L’escroquerie du siècle. C’est ainsi qu’a été qualifiée l’affaire Aristophil, du nom de cette société créée dans les années quatre-vingt-dix par Gérard Lhéritier.
Ce Niçois d’adoption avait eu l’idée, a priori géniale, de transformer le papier en or.
En l’occurrence de vieux parchemins et manuscrits qu’il achetait aux enchères.
Son entreprise les revendait en indivision comme d’autres proposent d’acquérir une résidence secondaire en timeshare.
Évidemment, aucun des investisseurs n’a jamais tenu entre ses mains les précieuses lettres de Simone de Beauvoir, les notes d’Albert Einstein ou encore les originaux de Marcel Proust.
Pyramide de Ponzi
En revanche Aristophil promettait à ses clients une confortable plus-value au terme de quelques années.
Et pour cause, la société niçoise rachetait elle-même les précieuses œuvres d’art. Au risque de faire fondre sa trésorerie… La martingale avait commencé à se gripper au milieu des années 2010.
Gérard Lhéritier a toujours mis les difficultés de sa prospère entreprise sur le compte d’un acharnement judiciaire.
Durant près de dix ans d’instruction, il a nié avec acharnement toute escroquerie ou pratique commerciale trompeuse.
Jusqu’à son procès à la fin de l’année dernière. Durant près d’un mois d’audience face à près de 5.000 parties civiles qui y ont parfois laissé toutes leurs économies l’homme aujourd’hui âgé de 78 ans a continué de clamer son innocence.
Sans convaincre les juges qui l’ont condamné à 5 ans de prison. Pour eux Aristophil n’était qu’une pyramide de Ponzi dont le préjudice estimé s’élèverait à plus d’un milliard d’euros !
Une peine de 5 ans ramenée à 2 ans
Le Niçois avait annoncé qu’il mènerait le combat jusqu’au bout en interjetant appel de cette décision. Mais il n’y aura pas de second procès Aristophil…
En tout cas pas avec Gérard Lhéritier sur le banc des prévenus.
Celui-ci a finalement opté pour une comparution par reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Une voie procédurale qui lui a permis de négocier sa peine avec le parquet général.
Le 14 avril dernier, ses 5 ans de prison ont été ramenés à 2 ans avec possibilité d’aménagement.
C’est sous bracelet électronique que l’empereur niçois du parchemin va purger cette peine. « Une décision qui achève judiciairement ce dossier pénal », note Me Arnaud Delomel, l’un des avocats des victimes de cette escroquerie qui, à lui seul, en représente près de 400.
« Même si elle n’est pas satisfaisante pour les parties civiles, s‘empresse-t-il. Cette CRPC n’a pas de sens. Si ce n’est pour désengorger les tribunaux. » Le parquet général s’exonère ainsi d’un nouveau procès-fleuve.
Au passage, « Monsieur Lhéritier qui depuis dix ans se dit innocent est devenu coupable en l’espace de quelques semaines », note avec ironie Me Delomel. Un revirement qui présente l’avantage d’éviter à ce Niçois de 78 ans la prison.