« Faut-il attendre un drame pour que cela change ? », s’interroge Lisa* une professeure de langue du collège de la Binquenais. « La violence est de plus en plus présente au collège. Le 4 mars dernier, on a déjà frôlé le pire lorsqu’un élève s’est présenté armé d’un couteau. Sans l’alerte de sa mère et le sang-froid des équipes pédagogiques, un drame sanglant aurait pu endeuiller l’établissement. »

Réunis dans un collectif, parents et élèves veulent faire évoluer la situation de toute urgence. Ils occuperont l’établissement ce lundi 4 mai au soir. « Il y a beaucoup de violence entre les élèves, notamment dans la cour d’école et dans les couloirs », déplore à son tour Julie*, mère d’un élève de 6e. « Les élèves ne se sentent pas en sécurité et les plus fragiles sont encore plus fragilisés car il y a beaucoup trop d’élèves pour l’encadrement actuel. C’est pour cela que nous réclamons un deuxième poste de CPE et un autre poste de surveillant car c’est surtout dans la cour ou dans les couloirs que les agressions ont lieu. »

Des exclusions à tour de bras

Les chiffres produits par le collectif dans un communiqué illustrent l’ampleur du problème. Entre septembre et décembre 2025, ce sont 744 incidents qui ont été signalés dans ce collège qui réunit beaucoup d’élèves défavorisés, soit parfois jusqu’à 20 situations conflictuelles en une seule journée. Cette tension permanente se traduit par une explosion des sanctions avec plus de 85 procédures dont 54 exclusions temporaires, sans oublier plusieurs agressions physiques et verbales contre le personnel.

Lisa, professeur de langue, analyse froidement cette dégradation. Pour elle, la réforme du collège est loin d’être une réussite sur le terrain. « Les collèges du Blosne ont récupéré des élèves venant d’écoles primaires plus favorisées mais nous n’avons pas eu de moyens supplémentaires en face », regrette l’enseignante. Elle décrit un effet domino qui touche tout le secteur : « Résultat, ça craque de partout. À la Binquenais, nous nous étions déjà mobilisés l’an dernier mais cela n’a rien changé. Les Hautes Ourmes sont dans la même situation et les Chalais se battent pour ne pas récupérer plus d’élèves. »

Au-delà de la violence, c’est l’inadaptation des infrastructures qui est fustigée. Le collectif souligne que les locaux ne sont plus adaptés à un tel effectif. 640 élèves répartis en 29 classes. Les couloirs, la cour et le réfectoire sont des espaces saturés où la moindre étincelle peut raviver des tensions. Lisa confirme que la violence a beaucoup augmenté et que le fonctionnement en « flux tendu » épuise les équipes.

Malgré plusieurs alertes récentes auprès du Directeur Académique des Services de l’Éducation Nationale, les réponses sont jugées inexistantes. « On parle, on communique mais rien ne change vraiment », s’agace le collectif qui refuse désormais de voir ses enfants sacrifiés. En occupant les salles de classe cette nuit, parents et professeurs entendent obtenir des moyens humains immédiats pour que leur collège redevienne, enfin, un lieu sûr.