C’était il y a bientôt trois ans, dans le quartier de Bréquigny, à Rennes. Les pleurs d’un petit garçon, né clandestinement quelques heures plus tôt dans la chambre d’une adolescente, avaient attiré une passante jusqu’au container à ordures où il avait été abandonné, lui offrant un miraculeux secours. Sauvé de l’obscurité, il avait été hospitalisé, puis placé auprès de la Sauvegarde de l’enfance.

Quelques jours plus tard, Mathilde Beaussault, professeur de français originaire de Lamballe, échange avec sa sœur, sage-femme dans le service de l’Hôpital Sud où l’enfant a été pris en charge. « Elle me raconte le séisme que ce bébé miraculé a provoqué. Qui pouvait avoir fait cela ? Dans quelle détresse peut-on se trouver, au XXIe siècle, pour arriver à un tel geste ? J’ai eu vent du pompier sauveteur et des policiers dans le service, de la réaction des soignants aussi. Sans le savoir, elle venait de poser les personnages de mon deuxième roman, La Colline ».

C’est un roman noir, qui interroge les aspects les plus sombres de la société. Mais j’y ai ajouté des rencontres qui donnent espoir et retissent de l’humanité. S’il y a une ressemblance avec les vrais protagonistes, elle ne peut être que totalement fortuite

« L’instruction touche à sa fin »

Mais plus rien de réel. « Je n’ai pas cherché à en savoir plus sur ces faits, évidemment soumis au secret de l’instruction. Habitant à Angers, je me suis mise dans une bulle pour composer ma propre trame, évoque l’autrice de 44 ans. C’est un roman noir, qui interroge les aspects les plus sombres de la société. J’y ai néanmoins ajouté les voix de personnages qui donnent espoir et retissent de l’humanité. S’il y a une ressemblance avec les vrais protagonistes, elle ne peut être que totalement fortuite ».

Interpellée par cette fiction, l’avocate rennaise de la jeune mère, Me Amina Saadaoui, souhaite évidemment préserver sa cliente. Désormais âgée de 19 ans, la jeune femme, sortie de détention provisoire en août 2024, est toujours mise en examen pour tentative de meurtre sur mineur de moins de quinze ans par ascendant. C’est elle qui avait placé le nourrisson dans un sac plastique, puis dans le container, juste après avoir accouché toute seule. Déchue de l’autorité parentale, elle vit, étudie et travaille, sous contrôle judiciaire, dans une autre région. « L’instruction est toujours en cours mais touche à sa fin. Ma cliente déploie énormément d’énergie pour éclairer et améliorer une situation personnelle compliquée. Originaire de Mayotte, elle était particulièrement isolée à Rennes. On espère que les choses vont bouger dans les prochains mois », détaille l’avocate.

« Je me bats sans réponse »

Me Saadaoui se désole que suite à la plainte pour viol, déposée par sa cliente à l’encontre du père de l’enfant, le 29 janvier 2024, « on en soit toujours au stade de l’enquête préliminaire ». « Et pourtant, on ne peut pas se passer de cette nouvelle procédure pour éclairer l’autre, insiste-t-elle. C’est un dossier qui pose énormément de questions, sur la solitude de ces jeunes filles face à la grossesse, la méconnaissance de leur propre corps, le poids des traditions et à la honte ».

L’avocate aimerait aussi pouvoir donner des nouvelles du petit garçon à la jeune femme. « Je me bats, sans obtenir de réponse. C’est très dur pour ma cliente, qui se sent invisibilisée, termine-t-elle. Elle est en attente et ne comprend pas ».