En Gironde, un bricoleur de 58 ans a transformé un simple aspirateur en arme ciblée contre les frelons asiatiques. Son dispositif, Beezen, avale les insectes à distance grâce à une perche télescopique et les enferme dans un bocal hermétique, sans risque pour l’utilisateur ni pour l’environnement. Porté par une médaille d’or au Concours Lépine et un brevet récent, le projet attire les regards jusqu’à la télévision. Reste une question qui fâche dans les ruchers, déjà durement touchés en Nouvelle-Aquitaine: comment passer de l’invention ingénieuse à une protection massive et durable des abeilles et des maisons.
Une pression qui explose en Nouvelle-Aquitaine
Les frelons asiatiques, ou Vespa velutina, gagnent du terrain à grande vitesse en France. Les projections parlent de jusqu’à 800 000 nids d’ici 2026, un chiffre qui donne le vertige. Pour les abeilles domestiques, déjà malmenées par les pesticides et le réchauffement, c’est la double peine. En Gironde, le préjudice 2024 atteint 524 000 € pour la filière apicole. Au final, environ 73 % des apiculteurs du département ont été touchés.
Sur le terrain, les conséquences sont très concrètes. Moins d’abeilles, moins de pollinisation, des récoltes amputées et des colonies décimées au pied des ruchers. Les professionnels réclament des outils efficaces, rapides et, pour le coup, moins dépendants de la chimie. L’urgence est autant environnementale qu’économique.
Dans un atelier girondin, une idée simple et bien pensée
Face à cette pression, un bricoleur de 58 ans, Manuel Augusto, a conçu un dispositif baptisé Beezen à partir d’un aspirateur. L’idée est maline et surtout pratique. Une perche télescopique allant jusqu’à 4 mètres permet d’intervenir à distance, loin de la zone d’attaque. L’embout universel s’adapte à la plupart des aspirateurs, domestiques comme pros.
Le cœur du système repose sur des modules coupants et un bocal hermétique filtré. Les frelons sont aspirés, neutralisés sans produit chimique et confinés, évitant toute contamination de l’appareil. D’ailleurs, la filtration intégrée sécurise l’utilisateur et simplifie la vidange. Résultat, moins de risques, plus d’efficacité, et une intervention possible dès la détection d’un nid primaire.
De la médaille au marché, une trajectoire qui s’accélère
Beezen n’est plus un bricolage du dimanche. Le dispositif a décroché une médaille d’or au Concours Lépine 2023 et s’appuie sur un brevet, le FR2205207. Commercialisé en 2024, il a généré 40 000 € de ventes dès la première année, avec plusieurs centaines d’unités.
Le projet a pris une autre dimension avec l’émission Qui Veut Être Mon Associé ?. Séduites par l’approche terrain, Ariane Daguin et Alice Lhabouz ont rejoint l’aventure. Objectif affiché, accélérer la distribution à l’échelle nationale et structurer la production pour répondre à la demande.
Moins de chimie, plus d’impact pour les ruchers
Beezen propose une alternative aux insecticides habituellement utilisés pour détruire les nids, ce qui limite l’exposition de l’environnement. Les apiculteurs y voient un outil complémentaire aux pièges de printemps et aux interventions professionnelles sur les nids secondaires. Une approche plus propre, plus locale, et surtout reproductible.
Côté business, le créateur vise désormais un chiffre d’affaires de 200 000 € à court terme, avec une présence renforcée en Nouvelle-Aquitaine puis ailleurs. Le dispositif est disponible via la plateforme my-beezen.fr, accessible aux pros comme aux particuliers. De quoi passer à l’action, sans attendre que la saison ne dérape. Une bonne nouvelle, enfin, pour les ruchers sous pression.