«Une décision sera prise très prochainement ». Sur son réseau Truth Social, le président américain Donald Trump laisse planer le doute : va-t-il réduire les « effectifs militaires américains » en Allemagne, comme il l’a suggéré mercredi ? Cette menace, aux allures de sanction, intervient après des propos piquants du chancelier allemand Friedrich Merz, pointant notamment un manque de stratégie des Etats-Unis en Iran.

Si depuis, les deux pays ont fait état de tensions apaisées et relations qui restaient « bonnes et inchangées », cet échange souligne l’électricité actuelle entre Berlin et Washington sur les questions de défense. Et ce n’est pas la première fois. « Ils ont déjà retiré des soldats, notamment pendant le premier mandat de Donald Trump », explique Stéphane Audrand, consultant en risques internationaux.

« Intérêt stratégique »

Historiquement, ce déploiement américain a diminué. Depuis la fin de la Guerre froide, la présence des forces militaires américaines en Allemagne est passée de 200.000 soldats dans les années 1990 à plus de 35.000 actuellement, selon le service de recherche du Congrès. « Il y a deux types de présence américaine : des unités de combat qui participent à la défense de l’espace européen, et de très gros dispositifs américains qui servent à la projection de la puissance et du commandement des Etats-Unis », précise Stéphane Audrand.

Ces bases sont donc essentielles pour le déploiement de troupes et de moyens militaires au Moyen-Orient, et ont été utilisées lors de la première Guerre du Golfe en 1991. Dans l’ouest de l’Allemagne, par exemple, la base de Ramstein est l’une des plus grosses bases de l’US Air Force. « Pour les Etats-Unis, l’Allemagne fonctionne comme un grand porte-avions terrestre permettant toutes sortes d’opérations, souligne Johanna Möhring, chercheuse associée à l’Université de Bonn, en Allemagne. Il y a un vrai intérêt stratégique pour les Américains de garder une présence en Allemagne ».

Réduction partielle

« Les mains du président Trump sont liées », complète Johanna Möhring, citant le « National Defense Authorization Act » adopté par le Congrès américain cette année. « La loi exclut toute réduction d’effectifs des troupes américaines en Europe, comprenant actuellement 85.000 soldats, en dessous de 76.000 soldats sans une évaluation approfondie établissant qu’un tel retrait a été convenu avec les alliés et qu’il ne compromet pas la sécurité des États-Unis et de l’Europe », rappelle-t-elle. Le prochain rapport américain sur son empreinte militaire à l’étranger devrait néanmoins pencher pour une réduction des effectifs pour se concentrer vers l’Asie, selon la chercheuse.

« Clairement, ils ont besoin de leurs bases européennes », abonde Stéphane Audrand. Toutefois, les Etats-Unis peuvent décider de miser sur d’autres pays tels que la Pologne, au grand dam de Berlin, sous parapluie américain. « L’Allemagne mise encore tout sur les Etats-Unis pour sa stratégie de défense, note le consultant. A chaque fois que les Américains ont cette attitude, la stratégie de Berlin est fragilisée ».

L’Otan en ligne de mire

Guillaume Ancel, ancien officier et auteur du blog Ne pas subir, déplore une « menace grave » de Donald Trump. « Ce n’est pas le problème de 10.000 soldats en plus ou en moins sur une base militaire, analyse-t-il. Cela s’inscrit dans une volonté plus large de quitter la défense de l’Europe ». Pour lui, les cibles sont claires : derrière l’Allemagne, c’est l’Otan et les pays européens que remet en cause le président américain. « Et c’est un excellent signal envoyé à Vladimir Poutine », grince l’ancien officier.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le président américain n’a pas mâché ses mots contre ses alliés, agacé par leur manque de soutien notamment sur la sécurisation du détroit d’Ormuz. Plus globalement, Tump multiplie les déclarations sur son envie de quitter l’alliance nord-atlantique. « Les discussions sur le partage du fardeau sont aussi vieilles que l’Alliance », indique Johanna Möhring. Et d’ajouter : « Ce qui est nouveau, et qui avait déjà commencé sous la première présidence Trump, c’est l’insistance sur le transfert du fardeau de défense vers les alliés européens. »

« La vision de Donald Trump est celle d’une diplomatie transactionnelle : il souhaite un maximum de relations bilatérales entre les Etats-Unis et des pays plus faibles. Or l’Europe est un groupe de pays unis qui lui dit non », décrypte Stéphane Audrand. Et pour imposer son schéma vertical, « il mélange tout : droits de douane, défense, partenariat stratégique… », énumère-t-il. En attendant, l’Europe, et surtout l’Allemagne « font le dos rond ».