Voilà un échange épistolaire qui ne va pas réconcilier les Dragons cannois et les Crocos nîmois qui se sont affrontés, samedi, pour la place de leader de Nationale 1, sur la pelouse du club du Gard et sans les supporters azuréens (victoire 3 à 0 du club hôte).

Mercredi 22 avril, trois jours avant la tenue du match, le président du Nîmes olympique, Thierry Cenatiempo, écrit à la préfecture du Gard.

Dans son courrier, ce dernier évoque les moyens financiers limités du club pour couvrir les frais de sécurité, exprime la crainte de débordements de ses propres supporters – à la suite de heurts, sans suites judiciaires, survenus au match aller le 13 décembre entre quelques Cannois et Nîmois – et demande explicitement « une mesure d’interdiction de périmètre ».

De l’interdiction de déplacement au revirement de situation

Le lendemain, jeudi 23 avril, la préfecture s’exécute et publie un arrêté interdisant aux supporters cannois de circuler, de stationner ou d’accéder au stade.

Les joueurs de l’AS Cannes ont porté un maillot en soutien à leurs spectateurs lors de leur entrée sur la pelouse.

Moins d’une heure après la publication de cet arrêté, Nîmes ouvre la vente des places du parcage visiteurs au grand public, c’est-à-dire aux Nîmois, en ligne.

Dans la soirée du jeudi 23 avril, une requête en référé-liberté est déposée conjointement par les supporters cannois et nîmois, portée par l’Association nationale des supporters (ANS).

L’arrêté préfectoral est cassé par le tribunal vendredi 24 avril, la veille de la rencontre. Motif retenu : l’interdiction générale est « disproportionnée » et constitue « une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales ».

La préfecture, note le juge, ne dispose d’aucun élément probant pour la justifier. Le seul document produit en défense est le courrier de Thierry Cenatiempo.

Dans la foulée, le Nîmes olympique annonce pourtant sur ses réseaux sociaux qu’il mettra « 160 nouveaux billets en vente le jour du match sur la billetterie physique à partir de 16 heures ».

Un élément qui va s’avérer déterminant. Le club rembourse, dans le même temps, les achats en ligne effectués jeudi, tout en laissant les liens de téléchargement des billets actifs jusqu’au samedi…

Les Cannois roulent en direction de Nîmes

Samedi dernier, les supporters cannois prennent la route.

Direction le stade des Antonins à Nîmes.

Arrivés à moins de quarante kilomètres de là, les quatre autocars cannois font halte sur une aire d’autoroute, sous escorte des forces de l’ordre. Ils sont environ 200 supporters de l’AS Cannes à qui l’on demande de patienter avant de savoir s’ils pourront assister au match.

Dans le même temps, à 16 h 35, Étienne, un supporter cannois vivant dans le Var, a rejoint le stade par ses propres moyens et achète un billet au guichet. Il paie cinq euros. Sa place se situe dans le parcage nord, normalement réservé aux supporters cannois.

Les forces de l’ordre déployées samedi autour du bus des supporters cannois.

Les forces de l’ordre déployées samedi autour du bus des supporters cannois.
Photo DR

La FFF tente, en vain, de reprendre la main

Ce jour-là, vers 12 h 30, la Fédération française de football (FFF), alertée, avait, semble-t-il, tenté de reprendre la main.

Sa Commission des championnats seniors masculins aurait envoyé un courrier après s’être réunie en urgence en visioconférence : « Il revient au Nîmes olympique d’assurer aux supporters visiteurs un emplacement sectorisé. »

Autrement dit, les supporters de l’AS Cannes devaient être accueillis, comme le prévoit le règlement.

Et la FFF insiste : l’arrêté préfectoral initial a été suspendu. Aux deux clubs, donc, de s’adapter, même dans l’urgence.

Sauf qu’une nouvelle décision d’encadrement, prise samedi matin par la préfecture du Gard, stipule désormais que « sur ce point de rendez-vous [l’aire d’autoroute Nîmes Costières], il sera contrôlé que tous les spectateurs sont munis de billets pour le match fournis par les organisateurs. Aucun spectateur non muni de billet ne pourra pénétrer dans le périmètre du stade des Antonins ».

Des billets que le Nîmes olympique aurait refusé de fournir d’après nos informations, et ce malgré l’injonction de la FFF.

La réponse des forces de l’ordre aux supporters cannois, qui patientent depuis un long moment sur une aire d’autoroute, tombe à 18 heures : c’est une fin de non-recevoir.

Lundi, l’association de supporters dépose une saisine…

Lundi 27 avril, l’ANS dépose une saisine (que Nice-Matin a pu consulter) auprès de la FFF.

L’objet de leur courroux ? Le Nîmes olympique affirmait à ses interlocuteurs – notamment via un communiqué officiel publié vendredi 24 avril – que les places étaient épuisées.

Or, elles ne l’étaient pas. Et le billet acheté par Étienne, horodaté à samedi après-midi, est une preuve versée au dossier au même titre que son témoignage sous serment.

… alors que les Crocos campent sur leurs positions

Dans un communiqué publié mardi 28 avril, le Nîmes olympique campe sur sa position et estime qu’une décision de justice rendue la veille au soir (autorisant la venue des supporters cannois) ne peut pas remettre en cause toute l’organisation du match en quelques heures.

« Le verdict est tombé le vendredi soir à 18 heures. Il aurait fallu détricoter, le samedi matin, toute la préparation du match. C’est illusoire », résume Thierry Cenatiempo auprès de nos confrères d’Objectif Gard.

Une ligne de défense contestée dans la saisine de l’Association nationale des supporters.

Car, dans le même de temps, selon les éléments versés au dossier, le club gardois a bel et bien modifié un point clé : la répartition des places.

Samedi 25 avril, entre 16 h 30 et 17 h 50, soit dans les deux heures précédant le coup d’envoi prévu à 18 heures, environ 200 billets auraient été vendus au guichet au grand public dans la tribune visiteurs. À 17 h 50, cette tribune est pleine.

Les éléments au cœur de la plainte à la FFF

Plusieurs manquements sont ainsi mis en avant par l’ANS dans sa saisine, adressée à la FFF.

D’abord, le non-respect du règlement des championnats de National 1 et National 2 qui impose qu’un minimum de 5 % de la capacité du stade soit réservé aux supporters visiteurs, une règle que seul l’organe compétent de la FFF peut, selon elle, assouplir, et non le club recevant.

Ensuite, le fait de ne pas avoir suivi une instruction écrite de la Fédération le jour même du match.

Pour l’ANS, il s’agit d’une « méconnaissance d’une instruction émanant des autorités réglementaires ».

Enfin, l’association évoque une possible préméditation.

Selon elle, la chaîne de décisions ayant conduit à l’arrêté préfectoral n’a pas été subie, mais « activement recherchée » par le club nîmois.

Pour étayer ces accusations, elle demande notamment la transmission complète des informations de billetterie du 25 avril, en particulier les ventes réalisées juste avant le match dans le parcage visiteurs.

Rendez-vous le 7 mai

Face à ces accusations, dans son dernier communiqué, le président du Nîmes olympique accuse l’AS Cannes d’avoir « manipulé » ses supporters et de les avoir « peut-être incités » à ne pas respecter « une décision de la préfecture du Gard ».

Selon lui, les dirigeants cannois savaient qu’ils ne pourraient pas entrer dans le stade.

Une version rejetée par l’AS Cannes. Son directeur général, Antoine Gobin, avait informé les supporters du risque au moment du départ des bus le samedi à 13 heures, persuadé toutefois que « Nîmes respecterait la loi ».

Selon nos informations, la FFF a prévu de statuer le 7 mai 2026.