L’inévitable mutation du métier de facteur
Si Chris Peeters a décidé de prendre la parole dans les médias, c’est d’ailleurs parce qu’il a compris que le point de vue de l’entreprise n’était pas entendu. « Il y avait un tas de fausses informations. »
Inquiétude supplémentaire
Sa position se veut d’abord empathique, histoire de ne pas faire capoter la fragile reprise du dialogue. Il dit ainsi comprendre le « sentiment d’inquiétude des collaborateurs dans le cadre du plan de transformation », qui vise notamment à s’adapter à la baisse de l’activité du courrier au profit de la distribution de colis, elle, en nette croissance. Avec comme « grand défi » la flexibilité des horaires où on demande aux postiers de commencer et terminer leur journée plus tard.
Le CEO a constaté qu’il y a eu énormément de « fausses informations » qui ont circulé, qui ont contribué à créer une inquiétude supplémentaire. Ces fausses informations ont porté notamment sur les demandes de la direction sur la variabilité des horaires d’un jour à l’autre ou l’imposition du travail le dimanche. « Il n’y a jamais eu un plan de la sorte », assure-t-il. « Bpost ne va jamais faire des choses illégales ».
Service minimum
Face aux désagréments causés par cette grève, sa première réaction est de « s’excuser. » « Malheureusement, on n’a pas réussi à remplir notre mission vis-à-vis des citoyens », dit-il. Quand on lui demande s’il n’y avait pas moyen d’assurer un service minimum, il renvoie la balle au « monde politique qui doit avoir une discussion sur cette question. » Tout en rappelant qu’un service minimum serait « complexe à mettre en œuvre » pour l’activité colis car il s’agit d’une activité concurrentielle.
Bpost : ce que trois semaines de grève révèlent de l’entreprise
Face à la tendance de fond d’une baisse du courrier, il rappelle que le Danemark a décidé de ne plus le distribuer et qu’aux Pays-Bas, la question se pose s’il faut faire pareil. « J’étais la semaine dernière, avec dix de mes collègues européens, à la Commission européenne pour parler du service universel. Tous faisaient passer le message (à la Commission, NdlR) de ne pas s’occuper à réguler une activité qui est en déclin. » Il y voit une preuve de plus sur la nécessité d’appliquer ce plan de transformation qui « doit se faire d’urgence. Tous mes concurrents acceptent de distribuer les colis à des heures tardives. Que vont dire mes clients s’ils n’ont pas la même offre chez bpost ? » martèle-t-il.
Il faut savoir que le mouvement de grève s’inscrit dans le cadre du plan de transformation mais aussi du renouvellement de la CCT (Convention collective de travail).
Sur le plan de transformation, la direction et les syndicats sont arrivés à s’accorder sur un « cadre » (avec comme engagement majeur la fin de la journée de travail « vers dix-sept heures » pour une grande majorité de postiers).
« Je ferai tout pour regagner la confiance des clients mais ce n’est pas devenu plus facile. »
Sur la CCT, les discussions sont loin d’être abouties. Chris Peeters s’abstient de se montrer confiant. « Je ne vais rien dire d’une négociation en cours. On va prendre le temps nécessaire pour y arriver ». Ne craint-il pas de nouveaux mouvements de grève si ça se passe mal ? « Je ne l’espère pas parce que l’entreprise n’est pas dans une position où elle peut se permettre grand-chose ni vis-à-vis de nos citoyens, ni d’un point de vue commercial, ni au niveau de l’emploi ».
Vu les dégâts causés par la grève : un plan social n’est-il pas inéluctable ? Chris Peeters se montre prudent. « Je n’ai pas encore des informations sur l’impact d’éventuelles pertes de clients », répond-il. Tout en répétant qu’il reste déterminé à ne pas appliquer un plan social. « Je ferai tout pour regagner la confiance des clients mais ce n’est pas devenu plus facile. »
Grève chez bpost : des discussions « intenses » pour un plan de transformation crucialUn bureau par commune ?
À la question d’une grève nettement plus répandue à Bruxelles (où il y avait encore deux bureaux en grève mercredi) et en Wallonie (où le travail a repris partout), il refuse de faire des commentaires.
Chris Peeters se montre également prudent sur les économies que veut faire le gouvernement (50 millions par an) ainsi que sur le souhait de la ministre des Entreprises publiques, Vanessa Matz (Les Engagés) de maintenir un bureau de poste par commune. « On ne peut pas faire la même chose pour un budget qui est moindre », prévient-il néanmoins.