glaces de l’Arctique, pendant que la science cherche encore ses preuves.
Le paradoxe est saisissant : la population mondiale d’ours polaires sauvages est estimée à environ 26 000 individus, des animaux dont le régime alimentaire repose principalement sur les phoques, mais qui sont de plus en plus contraints de s’en prendre à d’autres proies comme les morses, beaucoup plus grandes et résistantes, notamment à cause de la fonte des glaces. L’ours polaire, menacé dans son habitat par le réchauffement climatique, serait en train d’affiner des techniques de chasse sophistiquées précisément parce que sa survie en dépend. La pression environnementale comme moteur d’innovation cognitive : une piste que les biologistes commencent à peine à mesurer.
Sources : mlactu.fr | futura-sciences.com