Nayko, neuf ans, est un beau chien malamute de l’Alaska. Mais il boite un peu et, sous le poil lumineux, commencent à poindre les premiers signes de l’arthrose. Sa maîtresse, Estelle, vient de l’amener consulter au Centre hospitalier universitaire vétérinaire (CHUV) Oniris de Nantes. Situé au cœur de l‘école vétérinaire Oniris VetAgroBio, ce centre dispose de services de consultation, de radiologie et de soins à la pointe, comme pour les humains.
Nayko va donc d’abord être ausculté par le Dr Floriane Étienne, pour confirmer le bilan arthrosique. Si les lésions se manifestent à l’IRM et que l’articulation est instable, le beau bébé devra même être opéré. « Son profil correspond typiquement à celui des 45 chiens que nous avons recrutés depuis 2022, parmi nos 160 patients annuels, pour participer à une étude inédite sur cette affection dégénérative des articulations. Si le maître ou la maîtresse l’accepte, on réserve juste une partie des prélèvements faits pendant la chirurgie à des fins de recherche. On ne remerciera jamais assez les 45 chiens qui nous ont permis d’avancer. »
Le chien-patient de la clinique Oniris VetAgroBio de Nantes Nayko dans la salle de radiographie, où le Dr Marion Fusellier, responsable du service d’imagerie, et la cheffe de projet de recherche pré-clinique et clinique Florianne Étienne, vont évaluer son arthrose. (Photo Sophie Prévost/Le Télégramme)Publication imminente
L’équipe pluridisciplinaire RMeS est réunie en service d’imagerie, ce mardi 28 avril. Il y a le Dr Marie-Astrid Boutet et le Pr Jérôme Guichet, respectivement chargée de recherche et directeur de recherche à l’Inserm. À leurs côtés, le Dr Floriane Étienne et le Pr Marion Fusellier, cheffe de projet recherche préclinique et clinique Oniris pour l’une, responsable du service imagerie Oniris pour l’autre.
On sait qu’il y a plein de facteurs de risques de l’arthrose partagés chez l’homme et l’animal, même si l’un va plutôt avoir mal aux mains, au rachis et aux genoux et l’autre aux hanches et aux coudes. Alors pourquoi pas utiliser les chiens-patients du CHU vétérinaire ?
« Tellement de similitudes »
Tout ce beau monde illustre une complémentarité, essentielle à des recherches jusque-là inédites. « J’ai initialement rejoint le laboratoire pour travailler sur les maladies du disque intervertébral, en faisant déjà le comparatif homme chien », évoque la spécialiste de l’imagerie Marion Fusellier. En 2021, c’est au tour de Marie-Astrid Boutet d’intégrer le labo RMeS. La chercheuse Inserm de 35 ans s’était déjà fortement intéressée aux mécanismes inflammatoires qui précèdent la destruction articulaire dans l’arthrose. En discutant avec Marion et Floriane (Étienne), elle a eu le déclic : « On sait qu’il y a plein de facteurs de risques de cette maladie partagés chez l’homme et l’animal, même si l’un va plutôt avoir mal aux mains, au rachis et aux genoux et l’autre aux hanches et aux coudes. On s’est donc dit : pourquoi pas utiliser un panel test de ces patients en CHU vétérinaire, suivant un protocole d’inclusion exigeant et vertueux, encadré par un comité d’éthique ? »
Les prélèvements de membrane synoviale faits sur les animaux malades n’ont pas altéré davantage leur santé. « Ils auraient été faits de toute façon », insiste le Dr Étienne. Mais leur analyse a d’ores et déjà parlé : « On a démontré la similarité de l’inflammation chez l’homme et l’animal, et identifié trois types de profils génétiques chez les malades. Je souhaite maintenant décrire précisément ces signatures biologiques », argumente le Dr Boutet.
Les clichés des chiens-patients de la clinique vétérinaire du CHUV Oniris de Nantes, qui ont intégré l’étude inédite du laboratoire RMeS sur les mécanismes inflammatoires précédent l’arthrose, sont analysés par la chercheuse Marie-Astrid Boutet et la Dr Marion Fusellier. (Photo Sophie Prévost/Le Télégramme)L’espoir d’un traitement
Pour ses douleurs articulaires, Nayko n’a, lui, toujours le choix qu’entre les anti-inflammatoires ou l’opération. Mais, grâce à l’équipe nantaise, les enfants ou les petits-enfants de Nayko auront peut-être, demain, un traitement curatif. « En parallèle de la mise en place de toutes ces cohortes canines, on cherche déjà à développer des stratégies thérapeutiques en laboratoire, termine Marie-Astrid Boutet. Cela va encore prendre plusieurs années. Mais notre espoir est de cibler certaines populations de cellules dans la membrane synoviale, en fonction du groupe du patient. Et que ces thérapies ciblées soient, bien entendu, un jour adaptables à l’homme. »