Par
Clément Mazella
Publié le
29 avr. 2026 à 18h39
Le rugby français dit non. Les entraîneurs de Top 14 et de Pro D2 sont clairement favorables à l’exclusion 20 minutes comme elle est actuellement appliquée dans les championnats professionnels français. Une pratique différente du carton rouge 20 minutes de World Rugby mis en place à l’international et qui suscite de gros doutes de la part du rugby français. Aussi bien sur le fond que sur la forme. Auprès d’Actu Rugby, Mathieu Raynal pointe aussi du doigt un bunker « complètement inutile ». Explications.
Un carton rouge 20 minutes qui divise en France
Expérimenté depuis 2024, le carton rouge 20 minutes divise. « Sur le fond, on émet de sérieux doutes sur la manière dont il est utilisé », admet après d’Actu Rugby Mathieu Raynal, le responsable de la cellule de haute performance de l’arbitrage à la FFR.
« Dans les directives de World Rugby, une charge directe à l’épaule dans le genou, c’est carton rouge définitif. Comme une morsure, un coup de poing ou de tête. Soit. Sauf que quand l’instance définit ce qu’est un carton rouge de 20 minutes, elle évoque par exemple la charge à l’épaule dans la tête », indique Raynal.
Une incohérence qui interroge les instances françaises. « Nous avons questionné World Rugby, qui a pris des mesures fortes qui vont dans le bon sens depuis des années pour protéger la tête, sur cette directive et cette différence de sanction entre la charge dans le genou et celle dans la tête. Nous avons du mal à comprendre ».
Un problème de lisibilité pour le public
Autre critique majeure : la confusion. En France, le choix a été fait d’introduire un carton orange, pour éviter toute ambiguïté. « On s’est dit qu’il serait bien d’amener de la clarté en changeant la couleur, sinon les spectateurs présents au stade n’allaient pas comprendre », précise Raynal.
L’ancien arbitre met en avant un exemple frappant : « Quand Dorian Aldegheri a reçu un carton rouge lors du 1/4 de finale de Champions Cup, l’ensemble des gens présents dans les tribunes pensaient que c’était un rouge définitif. Or ce n’était qu’une sortie de 20 minutes ».
Cette couleur orange, elle est « importante afin de simplifier les choses et les rendre plus lisibles pour les gens présents au stade, ou devant leur télévision ».
Et pour Mathieu Raynal, ce carton rouge de 20 minutes utilisé à l’international « pose un problème de compréhension, dans la mesure où on souhaite rendre notre sport plus accessible et le démocratiser. Il y a besoin d’apporter de la simplicité et de la lisibilité ».
« On s’en sortait très bien avec le carton jaune et le carton rouge »
Au-delà du fond et de la forme, la nécessité même de ce carton intermédiaire est remise en cause. « Jusqu’à présent, les arbitres s’en sortaient très bien avec le carton jaune et le carton rouge. Après, j’admets que des fois, nous nous sommes dit que si nous avions un carton intermédiaire, ça serait intéressant ».
Raynal reconnaît quelques cas limites… mais ils restent rares : « Une quinzaine sur une saison complète de Top 14 et de Pro D2 ». Autrement dit : un changement fort pour des situations marginales.
Disposer de trois cartons distinctifs n’est pas dérangeant, mais le patron des arbitres insiste sur une chose : « les arbitres centraux, avec les assistants à la touche et le préposé à la vidéo, doivent être à même de prendre la décision la plus appropriée, surtout si tu leur laisses 3 options ».
Une remarque qui fait écho au rôle des arbitres sur la scène internationale. En effet, l’arbitre central n’a pas le droit de donner un carton rouge de 20 minutes. Il doit envoyer la décision au bunker. Et le bunker n’a pas le droit de donner un rouge définitif.
Une « incohérence » dénoncée par Mathieu Raynal. « Dans la mesure où les meilleurs arbitres sont sur le terrain, ils devraient être à même de donner toutes les sanctions à leur disposition. Et quand bien même l’action va au bunker, l’arbitre du bunker doit être en mesure d’attribuer un rouge définitif si l’action le mérite ».

En France, l’exclusion de 20 minutes est symbolisée par un carton orange, bien plus lisible pour le spectateur. (©Icon Sport)Le bunker est « complètement inutile »
Un bunker jugé « complètement inutile » par les Français. « Cela nécessite une mise en place dans les stades, de déplacer et payer des arbitres supplémentaires. C’est mettre beaucoup d’argent pour finalement peu de résultats. C’est peu utilisé, et tes meilleurs arbitres, eux, sont sur le terrain. Ils devraient être à même de décider rien qu’avec les images », juge Raynal.
World Rugby avait expliqué sa présence afin de gagner du temps lors des rencontres. « Nous avons démontré sur la dernière fenêtre de novembre que les appels au bunker n’en ont pas fait gagner par rapport à un appel vidéo classique », assure Raynal.
L’explication est simple : « Quand il y a utilisation du bunker, l’arbitre arrête le temps, regarde les images à la vidéo, puis décide d’envoyer la situation dans le bunker, et arrête le temps une seconde fois pour faire part de la décision prise aux deux capitaines. D’un seul arrêt du temps avec la vidéo classique, il est au nombre de deux avec le bunker ».
Le rugby français défend le bon sens
Un côté « contestataire » pourrait être perçu. Sauf que le rugby français agit ainsi pour une simple et bonne raison : « défendre les points qui semblent être du bon sens et mettre la sécurité des joueurs au-dessus de tout, et ce quel que soit le contexte ».
Raynal estime que « la plus haute sanction de notre sport, qui est le carton rouge définitif, doit être préservée et être appliquée quand un joueur, par un acte dangereux, met en jeu l’intégrité physique d’un adversaire ».
Une ligne défendue depuis le début par Florian Grill et la FFR. « La démocratisation et la protection de notre sport passent par mettre la sécurité au-dessus de tout le reste ».
Le shape of the game à la française : qu’est-ce que c’est ?
Après le Shape of the game de Londres en février dernier, les instances tricolores se sont réunies pour la version française du Shape of the game le 13 mars à Paris. Le but : être force de propositions et être crédibles auprès de World Rugby. Tous les entraîneurs de Top 14 et Pro D2, tous les arbitres, la DTN, les entraîneurs des équipes de France, Canal +, la LNR, Provale, Tech XV, et la FFR étaient présents.
« On prend des positions communes quand elles font consensus », appuie Mathieu Raynal auprès d’Actu Rugby. Le but n’est pas d’être contestataire face à World Rugby, mais plutôt de prôner des idées qui ont du bon sens et qui protègent les joueurs.
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