Le troisième-ligne centre de Bath, percutant sur le terrain et excentrique en dehors, est un personnage à part dans le paysage du rugby anglais.

Débuts au centre, un talonneur selon Eddie Jones

S’il s’est aujourd’hui affirmé comme l’un des troisièmes lignes centre les plus percutants de la Premiership, Alfie Barbeary est venu au rugby en jouant derrière. À l’époque, il jouait plutôt deuxième centre (mais plutôt que le numéro 13, il portait le 12 parce qu’il aimait bien le numéro…) et suivait les exploits de Na’a Nonu et Mathieu Bastareaud. Le beau bébé (1,85 m pour 116 kg) – qui a débuté sa carrière chez les Wasps, aujourd’hui liquidés – a ensuite été essayé au poste de talonneur, notamment chez les U 20 anglais. Eddie Jones, l’ancien sélectionneur du XV de la Rose, l’avait convoqué dans un groupe élargi à l’automne 2020 et l’avait incité à poursuivre dans cette voie, mais l’intéressé n’était pas convaincu. Il avait alors eu cette discussion, rapportée par The Times , avec Lee Blackett, l’ancien entraîneur des Wasps. «Lee m’a demandé : « Tu aimes la mêlée ? » J’ai répondu : « Non. » « Tu aimes les passes ? » « Non. » Il a dit : « Alors pourquoi veux-tu être talonneur ? » Il m’a fait jouer numéro 8.» Choix payant pour le joueur qui rejoindra les Saracens la saison prochaine.

Pintes, fléchettes et brosse WC

À l’heure du rugby pro et des concours en salles de muscu, le troisième-ligne centre de Bath détonne carrément. Force de la nature, il n’aime pas trop soulever de la fonte. À la place de cela, il préfère passer du bon temps avec les siens. Sa journée idéale ? Il l’avait raconté au Guardian  : «Ce serait sûrement être à la maison à regarder du rugby, à boire quelques pintes avec mon père et à terminer la journée en mangeant un curry.» Avec, quand même, une petite activité : une partie de fléchettes ! «Mais mon père n’est pas très bon, alors je ferais revenir mon frère pour jouer contre lui…» 

Alfie Barbeary et sa célèbre crinière.
PA Images / Icon Sport


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Une carrière freinée par les blessures

Le vivier anglais en troisième ligne est particulièrement bien garni. Steve Borthwick – qui est déjà privé de Jack Willis qui joue à Toulouse et n’est donc pas éligible – a l’embarras du choix avec notamment Ben Earl, Tom Curry ou Tom Willis, appelés lors du dernier Tournoi des six nations. Sans oublier Sam Underhill et Guy Pepper qui sont internationaux contrairement à Alfie Barbeary. Si ce dernier n’a que 25 ans, sa carrière a déjà été sérieusement freinée par les pépins physiques. Début 2022, il avait dû être opéré des ischiojambiers et il était d’ailleurs arrivé à Bath encore blessé. Et, début 2023, nouvelle tuile : il s’était gravement blessé au genou et avait manqué dix mois de compétition. Autant de blessures qui ne lui ont pas permis de prétendre au maillot du XV de la Rose.

Le «Capitaine Slip» de Bath

Alfie Barbeary ne passe pas inaperçu. Encore moins quand Bath a décroché, en juin dernier contre Leicester (23-21), le septième titre de champion d’Angleterre de son histoire. Le solide numéro 8 anglais a alors passé deux semaines uniquement vêtu d’un… slip aux couleurs de son club. Drapeau sur les épaules, chaussettes blanches, mocassins noirs, il a paradé dans les rues de Bath, sur le bus à impériale, à Ibiza et même au festival de musique de Glastonbury. Devant ses coéquipiers hilares qui lui ont immédiatement trouvé un surnom : «Captain Underpants», le capitaine slip ! Un été de festivités qui rappelle celles de l’ancien arrière des Saracens, Alex Goode, après la finale remportée face au Leinster en 2019 (20-10). Pendant trois jours, il s’était baladé en maillot, short et crampons, avec le protège-dents dans la chaussette et une banane autour du ventre. Deux titres bien arrosés.

Une célèbre crinière et une mère coiffeuse

Difficile de ne pas le repérer sur un terrain. C’est un peu aussi ce qui a fait sa renommée. Alfie Barbeary arbore une sacrée tignasse, volumineuse et bien bouclée. D’aucuns le présentent même comme «la plus belle crinière du rugby». «C’est une vraie galère le matin, c’est honnêtement horrible à avoir sur la tête. Je ne suis pas vraiment du matin donc je ne les arrange pas et ça part dans tous les sens», a-t-il confié à Rugby Pass  en juin 2025. L’an dernier, il a tout coupé avant que ça ne repousse de plus belle. «Ça devenait trop chaud pour l’entraînement la saison dernière, donc j’ai tout rasé. Mais ensuite j’ai eu quelques commotions et des fans venaient me voir en me disant que j’étais comme Samson parce que j’avais perdu tous mes pouvoirs. Du coup je me suis dit : Ok, je vais les laisser repousser. Et nous y voilà.» Le plus cocasse, c’est que sa mère est… coiffeuse. «Oui mais je ne la laisse pas toucher à mes cheveux !»