Il souffre d’un handicap invisible. Maxime Mermoz, ancien joueur du XV de France, a accepté de se livrer sur son calvaire. Dans les colonnes du site Actu Rugby, l’ancien sportif international aujourd’hui âgé de 39 ans est officiellement reconnu comme personne handicapée par la MDPH (Maison départementale des personnes handicapées).
“Un sport où on prend des chocs à pleine vitesse”
« Le but, ce n’est pas de taper sur le rugby. Les meilleurs souvenirs de ma vie sont liés à ce sport, je ne connais quasiment rien d’autre qui fasse vivre des émotions comme ça. Mais c’est un sport où on prend des chocs à pleine vitesse. Et ce qui m’est arrivé est clairement lié au rugby car j’ai pris des chocs directs… Il y a une prise de conscience autour des commotions cérébrales aujourd’hui, c’est bien. À mon époque, c’était ‘marche ou crève’. Si tu te plaignais de quoi que ce soit, tu passais pour un faible », confie Maxime Mermoz.
Sa vie a été chamboulée par d’importantes douleurs. « À un moment, chaque seconde était une souffrance. Je n’ai jamais pensé à me suicider car pour moi, c’est pour les faibles, c’est de l’abandon, mais ce n’était plus que de la survie. Je ne vivais plus ». Tout débute en 2015 avec des acouphènes et la sensation d’avoir les oreilles pleines d’eau. Malgré les semaines qui passent, la douleur ne s’apaise pas. « Un jour, j’étais en scooter et d’un coup, j’ai eu des vertiges. J’ai réussi à m’arrêter mais des supporters m’ont trouvé par terre en plein malaise devant la Poste à Carqueiranne. C’était la première fois que ça m’arrivait. » Face aux symptômes, les ORL évoquent la maladie de Ménière.
Des vertiges
Deux ans plus tard, en 2017, la situation bascule. « J’étais en pleine forme pendant la prépa l’été, j’avais l’impression d’avoir 20 ans. Au moment où on atterrit, les acouphènes reviennent alors que je n’en avais pas eu depuis plusieurs mois. Ensuite, durant un entraînement, je sens qu’une crise de vertiges revient. Sauf que celle-là ne s’arrête pas. À partir de ce moment-là, j’ai commencé à vivre dans un état vertigineux permanent. C’est le début d’un véritable calvaire. »
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Les douleurs continuent et aucun médecin ne parvient à le soulager. « Je lève ma 2e saison de contrat à Newcastle car je n’étais pas à 100 %. Même vivre normalement m’était impossible. Je ne pouvais pas me lever du lit à certains moments. Il m’arrivait de tomber d’un coup en plein entraînement, je n’arrivais plus à faire de la musculation. […] Pour x raisons, ma famille et mes amis n’ont plus mon numéro de téléphone. Beaucoup m’en ont voulu… Mais pendant un an, je me suis isolé. Je croise des anciens joueurs qui sont agressifs, qui ne comprennent pas que j’ai disparu, qui me font des reproches. Ils ne savent pas ce que j’ai vécu. »
Des douleurs intenses
L’ancien joueur raconte sans détour à Actu Rugby le cauchemar qu’il a vécu : « Je ne pouvais pas regarder mon téléphone certains jours car les écrans me provoquaient des vertiges. Tous mes réflexes et mon système nerveux étaient affectés. Je ne pouvais même pas regarder une personne dans les yeux car mes yeux ne tenaient pas, je tombais. » Et d’ajouter : « Il faut imaginer que parfois, j’étais en slip dans mon lit, entre 4 murs et les volets fermés. Je ne pouvais ni entendre de sons, ni voir de lumière. Je ne pouvais rien faire et j’attendais comme ça, face à un mur, que le temps passe ».
Il décide de mettre un terme à sa carrière sportive. « Pour tout vous dire, je devais prendre un bus pour aller voir les spécialistes car je ne pouvais plus conduire. Quand je prenais la route, tout se mettait à tourner parfois et je devais me déporter sur la bande d’arrêt d’urgence. Je mettais ma vie en danger tous les jours. » Malgré la douleur et la dépression, il continue de se battre pour son fils. Il reste deux ans et demi en arrêt maladie. « La question n’était plus de savoir si j’allais rejouer au rugby, mais si j’allais retrouver une vie normale. »
Un traitement salvateur contre une rupture hémato-labyrinthique
Une ORL met enfin un nom sur sa maladie : il souffre d’une rupture hémato-labyrinthique. « C’est une rupture dans le labyrinthe de l’oreille. C’est comme des fissures. Avec les émotions et les chocs, ça s’ouvre petit à petit et ça crée un dysfonctionnement en laissant passer des liquides là où il ne faudrait pas. » Il réalise des injections de très puissants anti-inflammatoires qui permettent de le soulager. « Le produit pouvait provoquer des pertes d’audition mais comme j’avais déjà perdu presque 60 % à l’oreille gauche avec tout ça, on a tenté le coup. »
Aujourd’hui, les crises se sont espacées : « Je me suis remis au sport mais je fais toujours très attention. Et je n’entends pas bien les sons graves d’une oreille. Quand je suis au restaurant ou à table chez des amis, je me mets tout le temps sur la gauche pour mieux entendre avec mon oreille droite. Je suis souvent invité à des événements mais, dès qu’il y a de la musique ou du bruit, je n’entends plus rien. » Pour lui, les coups reçus pendant sa carrière sportive ne sont pas sans lien avec sa maladie : « J’ai pris des coups de poing dont je me souviens très bien mais à l’époque, il n’y avait pas la vidéo comme maintenant. »
Sources
“Maxime Mermoz est aujourd’hui handicapé : l’ancien joueur du XV de France témoigne de son calvaire”, Actu Rugby, 28 avril 2026.