Serap Doğansoy
01 Mai 2026•Mise à jour: 01 Mai 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
À la veille du 1er-Mai, le gouvernement français a annoncé un assouplissement exceptionnel permettant aux boulangers et fleuristes indépendants de faire travailler leurs salariés sur la base du volontariat, tout en maintenant officiellement le principe d’un jour « férié, chômé et payé ».
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué le 17 avril qu’une instruction serait adressée aux services de l’État afin que ces commerces ne fassent pas l’objet de sanctions, à condition que les salariés soient volontaires et bénéficient d’une rémunération au moins doublée. Cette décision intervient après l’abandon d’une proposition de loi visant à élargir le travail ce jour-là, rejetée à l’Assemblée nationale à la suite de l’adoption d’une motion préalable.
Dans le même temps, l’exécutif a renoncé à convoquer une commission mixte paritaire (CMP, organe réunissant députés et sénateurs chargé de trouver un compromis sur un texte législatif), renvoyant toute évolution du cadre juridique à un futur projet de loi annoncé pour 2027.
En l’état du droit, le 1er-Mai demeure le seul jour férié obligatoirement chômé et payé pour les salariés en France, conformément à l’article L.3133-4 du Code du travail. Tout employeur contrevenant à cette règle s’expose à une amende de 750 euros par salarié concerné, voire 1 500 euros pour un mineur. Les salariés bénéficient, de leur côté, d’une indemnité équivalente au salaire qu’ils auraient perçu s’ils avaient travaillé.
Des dérogations existent néanmoins pour les établissements dont l’activité ne peut être interrompue en raison de contraintes techniques ou de service public, comme les hôpitaux, les transports, l’hôtellerie-restauration ou certaines industries fonctionnant en continu. Dans ces cas, les salariés travaillant le 1er-Mai doivent percevoir une indemnité au moins égale au double de leur rémunération habituelle.
En revanche, pour les commerces de proximité tels que les boulangeries, pâtisseries ou fleuristes, la loi autorise l’ouverture mais interdit en principe l’emploi de salariés ce jour-là. Les artisans peuvent toutefois travailler seuls ou avec des membres de leur famille non salariés. Une décision de la Cour de cassation rendue en 2006 a confirmé qu’aucune dérogation automatique ne s’applique à ces secteurs, imposant aux employeurs de démontrer l’impossibilité d’interrompre leur activité pour justifier le recours au travail salarié.
L’assouplissement annoncé pour 2026 vise à répondre aux tensions croissantes observées ces dernières années, après plusieurs contrôles et sanctions infligés à des artisans ayant fait travailler leurs employés le 1er-Mai, notamment dans certaines régions. Le gouvernement cherche ainsi à éviter un nouveau conflit à l’approche de la Fête du travail, marquée cette année par une mobilisation syndicale accrue.
Les principales organisations, dont la Confédération française démocratique du travail (CFDT) et la Confédération générale du travail (CGT), ont fermement rejeté toute remise en cause du caractère exceptionnel du 1er-Mai. Elles ont obtenu le retrait du projet de loi initial, soutenu notamment par l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, qui proposait d’élargir le travail à un périmètre plus large incluant les commerces de bouche et certains établissements culturels, comme les cinémas ou les théâtres.
Face à ces oppositions, le gouvernement privilégie désormais une approche progressive, reposant sur des négociations par branche professionnelle. Le futur projet de loi devrait permettre, « dans les conditions fixées par un accord de branche », d’autoriser certains commerces artisanaux à employer des salariés volontaires le 1er-Mai, avec une rémunération doublée.
D’ici là, l’exécutif mise sur une gestion administrative temporaire, sans modification immédiate de la loi, ce qui crée une situation intermédiaire entre le droit en vigueur et son application concrète.
À l’échelle européenne, la majorité des États membres de l’Union européenne célèbrent également la Fête du travail le 1er-Mai, mais seuls quelques pays, dont la France, l’Espagne et la Pologne, imposent un repos obligatoire, sauf pour les activités essentielles.
Ce nouvel épisode met en lumière les tensions persistantes entre la protection des droits des salariés et les contraintes économiques des commerces de proximité, dans un contexte de débat plus large sur l’évolution du droit du travail et du dialogue social en France.