Les supporters varois pouvaient se questionner sur certains secteurs avant ce rendez-vous décisif face au redoutable Leinster. La touche serait-elle au rendez-vous ? La défense tiendrait-elle face aux assauts répétés ? Melvyn Jaminet serait-il en réussite au pied ? Les observateurs auraient ainsi pu dérouler.

En revanche, s’il y avait un domaine sur lequel il n’était pas tellement permis de douter, c’était bien la mêlée. Depuis des siècles, cet exercice fait la fierté du RCT et des Toulonnais. Cette saison encore, même dans des temps plus troublés, le char d’assaut rouge et noir n’avait que rarement – pour ne pas dire presque jamais – été écrasé. Mais même les meilleures séries doivent un jour se terminer. Hélas pour le muguet, c’est ce samedi que c’est arrivé.

Omniprésent, Charles Ollivon a tout tenté pour venir à bout des Irlandais.

« Un peu surpris »

À cinq reprises (3e, 26e, 40e, 48e, 53e), les avants varois ont enragé en entendant les coups de sifflet de l’Anglais Luke Pearce. Inhabitude d’être sanctionnés ou sentiment d’avoir été dupés ? « Je suis un peu surpris, notamment sur pas mal de passages au sol, lançait le talonneur Teddy Baubigny. Avant le match, on nous avait expliqué que leur droitier allait souvent à terre et qu’ils (les arbitres) le savaient. Or, aujourd’hui (hier), c’est neuf fois sur dix contre nous. Il faut que j’analyse. À chaud, ce n’est pas facile. Des mêlées qui vont au sol, c’est toujours un peu 50-50… Mais là, ça a clairement été en notre défaveur. » Et quelle surprise ce fut.

Avant la demi-finale, Toulon affichait le deuxième meilleur taux de réussite de la compétition sur ses introductions (98 %). En Top 14, il occupe également toujours la première place du même classement, avec plus de 90 % de balles conservées. Mais à l’Aviva, face à une première ligne pourtant amputée de quatre éléments – parmi lesquels l’indéboulonnable droitier Tadhg Furlong – ce chiffre est retombé à 75 %. Sans compter ces quelques mêlées explosées sur des ballons irlandais.

Ainsi, le pack du muguet était battu. Jean-Baptiste Gros et Kyle Sinckler les premiers. Décisif ? Non. Mais essentiel pour conserver la possession et se procurer des opportunités ? Sans aucun doute.

« Assez dur pour Kyle Sinckler »

Le pilier droit du RCT, Kyle Sinckler, n’a sans doute pas compris toutes les décisions défavorables à son équipe.

Et Pierre Mignoni le savait. « Je ne pense pas qu’on ait fait autant de fautes, réagissait le coach, amer. J’ai trouvé assez dur ce parti pris par rapport à Kyle (Sinckler). On reverra ça à la vidéo. » L’attitude de l’expérimenté Anglais, apparu agacé à chaque décision de l’arbitre, traduisait sans doute aussi cette incompréhension.

Mais telle est la dure loi du secteur obscur qu’est la mêlée, toujours aussi difficile à juger. Côté irlandais, évidemment, il n’y avait pas de sujet : les Boys in blue avaient dominé, Andrew Porter en tête. « Le pack a été précieux. On a mis énormément d’engagement et de travail. On a la chance d’avoir des mecs incroyables dans ce groupe, à l’image de Rabah (Slimani), qui nous a apporté toute son expérience et sa connaissance du rugby français, dans une demi-finale très difficile, ça joue forcément », a réagi celui-ci. Longtemps incertain, le gaucher dublinois a été élu homme du match. Une rareté pour un pilier. Et assurément une grande fierté.

Andrew Porter (ici en défense devant Nacho Brex) a été élu homme du match. Une rareté pour un pilier.

Mais peut-être encore moins que celle d’avoir vu son remplaçant Jerry Cahir, encore semi-professionnel et employé dans un groupe de télécommunications durant la moitié de son temps (!), tenir le choc sans trop sourciller (une pénalité concédée, une autre obtenue) face aux pointures du RCT. Jusqu’au bout, une sale journée.