D’un empire à l’autre, cette sélection compose une cartographie des pouvoirs. La taïga russe devient mémoire culturelle et ressource menacée ; la géopolitique contemporaine réactive la peur d’un conflit global ; un roman mexicain revient sur des prisonniers byzantins aveuglés ; Pamela Churchill traverse les salons de guerre ; l’économie mesure un marché longtemps laissé aux marges. Chaque livre observe une violence, matérielle ou symbolique, inscrite dans des récits durables, des archives, des légendes et des chiffres.

Histoire – La Russie racontée par sa forêt

The Oak and the Larch: A Forest History of Russia and Its Empires (« Le chêne et le mélèze. Une histoire forestière de la Russie et de ses empires »), de Sophie Pinkham, William Collins, 2026.

De la frontière polonaise à Vladivostok, de la mer Baltique aux montagnes du Caucase et du cercle arctique aux steppes de l’Asie centrale, la forêt couvre la moitié du territoire de la Russie. Avec un cinquième de la surface boisée de la Terre, elle constitue le plus vaste ensemble forestier du monde.

Dans l’histoire russe, sa culture et son imaginaire, cette forêt occupe une place centrale. Les écrivains l’ont célébrée ; les pouvoirs l’ont exploitée, détruite, protégée ou restaurée selon les époques. Elle sert aussi de refuge, de frontière, de réserve économique et de décor mythologique. Dans The Oak and the Larch, Sophie Pinkham retrace cette histoire complexe, traversée par les figures de Baba Yaga, du Liéchi et de la taïga sibérienne.

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Prospective – Qui a peur de la troisième guerre mondiale ?

The Next World War (« La prochaine guerre mondiale »), de Peter Apps, Wildfire, 2026.

La prochaine guerre mondiale n’aura pas lieu, dirait peut-être Giraudoux ; c’est ce que d’excellents esprits pensaient à la veille de la première, puis à la veille de la seconde. Journaliste à l’agence Reuters et ancien officier de réserve de l’armée britannique, Peter Apps évalue la probabilité qu’une guerre mondiale survienne dans la prochaine décennie à 30-35 %.

Le livre s’inscrit dans un moment de saturation informationnelle. La Booksletter rappelle qu’une enquête internationale menée chaque année par Reuters signale une forte progression de l’évitement de l’information : la proportion de personnes déclarant éviter quelquefois ou souvent les nouvelles passe en moyenne de 29 % à 40 % entre 2017 et 2025.

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Roman historique – On aveugle bien les prisonniers

El ejército ciego (« L’armée aveugle »), de David Toscana, Alfaguara, 2026.

Aveugler des prisonniers ou un adversaire constituait une pratique courante dans l’Empire byzantin. Au début du XIe siècle, son principal adversaire était la Bulgarie du tsar Samuel. En 1014, l’empereur Basile II lui infligea une cuisante défaite au col du Kleidion, au nord de Thessalonique.

On rapporte qu’il fit aveugler 15.000 prisonniers, laissant borgne un homme sur 100 afin que les aveugles regagnent leur foyer. David Toscana transforme cet épisode en épopée littéraire. Le romancier mexicain redonne voix aux vaincus et fait d’une tragédie collective une méditation sur la guerre, la survie et la dignité humaine.

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Biographie – La phénoménale Pamela Churchill

Kingmaker: Pamela Churchill Harriman’s Astonishing Life of Seduction, Intrigue and Power (« Faiseuse de rois. Une vie toute de séduction, d’intrigues et de pouvoir »), de Sonia Purnell, Virago Press, 2024.

Elle était presque rousse et assez replète. Malgré des yeux saphir, la jeune Pamela échoue à décrocher un aristocrate digne de son rang lors de la « saison » londonienne de 1937. Humiliée, elle se rabat sur Randolph Churchill, fils de Winston, dont la réputation d’alcool, de dépenses et de conquêtes ne relève pas de la légende.

Le mariage se révèle désastreux, mais son beau-père remarque aussitôt son intelligence et sa capacité d’écoute. Quand Winston Churchill devient Premier ministre, Pamela vit à Downing Street et fréquente les puissants du royaume. Elle recueille confidences et analyses, puis livre ce matériau politique à celui qui dirige la Grande-Bretagne en guerre.

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Économie – Le marché du sexe, c’est compliqué

Sex Work by Numbers (« Le travail du sexe en chiffres »), de Stef Adriaenssens, Emerald Publishing, 2026.

Pour des raisons évidentes, et d’autres moins, le marché du sexe échappe largement à l’analyse économique. Les chercheurs qui s’y intéressent privilégient souvent les approches épidémiologiques ou psychologiques. Selon The Economist, le seul marché du porno, qui ne représente qu’une fraction du total, atteint 100 milliards de dollars de chiffre d’affaires par an, soit deux fois plus que celui de l’IA.

Les économistes recourent parfois à des méthodes de terrain proches de celles employées par les écologistes pour évaluer des populations d’oiseaux. Une étude menée au Rwanda évalue entre 9.000 et 23.000 le nombre de femmes pratiquant la prostitution de rue. Une autre, conduite par des chercheurs de l’université catholique de Louvain sur un site de rencontres, estime qu’entre 0,15 % et 0,18 % des femmes de 15 à 49 ans sont engagées dans le travail du sexe.

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Books est mort, vive Books ! En attendant peut-être un jour le magazine lui-même, voici la Booksletter qui renaît de ses cendres grâce à l’Association Les Amis de Books. Pour adhérer à l’association, écrivez à lesamisbooks@gmail.com. Pour faire un don ou pour en savoir plus sur ce projet, rendez-vous sur leur page HelloAsso.

Tableau : Forêt de pins, Ivan Chichkine, Huile sur toile, 1872

Par Nicolas Gary
Contact : ng@actualitte.com