Joueur protée par excellence, le demi de mêlée ou ailier de Bordeaux-Bègles occupe une place essentielle chez les champions d’Europe, en étant régulièrement décisif lors de ses entrées en cours de jeu.
À l’heure où les bancs en 6-2 se généralisent, avec six avants et seulement deux arrières, la polyvalence d’Arthur Retière est une bénédiction pour Yannick Bru et son staff. Malgré son 1,74 m, ce dernier présente en effet un profil plutôt unique : capable d’évoluer aux postes de demi de mêlée ou d’ailier. Lors du quart de finale de la Champions Cup remporté face à Toulouse (30-15), c’est à l’aile que le fils de Didier Retière – ancien adjoint de Marc Lièvremont et DTN de la Fédération française – est rapidement entré en jeu, dès la 38e minute, après la sortie de Damian Penaud, touché à la suite d’une charge irrégulière de Dorian Aldegheri. Pour livrer un match plein : un essai, 48 m parcourus et deux défenseurs battus. En étant également à l’origine du carton jaune concédé par Antoine Dupont (56e).
Hommage appuyé de son demi de mêlée et capitaine Maxime Lucu. «Dès qu’il rentre, il est incroyable. C’est quelqu’un qui ne parle pas beaucoup, qui bosse énormément et quand il rentre, il a toujours un impact, que ce soit dans les rucks, à l’aile, en demi de mêlée, autour des rucks, a salué le numéro 9 international. Honnêtement, c’est un bonheur d’avoir des mecs comme ça dans l’équipe.» Ses coéquipiers lui ont d’ailleurs trouvé un surnom : «L’année dernière, on l’a appelé “le Talisman” parce qu’il nous a amené ce titre-là», confie Lucu.
Les rucks sont importants, il faut les gagner pour mettre notre jeu en place et contrer l’adversaire. Même quand je joue demi de mêlée, j’y vais
Arthur Retière
Partout où il passe, Arthur Retière devient champion d’Europe. Premier joueur à décrocher trois titres d’affilée avec trois équipes différentes. Avec le Stade Rochelais en 2022, puis le Stade Toulousain en 2024 et, donc, une troisième étoile avec le club girondin l’an dernier. À l’UBB, il a acquis un rôle prépondérant. «Je suis vraiment heureux de la manière dont ça se passe au club : l’ambiance, ma relation avec les joueurs et avec le staff, avait-il confié avant la demi-finale face aux Rouge et Noir. S’il y a quelque chose qui ne va pas, ils me le disent et j’essaie de bosser en conséquence pour être au mieux.»
Cette saison, Arthur Retière a participé à 18 matches avec Bordeaux-Bègles, mais seulement quatre fois comme titulaire. L’an dernier, pour sa première saison en Gironde, le ratio était de 14 titularisations en 25 matches, un peu plus de la moitié. Mais ce rôle d’impact player n’est pas pour lui déplaire. La priorité, pour lui, c’est le groupe. «Je sais que je peux jouer à plusieurs postes. Du moment que ça aide l’équipe, ça me va. Je faisais ça depuis Toulouse, puis à La Rochelle. J’ai l’habitude, c’est plus facile aujourd’hui.» Il lui est même arrivé de dépanner au poste de… flanker, avec cette grosse capacité à venir gratter les ballons au sol. Un secteur qu’il apprécie : «Les rucks sont importants, il faut les gagner pour mettre notre jeu en place et contrer l’adversaire. Même quand je joue demi de mêlée, j’y vais.»
Je m’entraîne depuis très longtemps aux postes de numéro 9 ou d’ailier. Peu importe à quel poste je dois entrer, je suis très content.
Arthur Retière
Durant la semaine, ses entraînements sont divisés en deux, en fonction du poste qu’il doit occuper. «Je m’entraîne depuis très longtemps aux postes de numéro 9 ou d’ailier. Peu importe à quel poste je dois entrer, je suis très content. Après, il est certain que l’entraînement, ce n’est pas tout à fait comme un match, donc c’est mieux d’enchaîner des entrées en 9 pour avoir de bonnes sensations. Mais le fait de m’entraîner tout le temps aux deux postes m’évite d’avoir trop pression», souligne-t-il. Pas le genre à pester sur son rôle de remplaçant. «Je suis très content pour lui parce qu’il mérite de faire des rentrées comme ça, parce que des fois, il est peu dans la lumière», salue Maxime Lucu.
«À nous d’être au niveau et de ne pas s’endormir sur nos lauriers»
Ce dimanche, face à Bath, champion d’Angleterre en titre, l’UBB tentera de se hisser à nouveau en finale et de tenter un doublé que seuls cinq clubs ont réalisé par le passé : Leicester (2001-2002), le Leinster (2011-2012), Toulon (triplé entre 2013 et 2015), les Saracens (2016, 2017) et La Rochelle (2022, 2023). Un défi de taille pour l’UBB, qui a déjà fait sauter un verrou l’an dernier en remportant le premier titre de son histoire récente. Arthur Retière met toutefois en garde : «Même si on est champions une saison, tout peut basculer l’année suivante. Chaque saison, tout est remis en question. À nous d’être au niveau et de ne pas s’endormir sur nos lauriers. On a fait une très belle saison l’année dernière, il faut s’en inspirer et continuer à progresser, car tout n’est pas parfait.»