Smartphone au volant : dans quatre
départements, un simple geste coûte déjà une suspension immédiate
du permis. L’Île-de-France peut-elle être la prochaine à durcir le
ton ?

Un simple coup d’œil à votre smartphone au
volant
peut déjà vous coûter très cher. Dans quatre
départements, les conducteurs surpris en train de manipuler leur
téléphone voient désormais leur permis retiré sur-le-champ, bien
au-delà de la « simple » amende et du retrait de points prévus par le
Code de la route.

Pour l’instant, cette suspension immédiate du permis ne concerne pas
l’Île-de-France.
Les
automobilistes franciliens restent soumis au régime national
classique, même si le cadre juridique permet aux préfets de durcir
les règles comme ailleurs. Et là, une question s’impose : ce qui se
passe déjà dans les Landes, le Pas-de-Calais, le Lot-et-Garonne et
la Charente-Maritime peut-il être transposé demain en région
parisienne ?

Où le téléphone au volant entraîne déjà une suspension
immédiate du permis ?

Quatre départements métropolitains
ont franchi le pas
. Dans les Landes, une première
expérimentation a démarré en novembre 2025. Elle a abouti à la
suspension de 200 permis en quelques mois, selon la préfecture. Le
Lot-et-Garonne applique la même logique depuis février 2026, tout
comme le Pas-de-Calais depuis ce même mois. La Charente-Maritime a,
elle, testé la mesure en avril avant de la rendre pleinement
effective au 1er mai 2026. Dans les Landes, le Lot-et-Garonne et la
Charente-Maritime, la durée de suspension peut aller jusqu’à six
mois, quand le Pas-de-Calais a fixé un plafond de deux mois. En
Charente-Maritime, les contrevenants doivent en plus s’acquitter
d’une contribution citoyenne auprès d’une association d’aide aux
victimes d’un montant de 200 €, supérieur à celui de l’amende
forfaitaire, détaille la préfecture.

Les motivations sont clairement affichées. La préfecture de
Charente-Maritime explique par exemple : « Malgré la
mobilisation forte des gendarmes et des policiers avec des
opérations de contrôle amplifiées, malgré le durcissement du barème
des sanctions, le nombre d’accidents et d’infractions routières
demeure trop élevé. » En 2025, l’utilisation du téléphone a été
impliquée dans 15 % des accidents mortels de ce département, soit 7
morts sur 45, rappelle encore la même préfecture. Le préfet y
affirme d’ailleurs que « tout sera fait pour baisser le chiffre
fatal des 45 morts par an sur les routes », cité par BFM
Tech. Au niveau national, Capital rappelle que 12 % des
accidents mortels en 2024 étaient liés au téléphone, et que 419
personnes ont perdu la vie à cause de l’usage d’outils
technologiques au volant cette année-là, un chiffre qui pèse lourd
dans les décisions locales.

Comment ces mesures s’appliquent et qu’est-ce qui est autorisé
ou non ?

Dans ces quatre départements, la règle est désormais simple : le
fait de manipuler son téléphone en conduisant entraîne une
suspension administrative immédiate du permis de
conduire
. La préfecture de Charente-Maritime rappelle que
« Cette mesure s’appuie sur les dispositions du Code de la route
permettant une suspension administrative du permis de
conduire ». Concrètement, si un policier ou un gendarme
constate que le conducteur a le téléphone en main ou le manipule en
étant au volant, ou encore qu’il porte des écouteurs, la rétention
du permis est possible sur-le-champ. L’infraction reste en plus une
contravention de 4e classe, passible d’une amende forfaitaire de
135 euros (90 euros en cas de paiement minoré) et d’un retrait de
trois points, comme partout ailleurs en France.

Les autorités opèrent toutefois une distinction entre usage
actif et usage toléré. Si le conducteur regarde l’écran pour un
guidage GPS, sans tenir l’appareil en main, cela n’est pas
considéré comme une infraction. L’utilisation du téléphone en mode
« mains libres » via le haut-parleur reste également tolérée tant
qu’elle ne conduit pas à un comportement dangereux. La police
nationale insiste sur l’enjeu de sécurité en rappelant que
« Chaque année, le téléphone est à l’origine de nombreux
accidents graves et multiplie par 3 le risque d’accident, ».
Téléphoner au volant « multiplie par trois le risque d’accident » et
que lire un message pendant qu’on conduit multiplie le risque par
23, en obligeant « à détourner les yeux de la route pendant au moins
cinq secondes ». Des éléments qui expliquent pourquoi certains
préfets ont choisi un tour de vis bien plus ferme.

Quelle situation en Île-de-France aujourd’hui, et la même
sévérité peut-elle s’y appliquer ?

En Île-de-France, aucune mesure spécifique du
type « zéro tolérance » n’a été annoncée. Les conducteurs y sont
soumis au régime national : utiliser un téléphone au
volant
, le tenir en main ou porter des écouteurs est
interdit et passible d’une amende forfaitaire de 135 euros et d’un
retrait de trois points. Cette infraction de 4e classe peut
s’accompagner, en peine complémentaire, d’une suspension du permis
pouvant aller jusqu’à trois ans. Un décret de mai 2021 prévoit
aussi que le fait de tenir un téléphone à la main tout en
commettant une autre infraction (excès de vitesse, non-respect
d’une priorité, etc.) expose à la rétention immédiate du permis de
conduire qui pourra être suivie d’une suspension administrative
pour une durée maximale de six mois.

La base juridique utilisée par les départements pilotes est la
même partout : « En terme de réglementation, le préfet s’appuie
sur l’article L224-7 du code de la route. Cette mesure décidée au
niveau local par le préfet, est une sanction administrative qui
s’ajoute à l’infraction téléphone au volant. », indique le
ministère de l’Intérieur. Autrement dit, les préfets franciliens
disposent du même outil juridique que leurs homologues des Landes,
du Pas-de-Calais, du Lot-et-Garonne ou de la Charente-Maritime.
Mais le ministère renvoie clairement la question d’une éventuelle
généralisation au niveau local, et aucune précision n’est donnée à
ce sujet pour les départements d’Île-de-France dans les documents
consultés. Dans ce contexte, les chiffres nationaux, comme le fait
que l’utilisation du téléphone ou d’autres outils technologiques
soit relevée dans près d’un quart des accidents corporels, laissent
entrevoir pourquoi le débat sur un durcissement local pourrait
revenir régulièrement sur la table, y compris autour de Paris.