ENQUÊTE – Pendant des mois, les exportateurs français ont espéré que les menaces de Donald Trump resteraient du bluff. Ils ont eu tort. Sur le terrain, cela se traduit par des emplois supprimés, un manque à gagner qui se chiffre en centaines de millions d’euros et un marché qui se recompose. Récit d’une année sous haute tension pour la filière.
Grégoire Gueden a mis quinze ans à construire sa distribution aux États-Unis. Une filiale dans le Rhode Island, dix-sept collaborateurs jusqu’à peu, près de dix millions de dollars de chiffre d’affaires, les rhums des marques Clément, JM, Chairman’s Reserve et Bounty, les liqueurs Carton mais également du cognac, du gin, de la tequila… Soit un portefeuille patiemment constitué sur le marché le plus complexe et le plus convoité du monde. Aujourd’hui, il est passé à douze employés et se pose une question qu’il n’avait jamais envisagée jusque-là : faut-il continuer en l’état ? «Je ne peux pas rester dans la position dans laquelle je suis. Grossir en faisant une fusion avec quelqu’un d’autre, confier mes marques à un importateur local mais qui fera face aux mêmes problématiques, ou trouver un partenaire américain qui vend des marques fabriquées aux États-Unis, et donc non touchées par les droits de douane et par les effets des taux de change. Ce sont mes trois options à l’heure actuelle.» Trois options, mais aucune pleinement satisfaisante après quinze ans d’efforts.
Grégoire Gueden n’est pas un cas isolé. Il est l’un des visages concrets d’une crise qui a frappé en 2025 l’ensemble de la filière française des vins et spiritueux, l’un de ses premiers marchés exports mis à mal en l’espace de quelques mois par une guerre tarifaire dont personne, au fond, ne sort gagnant…
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