31 décembre 1983. 20 h 08. Alors que la plupart des Marseillais ont commencé à fêter un verre à la main le passage à la nouvelle année, une puissante explosion secoue la gare Saint-Charles et provoque un bain de sang. La déflagration de la bombe, placée dans les consignes à bagages, est si violente qu’elle a creusé un cratère d’un mètre de profondeur. Au milieu des amas de tôles, des casiers éventrés et des flaques rouges, les marins-pompiers font le bilan du carnage : Makhlouf Maouche, un Algérien de 25 ans qui doit rentrer au pays dans deux jours, et Marak Skwirut, un ingénieur polonais de 38 ans en partance pour la Suisse, ne sont plus que des morceaux de chair déchiquetée… Sept autres personnes ont été grièvement blessées. Les urgences de la Timone et de l’hôpital Nord sont submergées. Les journalistes débarquent, hagards. « C’était carrément Beyrouth », dira un enquêteur parmi les premiers sur les lieux.
Visage fermé, manteau noir et chapeau à la main, comme quand on entre à l’église ou dans un cimetière, le maire de Marseille, Gaston Defferre, arrive vers 21 h 15, flanqué de sa garde rapprochée. Nommé ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation en mai 1981 dans le…