DÉCRYPTAGE – La province irlandaise n’a plus remporté la compétition européenne depuis 2018, enchaînant depuis quatre échecs douloureux en finale. Le déclin semble amorcé.

Depuis quelques saisons, la question revient avec de plus en plus d’insistance. La légendaire province du Leinster est-elle sur le déclin ? En cause, un palmarès qui peine à se garnir depuis sept ans. En Champions Cup, cible prioritaire de la province irlandaise, la glissade est indéniable. Quatre sacres entre 2009 et 2018. Puis quatre finales perdues (2019, 2022, 2023 et 2024). La saison dernière ? Les Leinstermen ont chuté dès les demi-finales, terrassés à Croke Park par les Saints de Northampton (34-37). Un échec cuisant qui a fait très mal.

Ce n’est guère mieux en United Rugby Championship (le championnat mettant aux prises les provinces irlandaises, écossaises, galloises et italiennes ainsi que les franchises sud-africaines). Le Leinster l’a remporté en 2025, son premier titre depuis 2021. Mais cette saison, après 16 journées, Gibson-Park et ses coéquipiers ne pointent qu’à la 4e place, avec six défaites dont la dernière, il y a une semaine à Trévise (29-26) avec l’effectif quasi au complet, n’a pas manqué d’inquiéter les supporters dublinois avant le choc contre Toulon, ce samedi à l’Aviva Stadium. Sans doute se souviennent-ils que, mi-janvier, leur équipe avait été accrochée par le Stade Rochelais, ne s’imposant que sur la plus infime des marges (25-24) pour ce qu’on peut qualifier de hold-up tant les Maritimes avaient dominé…


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Jonathan Sexton attend toujours son héritier

Un déclin dû, en partie, au vieillissement des troupes. Josh van der Filer et James Lowe ont 33 ans, James Gibson-Park 34, le pilier français Rabah Slimani 36. Les centres irlandais Robbie Henshaw et Garry Ringrose commencent à accuser le poids des campagnes en enchaînant les blessures. Pour ne rien arranger, le All Black Rieko Ioane (88 sélections, 38 essais), recruté comme facteur X, peine à s’épanouir en Irlande avec seulement 3 essais inscrits en 13 apparitions sous le maillot bleu. Et puis (surtout ?), le patron pendant près de quinze ans du Leinster, Jonathan Sexton, n’a toujours pas trouvé son héritier à l’ouverture. Le costume est trop grand pour Sam Prendergast, désormais doublé par Harry Byrne. Qui est loin d’être le meilleur 10 du monde…

Des joueurs moins rayonnants donc. Pour un jeu bien moins chirurgical que par le passé. Leur ratio points marqués/entrées dans les 22 mètres adverses diminue ainsi saison après saison. Cette saison, le Leinster n’affiche ainsi que la 5e attaque de la Champions Cup, avec 29 essais inscrits en six rencontres, bien loin des 40 de l’UBB. Et pourtant, les Irlandais jouent beaucoup (2e en nombre de passes). Mais aucun joueur de la province de Dublin n’apparaît dans le top 5 des statistiques qui comptent (franchissements, défenseurs battus, mètres parcourus, plaquages réussis, turnovers gagnés…). Des individualités en retrait (et la confiance de plus en plus battue en brèche) pour un collectif moins huilé en résumé.

Le staff remis en question

La question du staff mérite également d’être posée. À sa tête, Léo Cullen est en place depuis dix ans. Et peine à trouver des solutions. Quant à l’entraîneur principal, le Sud-Africain Jacques Nienaber (et ancien sélectionneur des Springboks qu’il mena au titre mondial en 2023), ses tropismes défensif et physico-physique ont abouti à manque de créativité offensive de plus en plus criant.

Le Leinster a beau disputer ce samedi la 17e demi-finale de Champions Cup de son histoire (égalant le record Stade Toulousain) – et sa 6e consécutive -, il ne dégage plus l’impression de toute-puissance qui fut longtemps sa marque de fabrique. Leur marge se réduit. Une élimination à domicile face au RCT ce samedi confirmerait que la riche province approche de la fin d’une ère, celle d’une génération dorée qui lui aura apporté beaucoup de lauriers ces quinze dernières années.