Après la qualification des Bordelais pour la finale de la Champions Cup, découvrez ce qui a retenu l’attention de notre envoyé spécial à Bordeaux.
COUPS DE CŒUR
L’UBB n’est pas à un paradoxe près
Longtemps jugée trop gentille et trop tendre, l’Union Bordeaux-Bègles a changé de dimension depuis l’an dernier. Capable de remporter de gros bras de fer, durs, âpres, intenses. Après avoir fait plier le champion de France (Toulouse) en quarts, les Unionistes ont fait plier celui d’Angleterre (Bath). Au terme d’un superbe mano a mano. L’UBB s’est donné le droit de rêver d’un doublé que seuls cinq clubs ont réalisé par le passé (Leicester, Toulon, Leinster, Saracens, La Rochelle). La compétition européenne transcende Maxime Lucu et ses coéquipiers, capables en une semaine, de perdre à domicile face au MHR puis de renverser Bath. «Quand notre équipe hausse tous les curseurs, on est très difficiles à manœuvrer, mais on n’a pas toujours su mettre le niveau de vigilance nécessaire pour livrer des performances comme ça», reconnaît Yannick Bru. Place à un déplacement à haut risque, samedi prochain, à Bayonne. Les Girondins, s’ils veulent accéder aux phases finales du Top 14, n’ont plus vraiment de marge. Étonnant paradoxe pour le favori de la finale de la Champions Cup, le 23 mai à Bilbao, face au Leinster.
Les notes de l’UBB, qualifiée pour la finale de Champions Cup : Lucu et Jalibert impressionnent encore, Gazzotti et Matiu tout-puissants
Jalibert enchaîne les récitals
Les semaines se suivent et les gros matches s’enchaînent, avec une froide efficacité et une décontraction impressionnante. Dans la foulée de son brillant dernier Tournoi des six nations, en l’absence de Romain Ntamack, Matthieu Jalibert multiplie les prestations de grande classe avec l’UBB. Ses statistiques, dimanche, donnent le vertige : 128 mètres gagnés, 7 défenseurs battus, 4 franchissements et autant de passes après contact. Un maître à jouer d’une superbe efficacité. Et dire qu’il aurait pu faire encore plus de dégâts s’il n’avait pas été repris sur deux de ses percées qui avaient laissé les Anglais sur place. Aujourd’hui, l’UBB possède la meilleure charnière du rugby français car, aux côtés de Matthieu Jalibert, Maxime Lucu a encore livré une partie de parfait maestro. À l’évidence, les meilleurs numéros 9 et 10 tricolores à l’heure actuelle…
Le second souffle apporté par le banc
On connaît la lapalissade entendue et rabâchée à tout va : «Le rugby se gagne désormais à 23.» Pas un cliché, tant cela a été frappant lors de la performance de Bordeaux-Bègles ce dimanche. Tous les remplaçants ont apporté quelque chose et, mieux, fait la différence : la puissance de Tameifuna et Cazeaux, le punch de Retière, la grosse activité de Matiu. Deux essais inscrits dans le «money time» par «Big Ben» (68e) et Matiu (76e), on ne peut pas faire plus efficace. Des «finisseurs», dans la novlangue de Fabien Galthié, qui portent finalement bien leur nom. «Quand les remplaçants sont entrés, on venait de prendre un essai et on était un peu dans le dur. Ils nous ont beaucoup apporté», a logiquement salué Louis Bielle-Biarrey. Les choix de coaching de Yannick Bru ont été payants. Échec et mat.
Gazzotti, le grand huit
À l’heure où Grégory Aldritt est remis en cause en équipe de France, Marko Gazzotti – champion du monde avec les U20 en 2023 et une sélection avec le XV de France en novembre 2024 contre l’Argentine – a livré ce dimanche une partie titanesque face à Bath. Le troisième-ligne centre de l’UBB a été de tous les combats, constant dans la répétition des efforts. De la puissance à revendre, des charges répétées (21 m gagnés, 2 défenseurs battus), un essai d’entrée de match… Difficile de passer à côté de sa performance de premier plan. Le jeune numéro 8 – formé à Grenoble et qui avait refusé le Stade Toulousain pour aller à l’UBB – aura été titulaire lors des trois matches éliminatoires jusqu’à la finale européenne. Cette saison, il a profité de l’absence du Sud-Africain Jean-Luc du Preez (commotion) pour enchaîner les matches (17 dont 15 comme titulaire). Et devrait logiquement être récompensé par une titularisation en finale de la Champions Cup face à Leinster. À seulement 21 ans…
COUPS DE GRIFFE
Un Russell qui a cruellement manqué de mordant
Nolann Le Garrec, qui l’a bien connu au Racing 92, a confié, un jour, sur Finn Russell : «On disait souvent pour rigoler qu’avec lui c’était pile ou face, on jette la pièce et on verra bien. Il est souvent dans un bon jour, mais c’est dur de prédire avant s’il est dans un bon jour ou pas…» Une inconstance endémique de l’ouvreur écossais, qu’il avait pourtant réussi à gommer, que ce soit avec le XV du Chardon ou avec Bath, sacré champion d’Angleterre et vainqueur de la Challenge Cup l’an dernier en lui laissant les clés du camion. Et libre court à ses inspirations. Ce dimanche, ce n’était pas Docteur Russell mais plutôt Mister Finn. Quelques inspirations bien vues, de l’enthousiasme. Mais un manque d’efficacité dans le premier acte, pas de solutions trouvées, quand son équipe occupait presque outrageusement le camp bordelais. Avant de perdre de son influence sur son équipe. Illustrée par une opération «portes de saloon» en défense : 8 plaquages manqués (4 réussis, bravo). Loin d’apporter la petite flamme que le club anglais attend de lui. Le fameux «ou pas» dans ses performances, soufflé par Le Garrec.
UBB-Bath : «J’espère que ce match va créer une dynamique pour le Top 14», souffle Bielle-Biarrey
Une demi-heure sans rien en seconde mi-temps
Difficile de trouver quelque chose à redire. Mais s’il faut être un peu tatillon, on pourra relever que les Bordelais ont laissé quelques munitions, quelques occasions qu’ils n’ont pas su concrétiser sur des temps forts. En première mi-temps, les joueurs de Yannick Bru ont été chirurgicaux : quatre incursions dans le camp anglais, trois essais et une pénalité. C’est par la suite, sur quelques opportunités, qu’ils n’ont pas réussi à enfoncer le clou. Au retour des vestiaires, il a fallu attendre la 69e minute et l’essai du culbuto Ben Tameifuna pour qu’ils marquant à nouveau des points. Auparavant, ils avaient été pénalisés à la 64e dans une incursion dans le camp de Bath. Et Jalibert avait été rattrapé deux fois sur des percées dont il a le secret. Mais rien de bien grave, l’UBB a finalement assuré l’essentiel. Juste pour être tatillon…