Une femme à la tête de la fondation Lenval. Nommée en décembre, Céline Metge est la nouvelle directrice générale de l’hôpital pour enfants de l’avenue de la Californie, à Nice.
Originaire de la Côte d’Azur, cette diplômée de l’École des hautes études en santé publique de Rennes (Ille-et-Vilaine) a occupé de nombreux postes – dans le public et dans le privé – avant de prendre la barre du paquebot de la pédiatrie des Alpes-Maritimes, que préside François Dunan.
Celle qui succède à Ronan Dubois « hérite » d’un établissement de santé privé d’intérêt collectif (Espic) secoué, ces dernières années, par plusieurs crises.
En interne mais aussi avec le CHU, autour du pôle femme-mère-enfant.
L’Inspection générale des affaires sociales (Igas) a rendu fin mars deux rapports commandés par le ministre de la Santé à la suite des épisodes de fortes tensions entre le CHU et Lenval. Que pensez-vous des conclusions ?
Le premier, qui porte sur la gouvernance de la fondation Lenval, partait peut-être avec un a priori véhiculé par le CHU : celui qu’il y avait, chez nous, des risques psychosociaux qui pouvaient avoir un impact sur la qualité et la sécurité des prises en charge. Les conclusions montrent que ce n’est pas le cas. Les personnels font un travail de qualité, avec beaucoup d’engagement. C’est une satisfaction, même si on a, bien sûr, besoin de toujours s’améliorer.
La confiance entre la direction et le corps médical est donc, à vos yeux, rétablie ?
On avait lancé une enquête sur le sujet avant que l’Igas commence son inspection dans nos murs. À la demande du CSE [comité social et économique], nous avions mandaté en juin 2025 le cabinet extérieur Alternego. Son enquête a montré que les professionnels (1 500 salariés) étaient très engagés, fiers de travailler à Lenval. Elle a montré également qu’il y avait des points à améliorer, notamment dans la communication avec la direction, mais aussi dans la clarification du projet institutionnel. On a mis en place un plan d’action. Pas un plan imposé par la direction mais bâti avec les organisations syndicales. Je fais tout ce que je peux pour rétablir le dialogue. Le climat s’est apaisé et on continue s’y employer. Les médecins exercent leur art de manière remarquable. Ils n’attendent qu’une seule chose : que tout se calme. Et, pour certains, de ne plus venir travailler la boule au ventre…
Pour sortir du conflit qui oppose Lenval au CHU, l’Igas préconise de créer une instance de pilotage départementale qui ne sera dans les mains ni de l’hôpital ni de la fondation. Une bonne solution ?
C’est vraiment le rôle de l’agence régionale de santé [ARS] et on est tout à fait favorables à ce qu’elle le remplisse. Je pense que vont y participer d’autres établissements publics du territoire – Grasse, Cannes, Antibes, Menton – mais également tous les acteurs de la pédiatrie dans le département : les pédiatres libéraux et les CPTS [1]. Ainsi que la pédiatrie privée lucrative, comme Saint-George ou Saint-Jean, à Cagnes-sur-Mer. Il faut une structuration de l’offre qui rassemble tous les acteurs et qui ne soit pas uniquement le jeu d’alliances ou de mésalliances bilatérales. La pédiatrie mérite mieux que des querelles politiques.
L’élection à la mairie de Nice d’Éric Ciotti, qui devrait devenir le prochain président du conseil de surveillance du CHU, change-t-elle la donne dans votre bras de fer avec le CHU ?
Éric Ciotti a clairement exprimé, pendant la campagne, sa confiance en Lenval. Patrick Baqué [ancien doyen de la fac de médecine et député suppléant du nouveau maire de Nice] l’a relayé. Pour eux, il faut aller au bout de ce qui avait été initié en 2013 [un pôle femme-mère-enfant partagé entre Lenval et le CHU] et faire en sorte que l’offre de soins soit complétée sur le site de Lenval et pas ailleurs. Pour l’intérêt des petits malades, il faut qu’on évite de transmuter certains enfants entre L’Archet et Lenval.
Sur le site de Lenval justement, la maternité Santa-Maria était votre locataire. Vous lui avez donné congé. Elle est donc sans droit ni titre mais refuse jusqu’ici de partir…
Ils nous ont dit, et ça a été confirmé par l’ARS, qu’ils partiraient au plus tard en décembre 2027 pour rejoindre Saint-George.
On n’accouchera plus à Lenval ?
Il n’y aura pas de maternité ici. Pour en avoir une, il faut des autorisations que nous n’avons pas.
Dans le contexte très agité des dernières années, les petits Niçois sont-ils bien soignés à Lenval ?
Ils le sont mieux chaque jour. Notre classement [dans le palmarès du magazine Le Point] est assez remarquable : 8e sur 265 pour la chirurgie des amygdales, 6e pour la chirurgie testiculaire, 14e sur 39 pour la chirurgie du dos, 18e sur 163 pour la diabétologie et 12e sur 269 pour la prise en charge post-traumatique.
Les psychotraumatismes et la santé mentale des plus jeunes sont un élément complexe également pointé par l’Igas. Lenval manque-t-il de praticiens ?
Il y a une pénurie de pédopsychiatres partout en France. Mais en Paca, et particulièrement à Lenval, on n’est pas trop mal dotés. En revanche, nous avons alerté les pouvoirs publics sur le manque de lits, c’est-à-dire de structures d’hospitalisation, pour les adolescents. Il n’y a pas de lits d’hospitalisation dédiés à la pédopsychiatrie ailleurs que dans notre établissement.
L’attente aux urgences est parfois très longue…
On a 55.000 passages aux urgences chaque année. Beaucoup d’urgences n’en sont pas – même si les parents sont inquiets – ce qui augmente les délais d’attente. Il faut que des maisons de garde (pour ce qui ne relève pas de l’urgence essentielle) se montent, qu’elles soient connues, Il y en a une chez nous, mais ce n’est pas suffisant.
Les familles dénoncent le coût du parking…
C’est une société privée (Indigo) qui en a l’exploitation pour quinze ans. On n’a aucune influence…
Comment vont les finances de Lenval ?
L’activité de l’Espic est déficitaire, comme la plupart des établissements hospitaliers. Jusque il y a deux ans, on comblait ce déficit par les revenus complémentaires et connexes de la fondation. Aujourd’hui, on prend sur notre épargne pour mener notre mission à bien et on a besoin de dons pour nos projets, pour des équipements médicaux de pointe comme des appareils respirateurs au bloc opératoire, des salles d’apaisement ou de confort pour les enfants et les parents ou des équipements ludiques et sportifs pour que les enfants polyhandicapés aillent faire du vélo. Un seul tricycle coûte 5 000 euros !
1. Les communautés professionnelles territoriales de santé regroupent les professionnels d’un même territoire qui souhaitent s’organiser, à leur initiative, autour d’un projet de santé pour répondre à des problématiques communes.