Des archivistes mettent gratuitement en ligne l’impressionnante collection d’Aadam Jacobs, un habitant de Chicago qui a capté entre 1984 et 2010 les performances de groupes confidentiels ou de piliers du rock.
« J’y étais. » Aadam Jacobs peut le dire pour bien des concerts. Pour plus de dix mille, précisément. Ce mélomane a amassé une collection unique d’enregistrements pirates, où se croisent James Brown, Depeche Mode, R.E.M, The Cure, Björk et de nombreuses formations confidentielles. Cette mine d’or qui s’étende 1984 à 2010 est progressivement mise en ligne par des bénévoles, comme le raconte l’agence American Press. Un travail de fourmi qui fait écho à celui d’Aadam Jacobs.
Un petit péché vaut-elle une grande collection ? En 1984, alors que les enregistrements pirates proliféraient depuis une décennie, le jeune Jacobs se rend à un concert avec, en cachette, un dictaphone. Pour pouvoir réécouter les morceaux plus tard. La technologie des magnétophones évoluera, les styles musicaux changeront (indie rock, grunge, électronique…), mais l’enregistreur de Chicago continue de capter. À un rythme effréné.
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5 500 bandes et des heures d’enregistrements
« C’est un personnage (…) dont les intentions sont pures », estime Bob Mehr, critique musical au Chicago Reader. Ses captations clandestines, destinées d’abord à sa consommation personnelle, ont fini par lui attirer la sympathie de certains artistes. En 2023, après la diffusion d’un documentaire sur sa passion, un bénévole d’Internet Archive, une ONG créée en 1996 qui s’emploie à un archivage titanesque du Web, contacte Aadam Jacobs pour lui proposer de numériser ses bandes.
Depuis, une fois par mois, dix à vingt cartons atterrissent entre les mains de courageux installés aux États-Unis ou en Europe, qui les mettent en ligne sur le site d’Internet Archive. 5 500 bandes et des heures d’enregistrements, à la qualité inégale, y sont déjà disponibles. Une poignée d’artistes a exigé que leurs titres soient retirés de la base de données, mais des poursuites judiciaires seraient improbables, selon American Press, l’ONG et Aadam Jacobs n’en tirant pas profit.
Les fans et les musiciens, eux, retrouvent là une patine et des riffs oubliés. Ceux de The Cure au Bismarck Theatre de Chicago, en novembre 1984, ou de Nirvana lors de leur première fois dans la capitale de l’Illinois, en 1989.