Le Grand Prix des États-Unis

L’histoire du Grand Prix des États-Unis est la plus longue et la plus changeante de toutes les épreuves américaines de Formule 1. Elle débute en 1959 sur le circuit de Sebring, en Floride — le même tracé qui accueille encore aujourd’hui l’épreuve de 12 Heures en IMSA. Bruce McLaren y décroche sa première victoire en Formule 1, à seulement 22 ans, dans une course disputée sur ce circuit semi-permanent aux caractéristiques très différentes des tracés européens. L’épreuve se déplace ensuite dès 1960 sur le circuit de Riverside, en Californie, pour une seule édition également, remportée par Stirling Moss, avant de trouver une résidence plus stable à Watkins Glen, dans l’État de New York, où elle s’installe de 1961 à 1975.

Ces quinze années à Watkins Glen constituent l’âge d’or du Grand Prix des États-Unis dans sa forme classique. Le circuit new-yorkais, perché dans les collines des Finger Lakes, devient l’un des rendez-vous incontournables du calendrier mondial, attirant les spectateurs et offrant des courses mémorables dans un cadre naturel exceptionnel. Jackie Stewart, Emerson Fittipaldi, James Hunt et Carlos Reutemann y signent quelques-unes de leurs plus belles victoires. Un Français y est également victorieux, François Cevert en 1971. C’est sur ce même circuit, deux ans plus tard, en 1973, qu’il perd la vie lors d’un accident en dernière partie de qualifications.

François Cevert lors du Grand Prix des États-Unis à Watkins Glen en 1971, la seule se sa carrière.

François Cevert lors du Grand Prix des États-Unis à Watkins Glen en 1971, la seule se sa carrière. © DPPI

« Watkins Glen » change de nom sur le calendrier en 1975 — la suite de l’histoire du circuit se poursuivant sous l’appellation « Grand Prix des États-Unis Est » jusqu’en 1980 afin de le distinguer du Grand Prix des États-Unis Ouest, qui apparaît en 1976. Le Grand Prix des États-Unis Est revient au calendrier en 1982 et 1983 sur le circuit de Detroit. Il perd son appellation et redevient le Grand Prix des États-Unis avec l’arrivée du circuit de Phoenix de 1989 à 1991, sur un circuit urbain tracé dans les rues de la capitale de l’Arizona. Ces trois éditions américaines ne laissent pas un souvenir impérissable : Ayrton Senna remporte les deux dernières en 1990 et 1991, mais la course peine à s’imposer auprès du public américain et disparaît à nouveau du calendrier.

Le retour dans les années 2000

Le Grand Prix des États-Unis revient en 2000 sur l’Indianapolis Motor Speedway, non pas sur l’ovale légendaire mais sur un circuit permanent tracé à l’intérieur de celui-ci, avec une section utilisant une partie de la piste originale. Cette période est marquée par l’un des épisodes les plus controversés de l’histoire de la discipline : lors de l’édition 2005, seulement six voitures prennent le départ après que quatorze équipes se retirent en raison de problèmes de sécurité liés aux pneumatiques Michelin dans les virages relevés. Une course à sens unique remportée par Michael Schumacher, qui laisse un goût amer à un public américain déjà difficile à convaincre. Indianapolis quitte le calendrier en 2007, laissant à nouveau les États-Unis sans Grand Prix pendant plusieurs années.

La grille presque vide du Grand Prix des États-Unis 2005 à Indianapolis.

La grille presque vide du Grand Prix des États-Unis 2005 à Indianapolis. © Éric Vargiolu / DPPI

Le retour le plus durable et le plus significatif intervient en 2012 avec l’inauguration du Circuit des Amériques à Austin, au Texas — conçu par l’architecte Hermann Tilke apprécié du calendrier moderne, avec son premier secteur inspiré d’Istanbul Park, ses longues courbes rapides et son public texan enthousiaste. Lewis Hamilton a signé cinq victoires à COTA, le record du circuit, dont la dernière en 2019, où il remporte son sixième titre mondial. Le circuit accueille le Grand Prix des États-Unis de manière ininterrompue depuis son inauguration, malgré l’arrivée d’autres épreuves mises en place sur le territoire américain.

Le Grand Prix des États-Unis Ouest

Entre 1976 et 1983, le calendrier accueille un deuxième Grand Prix américain, baptisé Grand Prix des États-Unis Ouest, disputé sur le circuit de Long Beach, en Californie. Tracé dans les rues de la ville portuaire en banlieue de Los Angeles, Long Beach devient rapidement l’un des événements les plus glamour du calendrier mondial, attirant de plus en plus de spectateurs et de célébrités.

Le Grand Prix de Long Beach 1982.

Le Grand Prix de Long Beach 1982. © Eric Vargiolu / DPPI

Clay Regazzoni remporte la première édition en 1976 devant son coéquipier Niki Lauda. Mario Andretti, pilote américain et champion du monde 1976, triomphe devant son public en 1977. Gilles Villeneuve y signe une victoire mémorable en 1978 dans sa Ferrari, et Alan Jones s’impose en 1980 et 1981. La course disparaît du calendrier de Formule 1 après 1983, remplacée par des épreuves de Formule CART. Long Beach reste aujourd’hui un circuit emblématique de l’IMSA et de l’IndyCar.

Le Grand Prix du Caesars Palace

Las Vegas accueille sa propre épreuve distincte sous le nom de Grand Prix du Caesars Palace en 1981 et 1982. Le circuit, tracé dans le parking de l’hôtel-casino éponyme, est resté comme l’un des exemples les plus frappants de ce que la Formule 1 devrait aujourd’hui éviter. Sens anti-horaire, surface lisse comme du verre, virages plats et répétitifs sans le moindre intérêt technique, chaleur écrasante du désert du Nevada — le cocktail est unanimement détesté par les pilotes. Nelson Piquet y remporte son premier titre mondial en 1981 dans des conditions d’épuisement extrême, mettant quinze minutes à récupérer de ses émotions après avoir à peine franchi la ligne d’arrivée.

Le Grand Prix de Caesars Palace s'est déroulé sur un parking.

Le Grand Prix de Caesars Palace s’est déroulé sur un parking. © Thierry Bovy / DPPI

Michele Alboreto s’impose lors de la deuxième et dernière édition en 1982 sur sa Tyrrell. Les courses ne drainent que des foules clairsemées, la première édition ayant provoqué d’importantes pertes financières pour l’hôtel organisateur. La Formule 1 quitte Las Vegas après 1982, laissant derrière elle le souvenir d’un épisode que la discipline préfère oublier — avant d’y revenir triomphalement en 2023 sur le Strip, dans un format radicalement différent et résolument plus spectaculaire.

Le Grand Prix de Dallas

Dallas n’accueille qu’une seule et unique épreuve, le 8 juillet 1984, dans le quartier de Fair Park en proche banlieue du centre-ville texan. La course est restée dans les annales pour les pires raisons : organisée en plein mois de juillet pour éviter la pluie, elle se déroule sous une chaleur écrasante de près de 38°C, que les organisateurs n’avaient pas suffisamment anticipée. L’asphalte, incapable de résister à ces températures combinées aux charges imposées par les monoplaces, se désintègre progressivement au fil des tours, rendant la piste dangereuse et quasiment impraticable. Sur les vingt-six voitures au départ, seulement huit voient l’arrivée.

Nigel Mansell, épuisé après avoir poussé sa Lotus après avoir terminé le Grand Prix de Dallas en sixième position.

Nigel Mansell, épuisé après avoir poussé sa Lotus après avoir terminé le Grand Prix de Dallas en sixième position. © DPPI

La course est surtout mémorable pour l’image de Nigel Mansell, épuisé et déshydraté, qui tente de pousser sa Lotus en panne jusqu’à la ligne d’arrivée avant de s’effondrer d’épuisement. Keke Rosberg remporte l’épreuve chaotique devant un Ayrton Senna contraint d’abandonner sa Toleman à court de carburant. Des problèmes financiers majeurs — l’organisateur principal étant rapidement visé par une enquête du FBI pour détournement de fonds — combinés aux protestations des riverains du quartier majoritairement afro-américain de Fair Park, qui estiment n’avoir pas été consultés lors de la planification de l’événement, scellent définitivement le sort d’une deuxième édition qui n’aura jamais lieu.

Le Grand Prix de Miami

Le Grand Prix de Miami fait ses débuts en 2022 sur l’Autodrome International de Miami — un circuit semi-permanent construit autour du Hard Rock Stadium, domicile de l’équipe de football américain de Miami, les Dolphins. Son introduction répond à la volonté de Liberty Media d’ancrer la Formule 1 dans les grandes métropoles américaines, portée par le succès de la série Netflix, Drive to Survive qui a décuplé l’audience du sport au États-Unis.

La Formule 1 a organisé une course avec des voitures Lego à taille réelle lors du dernier Grand Prix de Miami.

La Formule 1 a organisé une course avec des voitures Lego à taille réelle lors du dernier Grand Prix de Miami. © Xavi Bonilla / DPPI

Le circuit, tracé dans le parking du stade, est critiqué à ses débuts pour son manque de zones de dépassement. Une statistique intéressante s’est par ailleurs imposée depuis ses débuts : le poleman n’a en effet jamais remporté la course — de 2022 à 2024, tous les polemen ont terminé deuxièmes, et en 2025, Max Verstappen, qui avait signé la pole, a terminé quatrième derrière le doublé McLaren d’Oscar Piastri et Lando Norris et la Mercedes de George Russell. L’épreuve adopte un format sprint depuis 2024.

Le Grand Prix de Las Vegas

Las Vegas fait son grand retour au calendrier de Formule 1 en 2023, cinquante ans après l’expérience désastreuse du parking du Caesars Palace en 1981 et 1982. Le nouveau circuit de Las Vegas est tracé sur le Strip — l’avenue centrale bordée de casinos et d’hôtels géants qui fait la renommée mondiale de la ville. La course se dispute de nuit, sous les néons des casinos, dans une atmosphère unique que n’offre aucun autre circuit du calendrier mondial.

La Formule 1 roule désormais sur le Strip de Las Vegas.

La Formule 1 roule désormais sur le Strip de Las Vegas. © Xavi Bonilla / DPPI

Max Verstappen remporte la première édition en 2023 dans une course nocturne disputée par des températures glaciales pour le Nevada — un paradoxe climatique qui force les équipes à revoir entièrement leurs réglages. George Russell s’impose en 2024 dans des conditions similaires, tandis que le quadruple champion du monde reprend la première place en 2025 après la disqualification des deux McLaren devant lui. Le Grand Prix de Las Vegas s’est rapidement imposé comme l’un des événements les plus spectaculaires du calendrier, même si son positionnement en novembre avec des températures nocturnes parfois proches de zéro reste un défi logistique et technique considérable.

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