REPORTAGE – Le parc zoologique de Paris attire chaque année des centaines de milliers de visiteurs. Grand classique des sorties nature en ville, il constitue pour certains un rituel de vacances, pour d’autres une première fois très attendue. Nous avons arpenté ses allées.

Ce mercredi d’avril, sous un ciel ensoleillé, une atmosphère joyeuse règne devant le parc zoologique de Paris. Petits et grands s’agglutinent, impatients de découvrir les quelque 3150 animaux du site. «Nous allons voir des lions ?» demande un enfant à ses parents. Dès les premiers pas, des applaudissements collectifs s’élèvent près de l’enclos des manchots de Humboldt, originaires d’Amérique du Sud. Créé en 1934 par le Muséum national d’histoire naturelle et la Ville de Paris, le parc situé dans le 12e arrondissement promet un dépaysement presque au cœur de la capitale.

Longtemps, le « zoo de Vincennes » a pourtant traversé une zone de turbulences. Dégradé, vieillissant, il se vide progressivement de ses pensionnaires au début des années 2000, avant de fermer plusieurs années pour une reconstruction complète. Rouvert en 2014, il change de nom et de récit : moins ménagerie d’un autre temps qu’outil de conservation et de médiation scientifique.


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Aujourd’hui le succès est au rendez-vous. En 2025, près de 579.000 visiteurs s’y sont pressés, un chiffre en progression de 5,4% par rapport à l’année précédente, ce qui le place parmi les trois zoos les plus fréquentés de France. Pourtant, ces établissements cristallisent un paradoxe : alors que leur fréquentation ne se dément pas, le bien-être des animaux captifs occupe une place grandissante dans le débat public, nourri par les enquêtes d’opinion et les prises de position d’associations de défense animale.

Entre émerveillement et pédagogie

Le bassin des otaries accueille chaque jour des séances de nourrissage commentées par les soigneurs.
Emmanuelle Blanc

Aller au zoo, n’est-ce pas d’abord la promesse de s’approcher d’un monde sauvage fascinant ? Devant l’enclos des lions, dans la zone africaine, des jeunes visiteurs chantonnent en chœur la chanson emblématique du Roi Lion. Le parc est organisé autour de cinq biozones – Afrique, Patagonie, Europe, Amazonie-Guyane, Madagascar – qui reconstituent autant d’écosystèmes sur 14,5 hectares. Virginie Clerc, infirmière parisienne de 32 ans, surveille du coin de l’œil ses trois enfants se pressant contre la vitre des pumas, ces animaux solitaires originaires d’Amérique. Macéo, un mâle de 17 ans, se déplace lentement aux côtés de Kali, sa compagne. «Incroyable», souffle une voix. Habituée, Virginie sourit : «À chaque fois que nous avons un enfant, nous revenons. Cela les occupe pendant les vacances, ils adorent voir les animaux.»

Dans l’un des deux restaurants du parc, face au Grand Rocher – cette immense silhouette de béton de 65 mètres qui domine le site –, les familles déjeunent en observant les nandous, ces grands oiseaux d’Amérique du Sud. «C’est ludique, c’est un moyen d’apprendre beaucoup de choses», explique Thomas Lestut, data analyst qui a fait le déplacement depuis Montpellier. Pour le trentenaire, l’exploration représente avant tout une expérience pédagogique pour ses deux fils de 5 et 7 ans. «C’est intéressant pour un enfant de découvrir de nouvelles espèces. C’est notre dernière grande visite avant de rentrer.»

Le zoo n’attire pas seulement les familles. Dans la serre tropicale d’Amazonie-Guyane, certains voyageurs de passage viennent aussi y chercher une parenthèse dépaysante. Un jeune couple espagnol, en séjour à Paris, a choisi de s’y arrêter par curiosité. «Je n’ai pas l’impression d’être dans la capitale», confie la jeune femme, émerveillée par la végétation luxuriante qui l’entoure. L’occasion d’observer des ficus géants, des lianes et une multitude de plantes tropicales. «Le zoo apparaissait dans nos recommandations TikTok», explique son compagnon. Tous deux se disent séduits par cette expérience «vivante», qui «change des musées».

Bien‑être animal et récit de la conservation

Unaï, femelle lamantin de 2 ans arrivée au parc zoologique de Paris en mars 2024, fait partie d’un programme européen de conservation et de réintroduction.
Iman Benotmane – Le Figaro Voyage

Au cœur du parc, de larges baies vitrées dévoilent la clinique vétérinaire aux curieux. «Nous pouvons voir les interventions, c’est génial, c’est très éducatif», se réjouit Nelly C., 42 ans, gestionnaire de paie. Si aucune opération n’est programmée ce jour-là, la simple possibilité d’apercevoir les coulisses médicales – tables d’examen, instruments vétérinaires, affiches pédagogiques – fascine. Son fils de 9 ans a déjà la tête ailleurs : «On va en voir d’autres ! », s’impatiente-t-il. La quadragénaire porte toutefois un regard plus partagé sur les parcs zoologiques. «Il n’y a pas beaucoup d’espace comparé à la nature», observe-t-elle. Avant d’ajouter : «Mais on comprend l’importance de ces lieux pour la reproduction et la sauvegarde des espèces menacées.»


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Cette double perception – émerveillement devant les animaux, questionnement sur leur captivité – traverse l’histoire même des parcs zoologiques. Selon Jean Estebanez, géographe à l’université Paris‑Est Créteil et auteur de Zoos. Aux lisières du domestique (CNRS Éditions, 2025), ce lieu s’apparente à «un théâtre», avec ses décors soigneusement construits et sa scénographie. Le public vient pour ce que le lieu donne à voir : des animaux «hors du quotidien», aux formes, tailles et couleurs exceptionnelles, très présents dans la littérature jeunesse et nos imaginaires, mais rarement visibles autrement. «Il n’est donc pas étonnant qu’on soit parfois déçu : les animaux dorment, tournent le dos, ne font pas ce qu’on attend», observe‑t‑il.

Aujourd’hui dans les zoos, le rôle de conservation est largement mis en avant. Le parc zoologique de Paris soutient par exemple la réintroduction du vautour fauve en Bulgarie et finance des actions de préservation dans la réserve de Borana, au Kenya. Pour le géographe, cette évolution traduit un changement de récit. «Dès le XIXe siècle, certains voient le zoo comme un lieu de démonstration du despotisme, où le pouvoir met en scène la nature», explique-t-il. Depuis, le zoo n’est plus seulement présenté comme une prison, mais comme un refuge face à la dégradation des milieux. «Le cœur du zoo, c’est la promesse d’une rencontre avec un être extraordinaire», résume-t-il. Cette fascination continue de l’emporter, pour beaucoup, sur les questions de captivité.

Parc zoologique de Paris , avenue Daumesnil, 75012 Paris. Ouvert tous les jours, de 9h30 à 19h30 (horaires variables selon la saison). Entrée (adulte, à partir de 13 ans) : 22 €. Entrée (enfant 3–12 ans) : 17 €. Gratuit pour les moins de 3 ans (billet nécessaire).